a1a2a3a4a5a6                                                                                                                                                              C'était dimanche et les autres chambres étaient pleines de visiteurs. Je savais qu’à la maison, ils s’activaient à ranger et qu’ils viendraient seulement en fin de journée. Le vent soufflait très fort dehors et de l’autre côté du mur, j’entendais battre le cœur d’un bébé pas encore né. La machine surveillait et la maman attendait. Georges était blotti contre moi, les yeux grands ouverts il m’offrait son premier sourire aux anges. Nous étions tous les deux prêts à partir, à nous envoler vers la vie qui nous attend, prêt à quitter cette chambre 109 qui a protégé cette rencontre des premiers jours. Quelques heures plus tôt, je m’étais sentie submergée à l ‘idée que j’allais bientôt quitter une chambre de maternité pour la dernière fois de ma vie, ce cocon dont j’ai toujours eu besoin, comme pour prolonger un peu la mise au monde, se protéger du dehors pour mieux s’y plonger après. J’ai passé ce dernier jour ici, à regarder mon bébé. Une fois la pédiatre passée, les derniers soins de la sage-femme et les papiers officiels rangés, ceux qui font de Georges, Fernand Lucien , un petit humain déclaré, je me suis une nouvelle fois allongée à côté de ce bébé qui ne m’a pas quitté depuis qu’il est né. J’ai regardé chacune de ses mains grandes et fines, ses touts petits pieds et sa bouche pleine de lait. J’ai posé doucement mon doigt sur les contours de son nez, j’ai approché le mien au plus près de son cou, pour le sentir encore, pour laisser la joie monter, exploser à l’idée qu’il me reste de longs mois encore à m’enivrer des parfums de ce bébé. « Mon petit Georges » je crois que je ne me suis pas lassée de le répéter. Nous nous sommes un peu promenés dans les couloirs de cette maternité que nous allions bientôt quitter, sa tête reposait au creux de mon cou mais je savais ses yeux déjà grands ouverts, je sentais les battements de son cœur, son petit souffle rapide et régulier, quelquefois remué de petits soubresauts. Son petit corps était chaud, je l’enveloppais en lui murmurant des chansons que je connais. Demain, nous serions chez nous, je serai peut-être un peu émue, même peut-être un peu triste de quitter cet endroit, ce premier refuge où il est entré dans la vie. J’ai pensé au premier voyage en voiture, à cette route que nous serons obligés d’emprunter pour rentrer chez nous, à chaque mouvement qui me ferait sursauter, craindre pour ce bébé si petit. Notre bébé.

Le soir, quand les enfants sont arrivés avec leur papa, la petite chambre était toute emplie de cette joie si particulière, celle qui gomme tourtes les angoisses et les petites inquiétudes, les faitigues et les petites rivalités. Bientôt, nous serions tous chez nous. La vie allait reprendre, douce et joyeuse, forcément. La vie allait reprendre comme avant, comme avant en mieux puisque cette fois-ci, Georges serait avec nous.