a1a2a3a4Blanche l’a vu faire son premier pas. Son papa aussi, il croit. Mais moi, je voudrais que ce ne soit pas tout à fait vrai. J’aurais voulu être là, assister à ce premier pas pour notre petit bout d’humanité. Un grand moment que nous nous empresserons de fêter, pas un petit pas fait comme ça, sans vraiment qu’on le voit. Georges vit debout depuis un moment déjà. Il se hisse partout où il peut passer et attrape tout ce qui se trouve à sa portée. Déjà, il se tient à peine à la main qui le guide quand il s’agit de marcher. Il faut juste qu’elle soit là, pour rassurer son équilibre en apprentissage, et lui donner l’assurance qu’il y aura toujours quelqu’un pour l’aider à aller là où il veut aller. Quand il se hisse sur ses deux pieds, il prend pour moi l’air d’un petit monsieur très occupé. Georges est un petit monsieur très occupé. Il y a toujours quelque part un jouet de grand frère ou de grande sœur à attraper, un sac à main à vider ou des casseroles à faire tambouriner. Il y a toujours ces escaliers à escalader. Plusieurs fois, nous l’avons trouvé au sommet de ces marches qui mènent vers la chambre de ses grands frères, riant aux éclats et filant aussi vite qu’il le pouvait pour ne pas être attrapé. Plusieurs fois, nous l’avons trouvé sur le canapé, debout et hilare, et tant de fois j’ai pensé aux chutes et aux larmes de ses frères et sœurs, aux bosses que nous n’arriverons pas à lui éviter. Plusieurs fois déjà, nous l’avons pris dans nos bras pour essayer d’oublier des frayeurs partagées. « Maman, Georges est tombé ! ». Mais Georges est plus rapide que la lumière. En un éclair, Il  oublie ses bleus et ses bosses et repart à la conquête d’un monde qu’il n’a pas fini d’explorer. La fatigue n’a que très peu d’effets sur lui. Il trace son chemin entre la table et le canapé. L’idée de son premier anniversaire nous occupe bien plus que lui, petit garçon tout occupé qu’il est à essayer d’apprendre tout ce qu’il voit. Ses deux petits yeux concentrés, je me demande si ce n’est pas cela que je préfère. Un regard derrière lequel j’imagine des milliers d’informations enregistrées. Je me suis dit qu’il devait être épuisant d’être un bébé et quand le soir, je le pose dans son lit pour lui tendre ses couvertures et son doudou chat, je sais qu’il va vite s’endormir. Il ne lutte pas. Il me regarde alors allumer la petite lumière et tourner la clé de la boîte à musique. Là, il s’allonge comme il veut et me tend son oreille. Je ne sais pas ce que je lui fredonne, une berceuse sans parole faite de sons doux. Il la fredonne souvent avec moi puis me regarde partir. Tant pis si je ne le vois pas marcher pour la première fois. Il y a tant d'autres regards  joyeux pour se poser sur lui dans ses moments là. Je verrais tant de ses pas, je le regarderai partir tant de fois. Moi, pour l’instant, je l’accompagne vers le du sommeil et après ses folles journées, veille sur le début de ses nuits.