a1Comme tous les ans le 24 décembre au soir, il y a ici une petite histoire.

Nous mettons nos bonnets et nos gants et puis elle ouvre la porte de la maison et nous partons sur le chemin. La nuit est encore là et j’ai  froid. Maman me dit que c’est normal, que l’hiver, c’est toujours comme ça. Alors elle ouvre sa grande cape noire et je me glisse contre elle. Là, je retrouve son parfum, celui qu’elle porte depuis que je sla connais. ça sent le pain d'épices et le miel. Là, sous sa grande cape noire et douce, me sais qu’aucun loup ne viendra me chercher. J’entends la neige crisser et je vois les traces de mes pas à côté des siens. Il y a de la musique aussi, un chant, celui que j'entends quand je suis là, serrée contre elle. Elle me chante des chansons et quelquefois,je chante avec elle. Mais ce que je préfère, c’est écouter sa voix et entendre son cœur qui bat. Là, tout contre elle, je l’entends doucement cogner. Maman n’a jamais froid. Elle marche un peu vite et je sais que bientôt, il faudra nous séparer, il faudra que je quitte sa grande cape pour lui dire à ce soir, Alors je me serre un peu plus fort et je cherche sa main. Elle n’a pas de gants et me dit toujours qu’elle n’en a pas besoin.  Mais moi, je sais qu’elle se réchauffe un peu en prenant ma mains gantée de laine dans la sienne. J’aime bien l’idée que je l’aide aussi, que sans moi, elle aurait peut-être quand même un peu froid. Il y a des matins , je sens dans ses chansons qu’il y a moins de joie et je ne sais pas pourquoi. Ces matins là, elle est comme une petite fille qui aurait trop vite grandi et j’au du mal à respirer dans cette cape trop grande pour nous. Ces matins là, je suis pressé d’être à demain. Je suis trop petit pour la protéger. Mais ces matins sont rares et le jour d’après, je la retrouve grande et belle et je suis sûr que sous sa cape qui m’enveloppe tout entier, rien ne peux m’arriver. Je me raconte des histoires longues et cruelles mais qui finissent toujours bien. Puis quand je n’ai pas le temps de les terminer, je sais que je les retrouverai demain, juste là où je les ai laissées, sous la grande cape de maman qui les tiendra au chaud jusque ce qu’à ce que revienne pour les continuer.  Maman me dit en riant qu’un jour, je serai trop grand et que sa cape sera usée. Je sais que cette cape, elle ne la jettera jamais, je lui ai demandé. Moi, je n’ai pas envie d’y penser.  Je suis contre elle et je ne veux penser à rien d’autre qu’à mon pas qui danse avec le sien. A travers le draps de laine, j’entends le vent souffler et j’aperçois la vie du dehors entre les deux grands pans qui s’ouvrent devant moi. je vois d’autres gens marcher, ils ont l’air très occupés, déjjà dans leur journée.  ils ne me voient pas. Je préfère rester caché.   Il y a  les bruits tout autour mais maman ne les entend jamais, elle continue de chanter et je chante avec elle. Quand son pas se presse, je sais que nous allons bientôt nous quitter. Je sais que vais devoir laisser mon abri doux et chaud. Il y a toujours cette chanson de noël que nous chantons en traversant le pont. Il y a des sapins, des flocons et des lumières allumées, nous chantons un peu trop fort pour ne pas avoir peur de tomber. Même quand Noël est loin nous la chantons parce que Noël revient chaque année. Je crois que maman m’a menti, je crois qu’elle connaît le père Noël. Mais je ne lui ai jamais dit, je préfère continuer de chanter avec elle, jusqu’à cette grande porte où nous devons nous quitter. Alors elle ouvre sa cape et me dépose un baiser sur le front pour me souhaiter une bonne journée. Et puis je cours pour attraper cette journée, la mienne. Je ne me retourne jamais ,mais je sais qu’elle s’en va d’un pas qui danse. Elle aussi doit retrouver sa journée. Et je sais que sous sa grand cape noire, rien ne pourra jamais lui arriver.