20110213_BLH_6871Ses frères et sœurs se sont d’abord inquiétés et pendant les deux semaines qui viennent, il faudra encore leur répéter qu’elle va rentrer. Que cette fois-ci, c’est pour des vacances qu’elle est partie. Joséphine n’était pas retournée à Singapour depuis qu’elle est rentrée chez nous. Je l’entend parler de cette vie de l’autre côté et j’observe les petits qui la regardent quand elle parle de cette île où il fait toujours beau, de ce coin de Paradis où ils s’imaginent qu’on fait la fête tout le temps et partout « sauf quand on va au lycée ». Cette destination qu’on ne peut rejoindre qu’en avion. Je les vois et les entends rêver de cette vie dont ils ne savent pas grand chose, excepté ce papa qui n’est pas le leur et qu’ils ont aperçu quelquefois puis cette chambre d’adolescente aperçue l’année dernière dans la lucarne de l’ordinateur. Hier soir, Alors que Marcel grognait à l’idée de mettre la longue chemise de son pyjama, Joséphine lui a dit que là-bas, dans ce pays ou elle est retournée aujourd’hui, les princes indiens ne se promènent qu’avec des chemises comme celles là. Blanche rêve de cette fois où elle pourra s’envoler avec sa grande sœur et je sais que ses petits frères me le demanderont aussi. je partage avec eux la sensation de mystère. Je ne sais pas à quoi ressemble sa vie là-bas et je laisse souvent mes rêves se promener au gré de ses récits. Singapour n’est pas la destination pour laquelle je m’achèterais un billet si j’en avais la possibilité mais elle contient maintenant cette part de rêve et d’histoires imaginées  communes aux destinations qu’on porte toute sa vie dans ses pensées. Pour nous et pour l’instant, Singapour n’appartient qu’à Joséphine et nous sommes très surpris lorsque quelqu’un d’autre se met à en parler. Quand ils entendent ce nom prononcé dans une autre bouche que celle de leur grande soeur, les enfants me regardent étonnés, puis accorde  d’emblée leur sympathie à celui ou celle qui la connaît forcément, elle qui dit tout le temps que Singapour est tout petit. Je me demande souvent ce qui naîtra chez Blanche, Aimé, Marcel et Georges, de ces rêves et de ses envies que la vie de leur grande sœur entretient chez eux. Pour l’instant, il ne me semble pas percevoir de frustration mais comme il m’est arrivé de le désirer pour eux, la certitude très ancrée que la planète est à la fois géante et toute petite, que le monde n’est là que pour être exploré. Pour les enfants, Singapour est une vie rêvée, une vie facile et rêvée dont on peut revenir parce que la vie est aussi très belle ici. Singapour est l’autre maison de leur grande sœur, si loin qu’elle y dort quand on est éveillé, mais aussi un peu la porte à côté, « Maman, deux semaines, c’est combien de nuits déjà? »