a1Elle réfléchit aux cadeaux que nous pourrions faire à ses invités pour son anniversaire. Elle monte faire ses devoirs toute seule sur son petit bureau et nous assure que nous n’avons pas besoin de vérifier. Alors je ne vérifie pas. Les changements sont tenus mais évidents. Blanche attend la reprise des cours de théâtre avec impatience et répète ses leçons de danse dès qu'elle dispose d'un espace assez grand. Il y a aussi sa vie dans le champ, celle qu’elle partage avec ses frères et Georges qu’elle va maintenant chercher dans son lit. Et puis il y cette grande sœur qu’elle ne veut pas voir s’en aller sans imaginer que dans deux ou trois ans, elle pourra la rejoindre en ville pour une journée. Plaisir ultime quand on a dix ans. Blanche est encore loin de ses dix ans et pour l’instant, c’est avec moi qu’elle part dépenser ce qu’elle a glissé dans son sac à mains. Cadeau de grand-mère et petite souris, « mais après, je n’aurai plus rien. » Elle choisit et je donne mon avis, je lui suggère et petit à petit, elle se libère. Et moi je nous imagine dans quelques années. Je me demande ce qu’elle aimera porter, voir et écouter. Pour l’instant le maquillage est son rayon préféré, son rêve de promenade en ville.  Elle pourrait passer des heures à rester là, à regarder des rouges à lèvres et des ombres à paupières Plus ou moins rouge, plus ou moins brillantes, « quand je serai grande, c’est celui là que je porterai. » Un maquillage qu’elle ne portera pas. Pas tout de suite, ou juste pour s’amuser, pour une journée exceptionnelle ou avec sa robe de mariée. Cette robe de mariée qu’elle pourrait peut-être porter pour l’anniversaire de son petit frère. Ce matin, sur le chemin qui nous menait à l’école, nous nous sommes promis de profiter du week-end pour discuter de l’école, de ses nouvelles habitudes et de ses amies, de cette vie qui l’occupe et dont nous ne savons presque rien. Elle nous a demandé de l’abonner à un quotidien. Elle veut aussicontinuer à s’occuper de sa poupée « peut-être que quand je ne suis pas là, Joséphine s’en occupe en secret. » Blanche voudrait connaître la terre entière et être sûre qu’elle pourra vivre dans le village, pas très loin de la maison. Elle trouve même que le collège est très loin. Il lui reste encore du temps pour ne pas être obligée de choisir entre les jeux d’enfants et les rêves de grandes filles. Etre toutes à la fois, dans le même journée, c’est le rêve qu’elle semble vivre de plus en plus souvent ces temps ci, passer de l’un à l’autre aussi vite qu’on referme un cahier. Ses petits frères l’entraînent au temps des chevaliers, elle leur explique la rotation de la terre, même si Aime en connaît un rayon aussi sur la question. Elle doit apprendre ces derniers temps qu’eux aussi peuvent avoir raison. Dure réalité quand on est une petite fille obstinée. Elle peut se tromper,  mais une chose est sûre et ils n’ont rien à lui rétorquer. « Tu ne peux pas savoir, c’était bien avant que tu ne sois né ».