Les enfants sont endormis, sûrs que demain, le père Noël sera passé. Comme chaque année en ce 24 décembre, c'est une histoire qui prend la place du billet du soir. Je vous souhaite un très joyeux Noël.

 

P1019462_2  C’est une toute petite maison au bord de la forêt. C’est là que je suis née. C’est là que j’ai grandi. C’est là que j’ai vu au moins dix fois l’hiver arriver et que j’ai fermé les volets pour garder la chaleur du poêle allumé. C’est derrière la porte de cette toute petite maison  que j’ai entendu les cris du vent et les hurlements du loup. C’est là, dans cette toute petite maison aux volets fermés que je me suis sentie à l’abri du froid et des dangers. C’est là-bas, dans chacune des pièces de cette toute petite maison que j’ai entendu la voix de maman qui chantait. C’est dans cette toute petite maison, dans le silence des nuits, que j’ai appris à écouter le bois qui craque  sous les pieds et celui des souris qui cherchent à manger. C’est au pied de cette cheminée que j’ai trouvé dix fois un paquet avec dessus mon nom écrit. C’est dans la boîte aux lettres de cette toute petite maison que j’attendais les lettres du voyageur qui me racontait les pays lointains qu’il visitait. C’est sur la grande table de cette toute petite maison que je lui répondais, des lettres écrites sur mon plus beau papier. Un jour, j’ai su qu’elles étaient toutes arrivées. C’est par la fenêtre de cette toute petite maison que j’ai au moins dix fois entendu  le chant des oiseaux qui m’annonçait les jours devenus plus longs. Ce sont les fenêtres de cette petite maison que j’ai ouvertes en grand pour laisser la chaleur du soleil entrer pour réchauffer le parquet. C’est dans cette petite maison alors ouverte aux quatre vents que j’ai senti au moins dix fois revenir les parfums du printemps. C’est dans la grosse armoire juste à côté de mon lit qu’il m’a fallu chercher les chaussures trop serrées et les vêtements trop petits pour les donner à d’autres qui sauraient les porter après moi. C’est sur la grande table de cette petite maison que j’ai posé des brassées de fleurs des champs dans des vases un peu trop grands. C’est en m’asseyant sur le banc contre le mur de la maison qui j’ai eu tant de fois envie de prendre le chemin qui traverse la forêt ; Alors j’ai appris à fermer la porte derrière moi pour aller marcher dans les sous-bois, essayer de rencontrer les biches et les faons, sentir le parfum des chênes quand la pluie vient de tomber. A, chaque fois, Je suis rentrée le panier plein de trésors que je rangeais sous mon lit dans une grosse boîte en carton. Ce sont les murs épais de cette toute petite maison qui m’ont protégée de la chaleur de l’été. C’est son jardin, juste à côté, qui m’a donné des tomates mûres et des cerises dont j’ai fait des confitures et des sirops pour faire durer l’été même quand il serait passé. C’est en faisant des vœux quand je voyais une étoile filer que j’ai souhaité que jamais ne finisse ces longues nuits d’été. C’est alors que je dormais sous le cerisier, un des derniers été, que j’ai senti l’appel de la forêt et de la vie, de l’autre côté. Mais l’orage a grondé et il m’a fallu encore attendre un été ou deux pour me décider. C’était un matin comme seul l’été sait les dessiner. Un matin clair et frais, que je me suis chaussée pour m’en aller. J’ai fermé la porte derrière moi et je suis partie sans me retourner. IL fallait aller voir de l’autre côté de la forêt, aller vivre plus loin. Essayer. J’ai oublié la petite maison et ses murs épais, j’étais loin de la forêt. J’ai passé quelques années très loin, sans me retourner, sans trop savoir si c’était le printemps, l’hiver ou l’été. J’ai aimé tout ce que je voyais. Des années sont passées. Par une grande fenêtre qui donnait sur un parc là où je vivais, il y avait un chêne qui laissait partir ses feuilles dans un vent glacé. J’ai su que l’automne était arrivé et je me suis sentie fatiguée. Je n’ai pas cherché longtemps la petite maison en lisière de forêt.  Elle était là, avec ses murs épais, juste un peu plus petite encore que lorsque je l’avais quittée. J’ai poussé la porte et je me suis assise pour lire le courrier qui m’attendait. Des lettres du voyageur que racontaient des choses que désormais,  j’avais vues moi aussi. Il m'écrivait qu’il était bien content d’avoir reçu les lettres que je lui avait envoyées et qu’il avait gardé tous les dessins que je lui avais adressés sans jamais savoir exactement où ils partaient. Il me disait  que souvent, il pensait à moi en m’imaginait dans cette petite maison dont il gardait le souvenir précis. Je me suis demandée pourquoi il en était parti. J’ai retrouvé la boîte à trésors. Les souris l’avais en partie mangée mais au milieu de ces petits  objets attaqués par l’humidité, j’ai vu ce morceau de ruban et une lettre signée « Père Noël » et juste après, il y avait écrit « à l’année prochaine », la lettre n’était pas datée. Je suis allée chercher du bois dans la forêt pour rallumer le poêle et réchauffer ces murs qui m’avaient attendue. Je me suis endormie. Il m’a semblé entendre la voix de maman chanter. Demain, l’automne cèdera déjà sa place à l’hiver. Le dernier loup a été tué dans cette forêt  il y a une éternité et les sifflements du vent ne me font plus peur depuis longtemps. dans quelques jours, c'est Noël, il se peut qu'un paquet soit déposé pour moi devant la cheminée.