a1« La moitié de ta vie dedans et l’autre moitié dehors », c’est son papa qui lui a dit ce matin. Alors ses frères et sœurs ont applaudi et Georges a souri. Et moi, je parie que la vie qui s’ouvre devant nous sera comme les deux fois neuf mois que nous venons de traverser. Comme un éclair, un souffle et puis c’est fini. Dix-huit mois fulgurants remplis pourtant de tant d’évènements qu’ils pourraient ne pas tenir dans une vie entière. deux fois neuf mois secoués de joie. Et Georges, au milieu de ce tourbillons dont j’essaie de boire chaque gorgée, petit garçon qui ne semble pas avoir besoin de mode d’emploi pour la vie. J’ai déjà oublié les premier doutes et les nuits entrecoupées, le tout petit bébé me paraît si loin. Aujourd’hui Georges salue de la main quand on l’emmène se coucher et il se dresse dans son lit dès qu’il est réveillé. Il rampe et le quatre pattes le tente mais il aime aussi se blottir dans le creux d’un cou qui lui veut du bien, et je ne répond plus de rien quand il s’agit du mien. Il a gardé son parfum de miel et je plonge encore mon nez dans ses cheveux blonds et doux. Georges rit aux éclats et sait se mettre debout. Depuis quelques soirs, il aime que je reste un peu dans sa chambre quand arrive l’heure de s’endormir. Je me penche vers lui et je sens le mouvement de ses cils, il s’endort toujours très vite et je repasse, un peu plus tard, pour le regarder dormir. C’est comme si l’inquiétude avait oublié ce bébé. Il avance et réclame nos bras quand il veut être câliné. Un peu plus depuis quelques jours, Un peu plus besoin d’attention et de bras qui l’entourent, alors je pose ma joue contre la sienne et nous nous serront plus fort, comme lorsque je vais le chercher chez la nounou. Georges découvre le monde et regarde ses frères et sœurs qui tournent autour de lui. Il se hisse déjà tout seul mais il ne peut pas encore rejoindre les jeux des grands. Pour l’instant, il se fait aussi à cette réalité. Les plus grands s’éloignent et bientôt, on n’entend plus leurs cris. Alors Georges se recentre sur le fil de sa vie. Il y a tout ce qu’il peut trouver tout autour de lui et quelquefois, dans ses babiles, je perçois comme un chant. Alors je chante avec lui. C’est lui qui m’emmène, c’est lui qui décide. Pour le moment, il lui suffit d’un sourire pour m’embarquer. Il y a toujours cette force chez ce bébé, quand le matin c’est moi qui part, quand je l’embrasse pour lui dire au revoir, il me répond avec ce même sourire, le regard confiant. Avec Georges, même les séparations sont teintées de joie. Avec ce bébé, se séparer, pour la nuit ou pour la journée, c’est se promettre qu’on va se retrouver après, c’est la certitude de jolies retrouvailles. C'est vivre, et c’est le don dont il semble doté depuis qu’il est né.