a3De tous, c’est elle qui a le plus souffert de ce changement d’école. Blanche a ce don précieux et si particulier de poser des mots sur chacun de ses troubles, chacun de ses regrets, et pendant ces vacances, elle m’a confié plusieurs fois qu’elle regrettait son école d’avant. Alors il nous faut entendre ces « sentiments » dont elle a voulu nous parler, et d’abord accepter ces regrets avant de chercher avec elle ce qui pourrait lui rendre la vie plus douce cette année. En juin dernier, elle quittait ses amies, son école et sa maîtresse et puisait ses forces dans l’idée qu’elle aurait pu passer une classe même si nous ne l’avons pas souhaité. Dans ce domaine au moins, elle ne serait pas perdue. Au mois de septembre, la nouvelle maîtresse nous parlait de besoin de soutien en mathématiques et j’ai vu Blanche s’atteler à la perspective et à la géométrie. Je me souviens alors avoir essayé de poser des mots qui rassurent sans ébranler. Je lui ai parlé de méthode, d’adaptation et de différence de personnalité, j’ai essayé de dire tout ce que les changements peuvent amener de difficultés, même celles qu’on avait pas envisagées. J’ai vu une petite fille de huit ans placer toute son énergie dans l’envie de bien faire. A la fin du mois d’octobre elle semblait épuisée, soulagée à l’idée que pendant deux petites semaines, son cartable resterait sous l’escalier. Ce matin, la maîtresse nous a annoncé que Blanche n’avait plus besoin de soutien et j’ai senti le sourire s’emparer du visage de ma petite fille, juste à sa façon de me serrer la main. Hier, elle m’avait dit qu’elle aimait le sport et la grammaire, et puis elle avait lu son petit quotidien et nous avions parlé de l’actualité. Je ne me suis jamais inquiétée pour ne niveau scolaire de cette petite fille déterminée. Son père pas plus que moi et l’idée même d’un niveau scolaire nous semblait presque incongru. Mais J’avais vu trop d’inquiétude, trop de désir de bien faire dans les yeux et les mots de cette petite fille encore secouée de regrets. Je lui avais dit qu’il faudrait du temps mais le temps, c’est tellement long quand on a huit ans. Je lui avais dit qu’un jour, elle se sentirait mieux dans ce nouveau lieu. Je voulais avoir raison. Je voulais surtout que rien n’abime cet âge ou les voyages sont encore possibles entre la petite enfance et les raisons de grands. J’ai cherché la bonne distance sans toujours la trouver, pour souffler sur son envie d’avancer et en même temps me tenir assez près pour qu’elle puisse venir se réfugier si le besoin lui en prenait. Ce matin, alors qu’Aimé et Marcel me demandaient un bisou au rouge à lèvre sur la paume de leur main avant de l’effacer, le rituel a évolué, Blanche a voulu garder la trace du baiser. Puis juste après, je l’ai vue se retourner et courir vers la petite fille qui vient d’arriver. Dans sa classe, Blanche n’est plus la nouvelle. Je m’en suis retournée moi aussi vers ma journée, toute pleine de ses huit ans, de ces doutes et de ses mots posés. Je suis repartie pleine de confiance en cette petite fille qui sait toujours trouver son chemin, même à cet âge ou quand le doute se mêle à la peine, il déchire les certitudes et fait la guerre au merveilleux.

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