a1a2a3a7a5a4a6a11                                                                                        Elle nous avait donné sa liste de courses il y a quelques jours et demandé ce matin de ne pas apparaître au rez-de-chaussée. Aujourd’hui, ce serait le jour de son festin et nous n’avions aucune idée de ce qu’elle s’apprêtait à nous cuisiner. Alors nous avons suivi les consignes et nous sommes montés pour laisser des parfums inconnus s’emparer de la grande pièce que nous avions laissée. Aimé et Marcel ont vite compris que j’avais décidé de profiter de ce séjour forcé au premier pour tout ranger. Ils avaient compris mais pas acquiescé et trouvaient, chacun à leur manière, comment échapper à la corvée. Je me suis fâchée, beaucoup, un peu trop à leur goût. Au mien aussi. Mais il a fallu ces cris pour que les ours d’Aimé retrouvent le lit d’Aimé, les chaussettes seules leur panier et les dinosaures le panier de leur propriétaire. La chambre terminée, il fallait s’attaquer à la salle de jeux et je me suis fâché, encore, chacun me demandant à son tour pourquoi je n’en voulais qu’à lui. Il y a toujours ce moment, quand le rangement tend à se terminer, où le conflit s’apaise et les enfants se sentent tout d’un coup prêts à se transformer en fées du logis. Ils me garantissent alors qu’ils ne dérangeront plus jamais et s’engagent la main sur le cœur à faire attention à leurs jouets. Et moi, à chaque fois je joue à croire que c’est possible, qu’ils rangeront un peu chaque soir avant d’aller se coucher et qu’ils ne marcheront plus jamais sur leur jouets préférés . ce matin, je me suis dit que j’avais peut-être raison d’y croire un peu puisque la cabane perchée, dont pour l’instant Blanche a hérité était « comme neuve », selon ses propres mots, quand je suis allée la visiter. Je me suis mise à rêver à ces dimanche où je chantonnerai aux enfants qu’il est temps de ranger pour qu’un canon de charmants petits soldats me répondent « oui maman » et s’exécutent en souriant. Aujourd’hui j’ai crié et on m’a dit « mais tu nous a dis que tu détestais la guerre maman » et puis je n'aime pas les petits soldats. La salle de jeux était prête à être de nouveau dérangée quand Joséphine nous a appelés. La table était dressée et l’entrée déjà servie soufflait à mes narines que je n’aurais pas besoin de surjouer pour lui dire que son premier plat était à la hauteur de ce qu’elle espérait. Même Georges, tout juste réveillé, semblait attiré par ces odeurs qui sortaient des casseroles et du four allumé. La demoiselle aux fourneaux avait à peine le temps de manger avant de nous servir le plat suivant. Nous découvrions maintenant ce que les parfums de ce matin nos avaient laissé deviner. Les poires cuites fondaient en se mêlant au gorgonzola et je lui ai demandé de m’expliquer sa recette de sablés. Nous décidions ensemble de renouveler cette formule de prêt de cuisine à une Joséphine qui ne doutait pas que le festin de Babette se soit mal terminé « vu la vaisselle qui s’amoncelle après un pareil déjeuner». mais la vaisselle faisait elle aussi partie de la proposition. Aimé, puis Marcel, se sont relayés pour aider leur grande sœur, grimpés sur le tabouret, le verre glissant et le tee-shirt trempé. Après le café, nous nous sommes même offert un petit épisode "photo de famille", avec cette fois Blanche comme maîtresse de cérémonie qui répondait à la demande de ses grands parents en photographiant le petit Georges et ses parents. Nous sommes un peu isolés pour remplir nos dimanche de repas de famille, mais ce dimanche chez nous avait un peu les atours de ces jours où la table jamais ne désemplit.  Il n’en avait pris que le meilleur, grâce à une grande fille  qui en même temps que nos papilles, a caressé notre fierté.