a1a2a4a5a6a7a8C’était avant de repartir en ville, pour ne rien laisser passer de ce dimanche au soleil timide. Des deux ânesses qui avaient rejoints notre pré il y a  trois ans après la mort de notre premier petit âne gris, il n’en reste plus qu’une. Pâquerette est morte l’an dernier, et je crois que j’en ai voulu à celle-ci d’être restée. Pâquerette était la plus jeune et la plus petite des deux. C’est celle que nous avions vue en premier, celle que Blanche apprenait à monter. Des deux, Pivoine était la plus âgée, celle qui devait apprendre à l’autre à reconnaître les bons buissons des mauvais. C’était la plus résistante qui était restée. Et pourtant c’est moi qui ai proposé de partir nous promener avec elle, comme pour conjurer une sorte d’inimitié injustifiée. Elle s’est laissée approcher avant de glisser sa tête dans le licol puis elle nous a suivis hors du pré. Aimé et Marcel marchaient devant alors que Blanche me racontait ses lectures à propos de l’âne des Pyrénées « il est connu pour porter des choses très lourdes et il est très gentil ». Blanche a d’abord pris la grosse corde qui menait l’animal puis son papa lui a proposé de l’installer sur le dos de cette ânesse qui se révélait bien moins sauvage qu’il ne le craignait. Chacun leur tour, les trois enfants ont chevauché Pivoine avant de la mener sur le chemin vers le moulin. Là-bas, de l’autre côté du petit pont qui franchit le ruisseau, les habitants de la grande maison nous saluaient de la main. Impossible de s’approcher trop près. Pivoine  qui nous suivait depuis le début là où nous voulions aller refusait de s’approcher de ces inconnus. C’est Marcel qui était alors sur son dos et il refusait d’en descendre, pas effrayé à l’idée d’être entraîné dans une course aux allures de rodéo. Nous avons repris notre chemin et Pivoine retrouvé sa confiance en nous. Je regardais cette petite ânesse noire aux grands yeux dessinés. Oui, je crois que je lui en avais voulu de ne pas être Pâquerette, l’autre ânesse, plus petite et plus facile, de ne pas être Zoé, cette première petite ânesse grise qu’il m’avait offert quelques semaines avant la naissance de Blanche et qui venait passer sa tête au dessus du muret pour nous saluer les soirs d’été. Je regardais Pivoine, enfin convaincue par la possibilité d’une nouvelle aventure avec cette ânesse qui nous accompagnait sur le chemin de la forêt.   De grands bâtons et quelques mûres déjà bien noires trouvées sur les chemins et ce moment nous rappelait ce que nous étions venus chercher ici. Et puisque nous passerons une grande partie de nos vacances ici, nous décidions de recommencer souvent ces sorties. « Comme ça Pivoine va s’habituer à nous » m’expliquait Blanche alors que loin devant, Aimé tenait la grosse corde et menait l’animal pour remonter jusqu’à la maison. Nous l’avons remerciée avant de la raccompagner jusqu’au petit carré d’herbe auquel elle est assignée ces jours-ci. L’un des grands chevaux l’attendait, celui qui lui tient compagnie depuis la mort de Pâquerette. Et puis nous lui avons promis qu’elle ressortirait avec nous, très bientôt. Peut-être mercredi s’il ne pleut pas trop.