a1Nous guettons la factrice qui nous amènera le cadeau que nous avons choisi pour lui. La première bougie attend et Georges trotte du fauteuil au canapé. Nous avons trouvé notre rythme, il sera chahuté toute l’année et mon agenda se remplit, j’aime même noirci un mercredi, une exception qui rend plus précieux encore ces milieux de semaine avec les enfants. La vie file avec joie et les enfants parlent de noël et de l’été prochain. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis replongée hier soir dans les souvenirs qui entouraient la naissance de Georges, il y a tout juste un an. Il me semble avoir tout retrouvé, le plaisir et la mélancolie, l’ivresse et les jours plus inquiets. Il me reste  le goût de long mois que j’ai tant aimés, des semaines avant la naissance de ce bébé et des mois qui l’ont suivie. Je me souviens aussi de cette conscience aigüe que j’étais en train de vivre parmi mes plus belles journées. Il m’en reste le goût et le parfum et quand dans mes journées agitées  les souvenirs m’y ramènent en secret, j’entends encore la musique de ces jours d’hiver que notre vie composait. Je les ai tant aimés. Et je peux dire aujourd’hui que rien n’arrive à les égaler. J’aurais voulu pourtant, trouver dans le mouvement et le plaisir de créer la force de regarder ces moments avec le goût du plaisir accompli mais dénuée d’envie. Et Je crois pouvoir affirmer aujourd’hui que je donnerais quelques années de ma vie pour m’offrir encore quelques unes de ces semaines à vivre chaque parcelle du jour en attendant la nuit. J’ai appris à courir alors que la vie m’a faite pour contempler, je sais maintenant l’efficacité alors que j’aime tant me perdre avant de me retrouver. Pendant tous ces mois qui ont entouré la naissance de notre bébé, j’ai pu vivre sans peau, sans cette armure qu’exige la vie en société, j’ai pu laisser danser mes émotions et me sentir aussi forte qu’un lion. Me voilà aujourd’hui dans une autre vie et j’aimerais retrouver la magie qui m’avait alors touchée. Je m’amuse, je ris, je regarde grandir les enfants et j’envisage un jour leur départ de la maison. Le goût de l’écriture ne m’a jamais quittée  et je ne regrette aucun des choix de vie qui nous ont menés vers cette maison. Je me sens épanouie, et pourtant, je crois que j’ai laissé quelque chose de moi dans la magie de l’hiver dernier. Ce n’est peut-être qu’un mauvais tour du cycle des saisons qui me jette toute habillée dans un bain de mélancolie, c’est peut-être aussi la certitude qu’un partie de notre vie est derrière moi. Ce sont aussi des rires francs et des jours que cette certitude rend éclatants.