P1010330Ce matin j’avais rendez-vous avec le lycée. Une journée de congés pour rendre aux élèves le travail qu’ils avaient réalisé la dernière fois que je les avais rencontrés, il y a un peu plus d’un mois. Après leur avoir parlé du métier de journaliste, j’avais demandé à une vingtaine d’élèves de seconde de rédiger un article à partir d’une dépêche AFP. Ils avaient eu deux heures pour la terminer et j’avais été impressionnée par leur enthousiasme et leur capacité à tenir compte des conseils que je leur avais apportés. Sur le fil AFP, il avait été question ce jour là du Conseil italien, d’un artiste chinois, de Liliane Bettencourt, des indignés new-yorkais et de la Birmanie. Ils avaient traité le sujet de leur choix et le professeur qui m’avait demandé d’animer l’atelier m’avait aussi recommandé de les noter. La jeune fille à qui j’ai mis 20 est venue me demander après le cours la filière la plus sûre pour devenir journaliste. Je l'ai reconnue. la dernière fois, je l'avais vu peiner, pester, écrire avec fébrilité. Je crois que l’article de cette jeune fille d'à peine seize ans aurait pu paraître tel quel dans n’importe quel quotidien. Une vraie histoire, du début à la fin. Je le ai vus presque tous inquiets dans l'attente de la note que j’avais donné à leur travail. J’avais aussi peur qu’eux, peur de leur faire de la peine et de ne pas avoir su juger à leur juste valeur des travaux pour lesquels je les avais vu s ‘appliquer. Mis à part ces deux articles entièrement repiqués, à la virgule près, sur un site d’informations sportives, ils avaient tous obtenus la moyenne et je les ai vus repartir l’air plutôt satisfait. J'ai pensé à ma mère et à tous ces profs qui sont ici toutes la journées. J'ai repnsé à ces élèves et à leur attention qu'on m'avait prédit partielle et aléatoire. J'ai vu beaucoup de leur regard.   J’étais un peu éprouvée par cet exercice inhabituel et très contente  de retrouver Joséphine pour l’emmener manger. Nous nous sommes amusées de ce mélange des genres et nous avons dévoré une pizza dans le rue voisine du lycée en parlant de sa vie et de ses amitiés. Puis elle a filé à ses cours de l’après-midi. J’aurais aimé me passer des courses alimentaires qui ont suivi mais je n’ai pas encore trouvé comment décocher cette case obligatoire de ma vie. Je ne me suis pas forcée quand est arrivée  l’heure de partir chercher les enfants à l’école. Nous étions tous les deux, convaincus que ce genre de vendredi passe beaucoup trop vite, mais amusés à l ‘idée d’arriver ensemble à la porte de l’école. D’abord Blanche, puis Aimé et Marcel, ils ont tous les trois passé le portail et la vie a repris son cours ordinaire, avec pour moi ce plaisir rare du moment du goûter. Blanche s'est assise à côté de moi, le nounours de Marcel dans les bras. Je lui ai demandé si elle avait toujours la même envie de métier. J'ai pensé à cette jeune fille qui devait déjà avoir raconté son vingt sur vingt à ses parents. Ce matin, elle les avait évoqués. J'aimerais beaucoup savoir si, un jour, elle écrira.