a1a2a3a4                                                                                                                                 Ce troisième jour, je le connais, et à chaque fois il me bouleverse encore. Je crois qu’il m’est nécessaire, comme une vague qui ne laisse pas la même terre une fois qu’elle est passée. Il y a l’avant, encore lié l’attente vécue et rêvée et puis ce qui suit après, la réalité, vertigineuse et gorgée de merveilles, de peurs aussi, et de l’inévitable certitude que quelque chose est fini et qu’une autre vie doit commencer. Et puis il y a cette montée de lait que j’attends à chaque fois, comme si j’avais besoin de vérifier que je suis digne de cette maternité qu’on m’a confiée. ET puis il y a toujours ces tests qu’on vient faire au bébé, le risque qui s’invite, la probabilité, des prise de sanq qui font couler quelques gouttes au pieds du bébé et des larmes qui s’étouffent au fond de ma gorge ou qui se mettent à couler sans que je les ai invitées. J’avais passé une journée pleine de douceur et de joie. Les enfants étaient arrivées et comme la première fois, je ne m’étais sentie bien, au milieu de la vie, même dans cette petite chambre de maternité. Et puis la sensation est venue tout d’un coup, ce sentiment sur lequel je n’arrivais pas à poser de mots, ces bouffés d’émotions mêlées. J’aurais voulu m’occuper de chacun d’entre eux, et à la fois me retrouver très vite seule à l’abri, rien qu’avec mon bébé. Je m’en voulais. Et quand ils parlaient de s’en aller, je n’en avais pas envie. Je n’étais même pas sûre d’avoir assez de lait et il a suffit qu’une petite dame en blouse blanche me fasse remarquer que Georges n’avais pas encore repris de poids pour que je me sente flancher. Cette fois j’avais peur de rentrer, peur de ne pas y arriver. Une peur que je laissais m’envahir pour m’occuper toute entière et m’emporter jusqu’à la vie d’après, celle où il m faudrait reprendre le travail, m’en aller. Je ne savais plus ce dont j’avais envie ; Sortir, respirer hors de cette petite chambre de maternité dont la fenêtre donne sur deux pylônes électriques et une maison témoin aux volets presque toujours fermés, où y rester pour toujours, se blorrir là où mon bébé serait toujours protégé. Pour moi, il y a toujurs ce troisième jour, celui où toutes les émotions se mêlent, s’emmêlent et m’enlèvent toutes mes défenses naturelles. Je savais bien qu’il faudrait l’affronter même si cette fois ci, comme à chaque fois je crois, j’avais cru que j’y échapperai. Le début de vie de ce bébé est d’une telle sérénité, même les sages-femmes l’ont remarqué. Je crois que ce soir-là je n’étais pas la seule à sentir les larmes monter, la chambre toute entière débordait d’émotions ; Joséphine a emmené ses petits frères et sœurs jouer sur le petit carré de pelouse devant la maternité et mes mots sont sortis, mes larmes aussi, toujours un peu gênée d’avoir tant de chance et de se sentir submergée. Je sais que ce troisième jour ne m’épargne jamais. Il fait partie du rituel de passage, la peur du vide, les maux de ce ventre encore un peu rond mais qui ne porte plus rien, des larmes qu’il faut déposer pour s’apercevoir que la vie n’a jamais été autant là, tout près et que ce corps et bien là lui aussi, qu’il a besoin d’attention et de soins. De ce troisième jour, je me suis toujours réveillée apaisée, plus forte de toutes ces fragilités.