P1010482Je me suis laissée bercer par les roulis du train. Un de ces trains express régional que d’autres prennent chaque soir pour rentrer du travail. J’avais obtenu sans difficulté une place près de la fenêtre, il faisait et de dehors, je ne distinguais que quelques lointaines lumières allumées. Je disposais de cinquante minute devant mois pour me laisser conduire et revenir de ma journée. Je sentais le sommeil m’emporter et j’ai repensé à cette dame que j’avais vue alors que mon bus arrivait. J’ai perdu l’habitude des transports en commun et j’avais eu peur de le rater. Pourtant, j’aurais pu l’aider, j’aurais du aller à sa rencontre pour lui proposer mon bras sur lequel elle aurait pu s’appuyer. Le déambulateur qui la portait semblait trop difficile à manier dans les graviers que lissait le chantier du tramway. J’étais à l’arrêt du bus, dans une petite ville de le banlieue de Dijon, au milieu d’immeubles que j’avais envie de quitter. Une réunion m’avait amenée ici et j’avais regardé cette vieille dame arabe au pas hésitant. Je crois qu’elle n’arrivait plus à avancer.  Bien sûr que j’aurais pu prendre le bus d’après. J’ai croisé son regard et je suis montée. Ce soir, dans ce train express régional qui me ramenait chez moi, j’ai revu le visage de cette dame, son air un peu perdu et j’ai senti mon cœur se mettre à battre plus fort. Il me faisait presque mal et cette douleur était inutile. Ce n’était rien qu’un regard croisé, un regard que je n’oublierais plus, une claque qui me revenait en pleine figure. J’ai vécu des années dans des immeubles comme ceux que j’avais vus cet après-midi et j’avais voulu les fuir, fuir cette vie comme je m’étais tant de fois promis de la fuir alors que je m’endormais le soir dans ma petite chambre aux murs semés de toutes petites fleurs. J’avais eu peur de manquer mon bus et il m’avait déposé en avance à la gare. Presque une heure à errer en ville, à déambuler sans vraiment savoir où aller. J’avais déjà profité ce midi de ces rues plaines et agitées, j’avais trouvé quelques tee-shirts bradés pour les enfants et pour Blanche, le lac des cygnes.  Je ramenais ce que je leur avais promis et je n’avais plus rien à faire ici. J’avais d’abord envie de les retrouver, de les rejoindre pour le dîner. Il me semblait déjà sentir le goût de ma soupe qu’il aurait préparé. J’ai accéléré le pas  et je suis montée dans la rame bien avant le départ du train. J’ai repensé à la dame, à sa démarche fragile. Je savais pourtant, que ma culpailité ne servirait à rien. Il suffisait juste de prendre le bus d'après.