des mondes inventés

Ce matin, je me suis assise en haut de l’escalier pour terminer le livre que j’avais commencé hier soir juste avant le dîner. C’est l’endroit que j’avais trouvé le mieux adapté pour être au calme tout en guettant les bruis du rez-de-chaussée. J’ai de nouveau imaginé le sourire de la libraire quand Joséphine lui a tendu les deux livres qu’elle avait l’intention d’acheter, le premier, « maman est morte », que Blanche avait choisi pour son papa à la seule écoute du titre, elle n’avait même pas voulu que sa grande sœur lui lise la quatrième de couverture, et le second « veuf » choisi pour moi par Joséphine. Je me sentais en pleine santé en haut de cet escalier, et me promettais de retrouver le plaisir de lire dans l’année à venir. J’entendais la porte claquer et imaginais que les enfants avaient fini par trouver leur chaussures pou sortir dans le jardin. « J’adore ses vacances avec les cousins » m’avait glissé Blanche juste après le petit déjeuner » avant de s’émouvoir du pauvre sort des enfants uniques et sans cousins. Je crois lui avoir dit qu’ils devaient se construire eux aussi un monde imaginaire mais que ce monde devait contenir plus de personnage inventés. Je ne pouvais qu’imaginer le monde que mes enfants et leurs cousins s’étaient inventés aujourd’hui, leur vie dans ce garage transformé en dortoir éclairé la nuit par la lumière du sapin. Malgré nos injonctions à dormir, ils avaient veillé tard cette nuit mais semblaient ce matin frais comme des petits pinsons. Blanche a retrouvé son cousin Gaspard et nous avons disparu à ses yeux, Aimé, Léonie et Marcel peaufinent leurs alliances qui changent au fil des situations et des moments de la journée. Hier matin, ils chantaient tous l’air du gâteau de l’amour en regardant Peau d’âne, ce matin, ils se poursuivaient dans le jardin et concouraient autour de la balançoire au titre de la meilleure acrobatie. Je ne peux qu’imaginer cette vie qui se tisse au fil des jeux et des défis, me rappeler au mieux les souvenirs très précis de mes propres cousinades, des cabanes et des familles que nous construisions avec des rôles définis pour chacun. Joseph et Georges paraissent encore un peu petits pour prendre leur place dans ce monde parallèle. Hier après-midi, j‘ai quand même surpris Georges qui admiraient ses frères, sœurs et ses cousins et je l’ai vu tenter de sauter lui aussi sur le lit. Pour l’instant, les deux petits profitent surtout des bras des adultes laissés disponibles et nous profitons des petits, des plus grands aussi, même si ces rassemblements n’invitent pas toujours aux confidences. Hier soir, après le dîner, Joséphine demandait à sa grand-mère de lui raconter Cécile, la mère de son arrière grand-mère. Une femme très différente de celle que j’avais jusque-là imaginée.























