a1a2Il y a un an nous étions toutes les deux en Angleterre. Hier, quand je l’ai accompagnée jusqu’à son lit, nous nous sommes offert un petit moment de nostalgie. « C’était bien maman. » et nous avons rêvé toutes les deux d’y retourner. Elle avait passé le samedi après midi chez une amie, rentrée toute habillée de vêtements prêtés. Hello Kitty, coup très serré et sac rose et vert, de ces vêtements qui ne courent pas les placards ici. Nous nous sommes mises d’accord, elle pourrait les remettre pour le jour de la rentrée. Au centre de loisirs, elle passe ses journées chez les grands alors que ses petits frères ont droit à la matinée chez les petits. Hier soir, quand elle est rentrée, la petite Mariette venue passer quelques jours chez nous l’attendait pour jouer à la poupée. Nous regardons notre petite fille grandir entre une grande sœur et trois petits frères, bouder lorsqu’une autre petite fille est déclarée « reine du dîner » par Aimé et Marcel et ne pas oser me dire que la jupe que je lui propose pour le lendemain ne lui plaît plus tant. Il y a quelques semaines, elle était arrivée très fière pour nous annoncer que la maîtresse avait quelque chose à nous proposer. Nous avons refusé qu’elle passe directement dans la classe du dessus, convaincus tous les deux qu’une année sautée ne se rattrape jamais alors qu’une année d’enfant donne des forces pour toute la vie. Je me revois lui dire que pour grandir, les enfants avaient aussi besoin de s’ennuyer. Je crois qu’elle a été un peu déçue, je sais qu’elle aurait été capable de suivre le programme de CE2, la classe unique nous le démontre chaque jour. Mais la perspective, si nous avions accepté, de prendre le bus pour la collège dans un peu plus de deux ans avec tous les grands du lycée l’a finalement convaincue de se ranger à nos côtés. La petite classe de notre village lui permettait de voguer d’un niveau à l’autre, de s’essayer aux dictées des grands avant d’aller aider les plus petits. L’année prochaine, le programme sera différent, l’école aussi, mais quel que soit notre choix, Blanche rejoindra une classe à plusieurs niveaux. ET de toute façon, parce qu’elle nous l’a demandé, nous ne parlons pas trop de cette année « après ». pour l’instant, l’école du village les attend pour la rentrée de Pâques et avant les grandes vacances, il y a le cycle piscine, les sorties au parc et peut-être au musée, les amies filles, les pactes de fées pendant la récré et les déjeuners dehors sous les grands arbres de la cour avec les légumes du petit potager. C’est Blanche qui a décidé de profiter de ces derniers mois dans « la meilleure école de sa vie » avec une maîtresse qu’elle n’oubliera jamais, presque comme si de rien n’était. J’essaie de l’accompagner et je laisse s’emmêler mes désirs de la garder encore un peu près de nous, petite fille qui a besoin de lumière allumée pour s’endormir, et mes envies de la voir courir vers la vie, quel que soit le temps, quelle que soit la force des vents. Pour l’instant je suis attendrie par ses aspirations, ses tentatives d’opposition suivis de très près par un besoin de bras ouverts pour la rassurer. Hier soir, j’ai vu son regard s’éclairer quand après une journée très chargée, je lui ai dit que j’avais couché Georges pour passer un petit moment avec elle, rien qu’elle et moi, pour l’accompagner jusqu’à son lit et discuter un peu si elle en avait envie. Nous sommes toutes les deux montées jusqu’à son lit et nous avons retrouvé nos souvenirs de voyage anglais. Nous étions toutes les deux, elle était fatiguée et j’ai puisé tant de forces dans son sourire quand nous avons entonné notre rituel « à demain pour une prochaine journée ».