a1Ses petits frères étaient couchés, elle avait eu le droit de rester un peu avec nous, même si demain, c’était lundi. Son papa lui a  demandé où elle en était de son enquête avant de lui proposer notre aide pour avancer. Depuis quelques semaines, et avec plus d’assiduité ces jours derniers, Blanche nous fait part de ses doutes, de ses questions qui n’en finissent pas de la tarauder. « Mais l’autre jour, papa a dit que ça ne servait à rien de nous offrir des jouets pour nous voir les casser. » ; « et puis dans les magasins, il y a pleins de jouets quand c’est Noël et c’est toujours votre style les cadeaux que le père Noël nous amène. » Elle était sûre, presque sûre, même si un élément continuait de la maintenir  dans le doute « mais vous n’avez pas assez d’argent pour nous offrir tout ce que vous nous avez offert ». Pour la réponse à cette question, nous avons conservé le mystère, il faut encore qu'un peu de magie opère. Mais ces doutes partagés avec toute la famille, au milieu d'autres petites oreilles très aiguisées commençaient à représenter un danger. Alors  il s’est tourné vers moi et c’est moi qui ai annoncé à notre grande fille qu’elle ne se trompait pas. Je crois qu’a aucun moment nous n’avons dit « le père Noël n’existe pas » mais nous lui avons confirmé que les parents étaient bien les responsables de tout cela. Blanche nous a alors assuré qu’elle garderait le secret « ça, je sais vraiment bien le faire » et quand son papa lui a demandé quel effet la nouvelle venait de lui faire, elle lui a répondu « voilà, j’ai enfin terminé mon enquête, et c’est tout. ». Je lui ai dit qu’il faudrait que nous en parlions encore parce que le père Noël était bien trop important pour qu’on le jette aux oubliettes une fois démasqué. Je lui ai parlé de croyances de fêtes et d’esprit et elle m’a répondu « oui, oui, «  sur un ton doux et assuré. Je crois que nous étions bien plus émus que cette petite fille qui, doucement, nous impose ses sept ans et demi et la fin de l’âge où l’on croit à tout. Elle profitait de ce petit moment avec nous pour nous parler encore de sa dent qui bouge, il n’a pas été question ici de mettre en doute l'existence de la petite souris, et de la jupe bleue que je lui avais cousue et qu’elle voulait porter demain. Je m’en suis presque voulue d’être aussi émue, je voudrais pouvoir les regarder grandir sans jamais ressentir ce qui venait me dévorer l’estomac à ce moment là. L’envie de retenir cette petite enfance qui ne survit pas longtemps aux premières dents tombées.  Pourtant, je sais maintenant qu’ils aiment aussi que je sois la gardienne des souvenirs de leurs premières années, et que mon émotion à les voir s’en éloigner ne paraît pas les troubler. Peut-être parce qu'ils savent que j'’aime les voir grandir aussi, se rapprocher de l’âge des doutes et des frictions, de cette âge qui me touche autant, celui qui porte souvent les larmes d’un père Noël qu’on voudrait bien retrouver, d’une enfance qu’on croit à jamais terminée. Peut-être qu’un jour Blanche regrettera ses années lointaines où elle aller chercher du gâteau pour le père Noël et ses rennes et puis un stylo pour leur écrire un mot. Allors je serai là pour lui dire qu’elle peut grandir tranquille, parce que dans une petite boîte, peu importe qu’elle soit vraie ou maginée, j’ai gardé tout ces souvenirs de Noëls passés et  que je pourrai lui raconter quand elle voudra venir reprendre une part d’enfance chez nous, quand elle aussi aura envie de venir se replonger dans cette légende à laquelle on croit, même quand on sait qu’elle n’existe pas.