P1010531_copieTrois semaines à essayer d’ignorer la fatigue et les microbes, à me dire qu’ils finiraient par céder. Trois semaines à me dire qu’une fois janvier passé cette fatigue finirait par s’évanouir dans la promesse du printemps. Mais ce matin, j’ai senti que les microbes avaient gagné du terrain. Je ne déteste rien de plus que me sentir diminuée et sentir s’installer cette certitude que je n’arriverai à rien. Je déteste avoir de la fièvre, grelotter puis avoir trop chaud. Alors quand il m’a dit de profiter, je n’ai d’abord pas compris. Je me suis allongée sur le canapé et il m’a recouverte d’une couverture, il s’est occupé des enfants, du déjeuner et du thé quand est arrivée l’heure.  Je me suis assoupie pendant qu’ils rentraient le bois. De mon sommeil, je distinguais leur conversation sans envie de m’en mêler. La fièvre ne m’avait pas quittée mais je profitais. J’aimais être avec eux sans être vraiment là, être dans la vie et pas tout à fait. Je suis partie chez le médecin qui m’a parlé de microbes, d’antibiotiques et de repos. Quand je suis rentrée, nous avons décidé de remettre à demain notre dîner chinois. Blanche avait cherché son pyjama doré et s’est mise à pleurer. Demain, nous mettrons des bougies, des jolies assiettes et des lumignons, Blanche enfilera son pyjama chinois et nous chercherons les baguettes. Mais ce soir, je me sentais incapable de me mettre à table avec eux. Georges ne comprenait pas pourquoi je ne pouvais pas le suivre dans l’escalier et monter avec lui pour chercher ses jouets. Il s’est blotti contre moi et nous avons partagé un câlin comme lorsquil était tout petit bébé. Je sentais le corps de ce tout petit garçon à l’abandon, je lui ai chanté une chanson. Puis j’ai écouté Joséphine me raconter sa journée à Lyon, la fac qu’elle venait de découvrir. Elle m’a parlé des cours de droit, d’Anglais et d’arabe grand débutant. Je crois que sa vie d’étudiante va lui plaire. Je me suis confondue en excuses toute la journée, j’ai reçu des câlins et des baisers. Aujourd’hui, la fatigue et les microbes ont gagné. Je me suis rendue. J’ai goûté au plaisir de ne plus lutter. 

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