a1C’est aujourd’hui. Nous sommes le 17 juin, Joséphine a dix-sept ans et passe une épreuve de baccalauréat pour la première fois de sa vie. Aujourd’hui je m’étourdit avec elle. Aujourd’hui, je lui ai promis d’écrire mon billet au moment même ou je supposerai qu’elle s’assoie au bureau qui lui a été désigné. Dans un petit coin de son sac, il y a notre secret. Dans un coin de son cerveau, j’espère qu’il y a la certitude que je pense très fort à elle. Dans un recoin de mon cerveau, il y a sa naissance et ces deux grands yeux bleus qui m’ont regardée. Il y a aussi tout ce qui est venu après, en rafale, toutes émotions mélangées. Et puis il y a ce flot qui fait battre mon cœur et mes tempes aujourd’hui, Je ne sais pas si c’est de la joie, du bonheur, de la fierté, rien de tout ça ou tout ça mélangé. J’ai le cœur qui s’emballe et les mains qui tremblent. Ma fille a dix-sept ans. Aujourd’hui, j’ai une fille de dix-sept ans. Aujourd’hui, je sais que si Joséphine n’était pas ma fille, j’aurais envie qu’elle soit de mes amies. Mais j’aime encore plus être sa mère. Je le suis pour toujours. Je la regarde et je la sais prête pour la vie. Comédienne ou commissaire, Droit ou pas, c’est elle qui choisira. Je crois qu’elle a déjà choisi. Je la regarde affirmer ses choix, revendiquer, militer, elle m'offre un autre regrad sur la vie. Je la vois jouer à la maison de poupée avec sa petite sœur ou partir dans le champ avec un de ses petits frères, planifier des week-ends avec des amis, rêver de Paris et du monde entier. Je l’écoute me parler de sa vie après et je suis impatiente avec elle. Moi aussi j’aurais aimé que nous retournions à Londres toutes les deux. Peut-être qu’il ne faut pas revenir si tôt sur les lieux de ses beaux souvenirs. Mais alors, il y a tant d’endroit où je ne devrait pas retourner avec cette jeune fille, tant de lieux ou nous sommes allées, que nous avons tant aimé, sa main dans la mienne. Ma fille a dix-sept ans aujourd’hui. Elle est déjà partie, revenue, et j’ai vécu l’année qui vient de s'écouler comme un cadeau de la vie. Elle partira encore, malgré les supplications de ses frères et soeur. Ils sauront eux aussi, que le lien qui les unis est bien plus fort que plusieurs tour de la terre. Et puis l’autre bout du pays, c’est bien plus près que Singapour. Et puis eux aussi ils partiront un jour. Et puis Joséphine est presque une adulte maintenant, C'est Blanche qui lui répète tout le temps. "presque adulte mais pas tout à fait." elle a sa vie à construire. Et puis elle reviendra souvent, pour nous raconter, pour nous retrouver. Et puis il nous reste un an. Une année c’est long. Il y a eu cette année presque jour pour jour pendant laquelle elle n’a pas été là. Une autre année offerte, parce que pendant cette année là, nos liens se sont tricotés autrement. Je crois plus fort et plus apaisés. Une annéee qui nous a débarassées de nos derniers lambeaux de peur. Ma fille n’a que dix-sept ans aujourd’hui et je l’ai déjà regardée prendre son envol. Je sais qu’elle sait voler, je crois qu’elle est prête pour la vie. Je n’ai plus rien à lui apprendre, juste lui promettre que je serai là pour soigner ses plaies, essayer de les soigner. Elle peut partir. Elle peut rester aussi. Il reste une année et tant d’autres après, pour venir manger de la salade de melons et du gâteau chocolat noix de coco. Une année à mettre le couvert et retrouver ses envies de petite fille. Aujourd’hui ma fille a dix-sept ans et c'est elle qui passe le baccalauréat. le mien n'est qu'un lointain souvenir. Aujourd'hui, je pense si fort à elle que dans la salle d'examen, les autres élèves risquent d'être gênés par les innterférences.