chantier épicé





Nous sommes passés tout près de la catastrophe. J’avais sombré dans un sommeil profond une heure plus tôt, en écoutant de loin les enfants qui rangeaient la salle de jeux. La maison en pain d’épices était inscrite dans le contrat. Cette heure de rangement leur assurait en effet une fin d’après-midi pleine de sucre glace et de bonbons. La salle de jeux étaient parfaite et les enfants satisfaits, J’ai d’abord cherché les paquets de bonbons que j’avais mis de côté en prévision de cette maison. J’ai du me faire à l’idée que nombre d’entre eux avaient disparu. Nous ferions avec ce qui restait. Du sucre, glace, du blanc d’œuf et du citron, nous avions tout. J’assemblais les deux premiers murs comme indiqué alors que Marcel trempait son doigt dans le ciment sucré. Rien ne tenait. Peut être qu’avec le troisième mur, l équilibre serait assuré. J’y ai cru un moment mais l’ensemble s’est écroulé quand je l’ai laché, brisant le premier mur en son milieu. Le ciment ne collait pas, ou bien j’avais mal assemblé. J’essayais de renforcer la construction avec des piques à saucisses comme , il me semblait, nous l’avions fait pour la dernière maison. Le second mur se fissurait. « Bien sûr que l’année dernière, nous l’avions bien mieux réussi » confirmait Blanche « mais l’année dernière, papa était là ». Cette année, il avait préféré partir taper dans un ballon et moi, je me retrouvais avec mon honneur en jeu. Il fallait que cette maison tienne. J’étais sûre que ce toit ne résisterait pas à ma volonté. Quand il a cédé, nous avons décidé d’ouvrir la deuxième maison que Marcel, d’un revers de la main, envoyait par terre. A part la cheminée, rien n’avait résisté. Avec la troisième maison, achetée « au cas où », c’était une dernière chance qui s’offrait à nous. Les enfants n’en pouvaient plus de résister aux bonbons et moi, je n’étais plus sûre du tout d’avoir envie de continuer cet atelier maçonnerie. « tu vas y arriver maman ? ». La faille était dans la colle. Je fabriquais un nouveau mélange, plus épais. Ce n’était pas miraculeux, mais ça tenait. J’étais décidée à rester là, mes mains serrées autour des quatre murs autant de temps qu’il le fallait. Mais combien de temps fallait il pour faire durcir ce sucre glacé ? J’ai posé le plus doucement possible le toit qui n’est pas tombé et Joséphine a posé la cheminée. Nous avons retenu notre souffle et éloigné nos mains. Rien n’a bougé. Nous étions tous d’accord, le décor serait minimal cette année, juste quelques bonbons, de toute façon, il n’en restait presque plus. Rien ne devait risquer de faire trembler la maison. Je retrouvais quelques oursons qui tenaient très bien en cariatides. Et puis il y avait ce bonhomme de pain d’épices que les enfants avaient gardé dans son sachet. La maison était un peu petite pour lui mais il s’en arrangerait. Ce soir, les enfants ont attendu leur père avec impatience. Il l’a trouvé « merveilleuse », je crois que c’est ce mot précis qu’il a prononcé. Merveilleuse, c’était le mot qui convenait, et il n’avait pas encore entendu, le récit de sa construction.























