P1010680P1010681P1010695Les crayons, des gommes, la colle et les morceaux de puzzles, les poupées et le dessous des tapis , ce matin Blanche, Aimé et Marcel m’ont aidé à ranger la salle de jeux. Dernière étape du grand rangement de janvier, mélange intime de moments grognons et de retrouvailles avec des jouets oubliés. Dehors il neigeait encore, de gros flocons comme du coton mais qui ne tenaient pas. A midi nous avions fini et je ne résistais pas à soulever le couvercle de la cocotte en fonte. Je crois que son rôti est bien meilleur que le mien. Pour le dessert, les placards étaient vides mais il me restait une plaque de chocolat à faire fondre sur des clémentines trempées dans de l’eau de fleur d’oranger. Il fallait des calories pour nous aider à rentrer le bois sous la neige qui continuait à tomber. Avec tous ces bras, en moins d’une heure les deux stères étaient rentrés. Les bras chargés de bûches, Joséphine me racontait sa soirée et Blanche s’était mise à chanter. J’ai ri et j’ai du leur expliquer qu’il n’y avait ni moquerie ni mépris dans ces éclats, mais l’émotion de nous sentir tous aussi bien ici, et d’entendre Joséphine s’enquérir de l’état de fatigue de celui qui l’avait emmenée pour sa soirée à une trentaine de kilomètres de là puis était reparti la chercher ce midi, une fois le rôti préparé. Aimé et Marcel avaient trop envie que je m’assois à côté d’eux pour regarder l’histoire de ce cheval qui se bat pour sa liberté. Blanche a bien voulu remettre la cuisine à plus tard dans l’après-midi. Un pain aux dattes et au lait pour le dîner. Je m’étais promis de coudre cet après-midi mais quand le pain fut enfourné, ce n’était plus ce dont j’avais envie. J’aurais besoin de plus de temps pour me remettre à ma machine. Mes doigts et mes idées me brûlent, mais je saurai attendre une semaine. Tout de suite, c’est d’un bain dont j’avais besoin. Retrouver ma peau, le masque hydratant et prendre le temps de regarder mes mains. Pendant plus de trente ans, je ne leur ai vu que des ongles rongés. Je n’ai pas touché à ces ongles depuis près de deux mois et c’est un de mes premiers grands plaisirs de l’année.  Les enfants sont passés dans la salle de bains, pour le dire quelque chose de très important, prendre un baiser ou observer à quoi ressemble une maman. Mais j’ai réussi  à me préserver un long moment, je me suis regardée dans le grand miroir doré et la question n’était plus de m’aimer ou pas mais d’être moi. L’huile de lavande m’a aidé à reprendre corps et je suis sortie reposée pour retrouver ce dimanche qui tirait vers le soir. J’ai dit à Joséphine que moi aussi, il m’arrivait d’avoir peur, mais je lui ai dit aussi qu’on avait le droit d’aller bien sans qu’aucune menace ne pèse sur ces instants heureux.