a1a2a3a4a5a6Je suis retournée travailler le jour de ses six mois et aujourd’hui, pour la première fois depuis qu’il est né, je n’ai pas pu rentrer avant qu’il soit endormi. Ces jours-ci, je le trouve grandi à chaque fois que mon regard se pose sur lui. Impossible de ne pas avoir envie de couvrir de baisers ce bébé rond et doré, qui rit dès qu’on rit et qui dit non pour nous amuser. Quelquefois, au milieu d’une journée, je voudrais aller l’embrasser et lui chanter l’histoire des trois petits minous, cette chanson qui le fait sourire à chaque fois que je lui murmure à l’oreille. Hier je suis montée au grenier pour y trouver cette chaise qui a accueilli presque tous ses frères et sœurs puis je l’y est installé. Alors il m’a regardé très fier. J’avais oublié que ce bébé n’est plus si petit. Dans son armoire, il y a encore quelques petits vêtements bien trop serrés que je n’arrive pas à ranger et je dois admettre que dans son couffin, il commence à dormir à l’étroit. Dans quelques jours, il dormira dans un lit vrai lit, celui qu’un de ses grands frères voudra bien lui prêter. Je me pensais pourtant bien à l’abri de ce syndrômr qui frappe ces mères de petits derniers. L’autre nuit, j’ai rêvé que j’avais encore un autre bébé. Ce n’était qu’un rêve et je ne suis même pas sûre que cette réalité me plairait. Mon petit dernier c’est lui, tout petit sucré qui sent bon le lait et le miel, tout petit doré qui m’appelle. Il grandira, il grandit déjà, et je surprends quelquefois chez moi ce regret que je n’aime pas, celui des moments qui ne seront bientôt plus là, celui du couffin qu’il faudra ranger et des petites chaussettes qu’il ne pourra plus porter. Alors j’approche le nez de ces cheveux blondis par le soleil et j’y respire tout ce que je peux y trouver. Déjà des milliers de souvenirs et des rêves pour les mois qui vont venir. Sa première dent n’a pas encore poussé et ses premiers pas sont loin. Je ne vis la mélancolie qu’en touts petits pointillés qui viennent piquer le grand miroir doré de notre salle de bain où nous nous regardons rire. Il y a tous ces moments que je bois comme un fruit frais tout juste pressé, ces baisers furtifs et même ces moments de flottements, quand je suis loin, lorsqu’en pleine journée le seul fait qu’il soit là, qu’il existe dans ma vie, comme chacun de ses frères et sœurs, suffit à me contenter. Je souris alors et le monde s’étonne quelquefois autour de moi. Je pense alors à tous ces mois pendant lesquels je l’attendais. C’était déjà lui mais je ne le connaissais pas. C’était bien mais je crois que je préfère aujourd’hui. Hier après-midi, je le regardais couché dans le hamac avec son papa, le regard absorbé par les mouvements des feuilles de l’érable et des rosiers. Pendant un instant je l’ai vu grand et cette vision m’a amusée. J’ai certainement imaginé dans ce regard tout ce que je voulais y poser mais je ne suis qu’une mère qui décline toute ambition d’objectivité. Il ne s’agissait plus de rêve et de rivalité qui se confrontent mais d’un petit garçon qui a déjà bien entamé sa vie et prend sa place, petit à petit, et se débrouille déjà fort bien avec ce que nous lui avons donné et ce que, sans le vouloir, nous lui faisons porter. Hier son papa l’a appelé mon prince et moi je dis encore « mon petit garçon ». je m’accorde ce droit pendant quelques mois, quelques années, tant que ses sourires m'appellent et que ses petites mains se tendent vers moi.