a1a2a3Nous avons tous applaudi aux cinq ans d’Aimé. C’était ce midi, un peu avant le déjeuner. J’ai vu ses yeux briller et notre petit garçon se perdre entre émotion et fierté. Nous l’avons vu grandi. Il a cinq ans aujourd’hui. Cinq ans, un âge de grand, un âge qu’il attend depuis si longtemps. Hier soir en s’endormant il me disait qu’il était impatient d’être grand et ce matin, en se levant, il était arrivé, ce jour où il avait décidé de passer de ce côté de l’enfance, celui où on se demande où vont les étoiles filantes et pourquoi la mer est salée. Cet âge qui justifie tous les apprentissages amassés cet été. Le vélo sans petites roues, le vélo sans les mains, l’alphabet appris et puis surtout, les promenades en solitaire dans le champ, l’ivresse de la solitude quand on est un petit garçon très entouré, le goût de la liberté bordée de baisers du soir et de câlins du matin. Dans ce champ là, Aimé de cinq ans n’a peur de rien, ni des chevaux, ni des animaux qui se cachent dans les haies. Aimé n’a même pas peur de sa nouvelle école, Aimé est juste quelquefois trop plein d’émotions. Alors ses dents se serrent et ses yeux se noient mais le petit garçon reste fier, comme le chevalier qu’il a décidé d’être pour cet anniversaire. un chevalier qui défend les princesses et souhaite que tout le monde soit heureux sur la terre mais à ce moment là, il ne vaut mieux pas être son petit frère, un petit frère qui lui aussi joue les petits lionceaux et donne autant de griffes qu’il en reçoit. Je me souviens de cette émotion qui m’a emplie quand nous avons vu qu’il était petit garçon, une chaleur gaie, une explosion et la vie qui m’offrait de dire « mon fils ». Je ne savais pas que ce masculin deviendrait pluriel et qu’il m’offrirait tant de surprises et de satisfactions. Maman de petits garçons avant d’être un jour mère de grand fils. Ses petits frères m’ont offert d’autres si jolis cadeaux, lui celle d’être le premier, celui qui m’a révélé maman de garçon. Je me souviens de sa douceur le jour même où il est né, de ses longues mains et de son regard profond, ce regard plein d’émotion. Aujourd’hui, je l’ai retrouvé et j’ai vu ses yeux se remplir de larmes quand le gâteau est arrivé avec les bougies allumées. Un gâteau que j’avais préparé avec les ingrédients qu’il avait choisis. Du chocolat, de la crème fraîche et des framboises. Je l'ai vu s'émouvoir encore et rire devant le dessin que son petit frère avait préparé pour lui "Aimé, c'est toi avec trois pieds" et le dinosaure que Blanche lui avait construit, puis les livres de Joséphine et celui que maminou et papinou avaient envoyé pour lui. Ce soir, quand il s’est couché, il m’a dit « demain, j’ai encore cinq ans » et je lui ai répondu que cette fois-ci, il était devenu un grand, pour de bon.

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