quatre années
Il y a ce souvenir précis. C’était une fin d’après-midi, il y a quatre ans. C’était un très joli moment et je n’avais pas envie qu’il s’enfuit. Depuis, chaque jour, je reviens ici et j’écris un morceau choisi de ma vie. Quand je pense à ces pages noircies, l’idée m’étourdit et pourtant, chaque jour, je viens retrouver cet espace de liberté, cet endroit où j’essaie de trouver les mots précis qui racontent le mieux ce que je vis ou ce que je ressens. Ce n’est pas la vérité, c’est ce que je vois, ce que je vis, la vie regardée avec mes yeux et balayée par mes sentiments. Chaque soir, je remets mon ouvrage et j’essaie d’être au plus près. Chaque jour j’écris sans presque jamais penser à celles et ceux qui liront mes mots. Et pourtant, je sais qu’ils sont lus et rien ne nourrit autant que lorsqu’au détour d’un message, j’apprends qu'ls ont décrit ce qu’une autre a pensé, ce qu’une autre a vécu sans pouvoir l’exprimer. Je crois que je sais parler de l’intimité, de la mienne comme celle des autres. Dans d’autres endroits, à d’autres moments, je rencontre des vies et des sentiments que j’essaie de raconter. Mais ici, c’est de ma vie, de ma manière de la regarder dont il s’agit. Chaque jour, je choisis un moment, une pensée et je pose mes mots pour le raconter. C’est ce que j’ai envie de garder, ce que je veux partager. Le reste n’est qu’une logistique à assurer, un quotidien à faire tourner, ou cette partie d’intimité que je choisit de ne pas dévoiler. Quand je pose mes mots ici, je ne cherche ni conseils ni félicitations. Poser mes mots et penser qu’ils seront lus, c’est ma façon de partager.
Je continue à lire chaque commentaire, je les ai toujours lus, mais je me garde le droit de les lire de très loin quand ils sont susceptibles de me blesser. Je crois depuis très longtemps, bien d’avant d’écrire ici, que le lecteur pose sa propre histoire sur ce qu’il lit. La neutralité bienveillante ne peut exister que derrière la porte d’un cabinet de psychanalyste. Ici, j’ai trouvé beaucoup de bienveillance, et je ne cherche pas de neutralité. J’ai reçu beaucoup d’émotions en retour, des mots bouleversants, des mots violents, des mots qui m’ont semblés tellement loin de moi, tellement loin de ce que je venais d’écrire. il ne s’agit pas de comprendre ou pas. Je pose les mots et je me dois cette sincérité que je me suis promise ce dernier jour du mois d’août, il y a quatre ans. Mais une fois qu’ils sont écrits, ils ne sont plus à moi. Ils vivent leur vie et je dois les laisser partir dans l’histoire de chacun de celui qui les lit. Il arrive qu’au détour d’un commentaire laissé ou d’un message envoyé, j’ai la certitude d’avoir atteint cette communauté de sentiment que recherche chaque écrivain. Je ne suis pas écrivaine, juste la gardienne d’un lieu qui me et que j'ai envie de partager. Je crois que mes enfants s’amusent à l’idée de l’existence de cet endroit qui n’appartient qu’à moi. Ils le lisent quelquefois. J’essaie d’être fidèle aux règles que je me suis fixées. Parler d’eux mais ne jamais essayer de parler pour eux. Ils liront peut-être ces lignes un jour, si je me décide enfin à en reprendre l’impression sur papier. Ils n’en auront peut-être pas envie. Ils y trouveront une vision très subjective de notre vie, notre vie telle que j’ai décidé de la regarder et de l’écrire. J’aime tant l’écrire, trouver les mots les plus précis. Et puis il y a lui, qui continue à lire notre quotidien tel que je veux l’écrire. Lui qui continue à le vivre et à le lire. Le seul, je crois, qui pourrait me faire tout arrêter s’il n’aimait plus ce que j’écris. Et puis il y a tous ceux, et surtout toutes celles que j’imagine, toutes celles dont je sens la présence et qui viennent quelquefois déposer une trace de leur passage ici. Une trace ou pas. Je ne sais pas combien ils sont, combien elles sont. Je n’ai jamais cru en l’exactitude des chiffres annoncés. Je pourrais dire que c’est en tout cas bien plus que tout ce que j’avais imaginé ce soir d’été, en écrivant mon premier billet. Mais ce 31 août, il y a quatre ans, je crois que je n’imaginais rien. Je me contentais de découvrir le plaisir d’écrire puis celui d’être lue. Ce plaisir n’a aucune raison de me quitter au fil de cette cinquième année.























