20110213_BLH_6854« maman tu sais, j’ai envie qu’on garde Georges pour toujours ». Marcel m’annonçait hier matin avec son air décidé qu’il acceptait ce petit frère au rang des siens. Depuis longtemps, il me parlait surtout des biberons qu’il était temps d’adopter pour ce bébé un peu trop collé à mon sein. Mais depuis quelques  jours, je le surprenais en train de d’offrir des bisous ou cet encombrant petit frère. Hier soir, il lui offrait même un de ses plus beaux spectacles et n’oubliait aucune de ses plus terribles grimaces. Georges avait l’air d’adorer le show, conscient d’être l’unique spectateur, forcément ultra-privilégié, des facéties de son frère. Marcel est un grand frère depuis quatre mois déjà mais il ne semble prendre l’entière dimension de son statut que depuis quelques jours. Avec ce petit dernier qu’il n’avait pourtant pas demandé, il n’est plus celui qui s’éssouffle à courir derrière, il n’est plus celui qui crie « attendez-moi » et qui n’a d’autre solution que de saborder tout le jeu parce qu’il ne le comprend pas, parce que les autres lui ont demandé de se calmer, de faire moins de bruit et de les laisser en paix. A la rentrée je m’inquiétais et redoutais de le voir partir tout seul chez la nounou. Les bénéfices qu’ils tirent de cette situation vont bien au delà de ce que je pouvais imaginer. Il est là-bas, le seul et l’unique, le choyé, celui qui fait ce qui lui plaît, à tel point qu’il arrive à son grand-frère de l’envier, d’être jaloux de ces journées de pacha.
Cette fois, c’est la nounou qui semblait s’inquiéter à l’idée que ce petit garçon de trois ans soit obligé dans quelques semaines avec un petit frère qui demandera de l’attention. Mais Marcel semble s’amuser de la situation et souligne un détail qui ne m’avait pas effleurée. Si Georges vient chez la nounou avec lui, il ne passera plus ses journées avec moi et cette simple constatation semble le ravir au point d’envisager sans le redouter ce partage de nounou. Marcel est un petit garçon très drôle et il le sait, clown assumé qui sait déjà réserves ses colères à un public familial et très restreint. Marcel est un petit garçon qui n’aime pas les contraintes et déteste par dessus tout être gêné, que ce soit par un obstacle lui barrant le chemin ou une chaussette mal enfilée. Marcel aimerait croire qu’il peut tout faire tout seul et que ses tout juste trois ans ne sont un obstacle pour rien. Marcel ne marche presque jamais, il court depuis qu’il est né. Il court, il saute et il rebondit, occupe l’espace et les esprits et puis tout d’un coup, s’écroule dans des bras amis, ceux d’un papa ou d’une maman bien content que le zébulon se pose un instant. Juste un tout petit instant, avant de nous démontrer que lui aussi sait compter jusqu'à six et peut nous expliquer l'explosion d'une météorite ou la l'éruption d'un volcan. Avec ce petit frère comme allié, IL n’est plus obligé de s’imposer.  Marcel apprend les gestes doux et l’attention, il est celui qu’on admire et qu’on essaiera bientôt d’imiter. Avec ce petit frère qui le relagrde les yeux écarquillés, Marcel  s’apaise et se pose, Hier soir, dans le « pour toujours » qu’il flanquait au prénom de son ptit frère, j’entendais le plaisir d’être quelqu’un, celui qui peut aussi montrer le chemin.