les trois âges



J’ai dû voir ce tableau plusieurs fois sans y prêter attention. Aujourd’hui j’ai regardé les trois âges de la femme de Gustav Klimt. Je feuilletais une revue d’art et je n’ai pas pu détacher mon regard de ce tableau. Au premier plan il y a cette femme et son enfant, une fille j’imagine. Lumineuses, elles sont la beauté même et le geste qui relie les deux renvoie une grande douceur. Derrière, il y a cette femme qu’on devine plus vieile, peut-être la même femme, des années après. Elle est nue, sa peau est terne et sa tête baissée. Son corps porte les traces de la vie, de la maternité. Un corps de femme marquée aux cheveux lâchés. Les trois âges de cette femme m’ont suivie toute la journée, collés à la peau. J’ai été la petite fille entourée des bras de sa mère, je suis encore cette femme qui embrasse son enfant, je ne veux pas devenir celle qui n’est plus que l’ombre d’elle même. Je sais qu’il y a des viellesse riches et épanouies, je connais la douceur qu’apporte les souvenirs de la vie traversée. Mais ce matin, c’est cette femme en arrière plan qui m’a bouleversée. Aujourd’hui, c’est à elle que je pensais quand les enfants couraient autour de moi et que je n’arrivais pas à les écouter, Je crois que c’est elle qui m’habitait encore quand à la fin de la marche, j’ai senti le décor tourner, mon cœur s’emballer et ma tête prête à exploser. « C’est le froid » m’a dit la voisine. J’ai eu si froid après. J’avais déjà vu ce tableau plusieurs fois et il ne m’avait jamais bouleversée. J’ai préparé le thé, coupé le gâteau et appelé les enfants. J’a mis des bougies et mis monterverdi. Georges aime autant monteverdi que le reggae. J'ai regardé Blanche nous préparer les serviettes en papier. J’ai oublié la vieille femme un moment. Le malaise était loin et ma voisine avait eu raison, c’était sûrement le froid. J’ai bu ce thé qu’une amie m’avait envoyé. A ce moment là, alors qu’ils étaient tous autour de moi, que le moment était doux, j’avais besoin de cette présence féminine et amie. Une autre femme qui entendrait mes doutes, qui saurait peut-être les partager. Ce soir j’ai eu honte de mes larmes mais je ne les ai pas ravalées. Je suis heureuse comme je lui ai promis. Je suis heureuse et je n’ai pas besoin de le surjouer. Mais quelquefois, les ombres de mon tableau m’effraient.























