a1a2a3a4a5a7C’était bien de se dire qu’on aurait froid, de chercher de nouveau  les foulards et les bonnets, de prendre un moment au milieu de tout, avec l’idée de cette tarte au sucre qui nous attendait. Cadeau de Joséphine ramenée de la boulangerie du lycée. C’était bien de partir alors que le jour commençait déjà à décliner, et se dire qu’on rentrerait pour le thé. La forêt perd ses dernières couleurs d’automne, les arbres sont presque nus. Georges est le premier de nos enfants à réclamer son bonnet, il ne voulait plus le quitter et levait les bras au ciel dès qu’il nous entendait lui dire qu’il était beau. Les feuilles crissaient encore mais on sentait déjà les parfums de l’hiver. Marcel laissait son vélo dans le fossé pour nous suivre à pieds, « tu crois que quand je serai adulte, j’y arriverai sans petites roues ? ». Aimé filait devant. Il se tenait droit sur son vélo rouge et ne se retournait . que pour vérifier que nous étions encore derrière lui. Georges tenait la main de sa grande sœur qui me serrait la mienne. Elle me confiait que ses mercredi étaient très chargés cette année. Danse le matin et théâtre l’après-midi. Je la trouvais grandie. Joséphine lui avait promis à faire ses recherches en histoire après le goûter « ça ne te dérange si je préfère que ce soit elle plutôt que toi ? ». Elle ne se doutait pas du plaisir qu’elle m’offrait. Moi, en échange, je relirai le devoir de géographie auquel je n’avais rien à ajouter. Georges continuait à marcher, toujours droit devant, et ses grands frères seraient allés jusqu’au bout du chemin si nous ne les avions pas arrêtés. Il commençait à faire froid et après le goûter, j’avais rendez-vous avec la voisine pour notre marche du mercredi, notre marche de nuit. Nous nous retrouvons encore plusieurs fois par semaine pour cette heure de marche rapide et de discussions sur la vie. Une heure pendant laquelle nos pas s’accordent et nos univers se croisent. J’aime l’écouter raconter ma vie avec ses yeux et j’espère qu’elle aime mon regard sur la sienne. Il n’y a pas deux vies plus différentes, plus éloignées. Et pourtant, pendant cette marche accélérée, nous avons toujours tant de choses à nous raconter. Ce soir elle m’a dit « oh oui, profite de ta vie en ce moment ». je crois qu’elle se trouve bien dans son nouveau métier.