a1a2a3a4a5a6a7                                                                  Il l’avait attendu longtemps, très longtemps. Presque une semaine. Hier encore il doutait, plus si sûr qu’on allait lui fêter. Mais en fin de matinée, les cadeaux étaient emballés, le gâteau dans le four et la table dressée. Depuis quelques heures, Marcel profitait de son statut de roi de la journée pour mettre le flegme de ses frères et sœurs à l’épreuve. C’est lui qui avait eu le droit à la première cuillère pour lécher le plat plein de chocolat, lui qui avait choisi ses chaussures et le parfum du sirop. Il avait joui du privilège de choisir sa place à table et de demander si je pouvais m’asseoir en face de lui. Quatre bougies soufflées deux fois et une pile de cadeau qui paraisait bien plus haute que ce que j’avais imaginé. Il y avait d’abord le poème de Blanche, écrit ce matin en rime et en vers, le bel avion que Joséphine avait ramené de très loin, le grand puzzle et le jeu de maminou, le livre des cousins. Marcel détaillait chacun de ses cadeaux faisant fi de l’impatience de ceux qui l’entouraient. Il en restait deux. Et deux gros. Le premier, un camion de pompier dont il n’osait plus rêver. Camion playmo qui attendait depuis plusieurs mois dans la grange l’occasion d’être offert. En regardant les yeux du petit garçon qui ouvrait le paquet, j’étais convaincue que ce camion rouge avait été construit, même très loin, même il y a longtemps, pour les quatre ans de ce petit garçon. Je crois qu c’est ma petite sœur qui m’a soufflé cette idée de réserve de cadeaux, pour les « on ne sait jamais », les occasions ou les moments qui tombent bien. Dans le dernier gros paquet doré, il se cachait une demie surprise, l’habit du chevalier rouge et noir, avec sa cotte de maille et son casque trouvé hier soir, sur le fil. L’écuyer a repris du service et la séquence habillage a réussi à nous faire oublier de manger le gâteau au chocolat. Le chevalier bleu et or était lui aussi parti chercher son habit et la princesse enfilait ses gants de mariée. Epées et boucliers retrouvés, nous étions invités cet après-midi à une fête déguisée. Je chargeais princesses et chevaliers dans mon véhicule et nous partions avec la ferme intention de revenir aux autres cadeaux dès ce soir « et le gâteau au chocolat, Il faut pas qu’on oublie de le manger celui-là ! »