a1Elle est rentrée il n’y a que quatre mois mais elle est là comme si elle l’avait toujours été. Elle l’a toujours été, juste un peu plus loin le temps d’une année. Elle est partie loin et il me semble devoir retourner dans mes souvenirs lointains pour retrouver les émotions qui m’ont accompagnée pendant cette année, mais j’y retourne de temps en temps et je les retrouve avec précisions. Ce manque mêlé de fierté, les inquiétudes quelquefois et ce nouveau lien, plus léger et plus fort à la fois. Et ce lien ne s’est pas rompu, c’est le même qui nous lie depuis qu’elle est rentrée. Elle avait raison, il fallait que nous nous quittions. Après quinze ans de vie commune dont quelques années passées juste entre elle est moi, elle avait besoin de déployer ses ailes et de partir voir de l’autre côté. Je l’ai lassée s’envoler et j’ai du apprendre très tôt ce lien qui résiste à l’éloignement et l’émerveillement, une fois la tristesse passée. Et puis elle est revenue et je me suis sentie émue, flattée, rassurée. Quinze ans, c’était très jeune, même si je n’avais jamais insisté. C’était très jeune. J’avais regardée partir une adolescente courageuse et obstinée, j’ai retrouvée une jeune adulte toujours décidée, mais apaisée et adoucie. Elle a seize ans, « tout juste seize ans et demi » m’a-t-elle dit aujourd’hui avec ce reste de petite enfance qu’elle s’autorise à garder et qui me rassure quant au souvenirs qu’elle garde de ses petites années.  J’attendais ses seize ans  avec une impatience goumande et j’avais dû me résigner à la savoir les vivre loin de nous, sans nous. Alors depuis le mois de septembre dernier, je profite de chaque jour d’elle parmi nous. Et si cette présence ne devait pas durer, dans le meilleur des cas, elle ne durera que deux petites années, je crois que cela m’importe peu. je sais maintenant le lien qui nous lie. La jaune adulte que j’ai retrouvée est presque prête pour la vie. Je crois qu’elle a encore besoin d’un refuge de temps en temps, de revenir une toute petite fille quand la vie la malmène et quand la peur la saisit. Je la vois vérifier que nous sommes là et je suis contente qu’elle ait encore besoin de moi. Alors je la serre dans mes bras sans avoir peur qu’elle s’en écarte pour s’en aller loin de moi. Nous nous sommes quittées, elle a pris son envol et j’ai vu comme elle savait voler. Et même si c’était un peu  tôt, j’ai vu comme elle pouvait maîtriser son tracé. Nous sommes sa famille, elle a sa place ici, évidente et naturelle et même si elle s’en va loin, elle peut de nouveau s’y glisser dès que l’envie lui en vient. Elle est revenue cette fois-ci et depuis, je m’émerveille de ce lien qui m’unie à cette jeune adulte toute petite fille. J’apprends d’elle, j’apprends par elle, bien plus encore que je ne l’avais imaginé. Elle a encore queues petites choses à apprendre de moi, de nous. Je voudrais lui apprendre à savourer chaque jour qu’elle vit. Même à seize ans et demi, même quand la vie est devant soi certains moments peuvent être comme du miel. J’ai quelques petites choses à lui apprendre encore et maintenant que nous savons l’essentiel, je veux aussi apprendre par elle, goûter à ces premieres fois où c’est elle qui me guide. Elle qui me guide et moi qui la protège, encore un peu. Encore un peu et pour toujours, avec ce que pour toujours a de plus doux.