a1a2a3a4                                                                                                                                                                                                                                               Il y avait Germaine, et puis j’aurais voulu lui faire ce plaisir une nouvelle fois d’être le papa d’une fille. Je crois que j’y ai pensé plusieurs fois la première nuit. Et puis je les ai vus tous les deux, allongés et blottis, je me suis dit que le lien était là. Cette petite fille nous a accompagnés pendant plusieurs mois, au même titre que le petit garçon que, lui aussi, nous imaginions. Elle nous accompagnera peut-être encore un peu, peut-être longtemps, elle fait partie de notre histoire et je crois que l’émotion viendra nous caresser à chaque fois que nous attendrons ce prénom. Le petit Georges n’avait pas encore deux jours et je me laissais portée par cette sensation d’être à la fois dans le rêve et la réalité, protégée que j’étais dans cette chambre rose ou je n’ai reçu qu’une toute poignée de visites amies. Je l’ai regardé endormi, son bébé serré contre lui et j’ai pensé à son émotion, à la difficulté pour lui de passer de cette petite chambre protégée au quotidien à gérer. Dehors, la vie ne s’est pas arrêté. J’ai pensé à ses questions, ses hésitations, sa volonté de me protéger de ces sables un peu mouvants en ce moment. Quand la sage-femme est arrivée pour me proposer de sortir plus tôt, samedi si j’en avais envie, c’est lui qui a insisté pour que je reste encore un peu ici, deux jours à l’abri, deux jours de plus à ne m’occuper que de moi et de ce bébé qui a besoin de moi, deux jours à rencontrer ce petit avant de retrouver la joyeuse fanfare qu’est notre vie. Encore si forte de cette nouvelle vie donnée, je voyais la fragilité dans les yeux de celui qui avait endossé tous les rôles ces jours ci. J’ai entendu ses arguments, je les ai suivis et j’ai surmonté mon envie de rentrer tout de suite à la maison, de retrouver les enfants, et surtout de le retrouver, lui, de commencer notre vie lui et moi avec ce petit. J’ai pensé aux journées que nous passerions tous les trois à l’abri de l’automne,. En les regardant assoupis tous les deux, je me suis promis de profiter de cette vie quand nous serions rentrés. C’était peut-être une vaine promesse, écrasée par le quotidien dès que la maison m’aurait de nouveau happée, mais là, en les regardant tous les deux, je me suis jurée d’en faire un peu moins, de freiner un peu mes envies jamais rassasiées de de choses à faire et d’activités nouvelles. Pas très longtemps mais pendant un petit moment, me poser dans la vie pour profiter de ce que nous avons construit, pour regarder notre vie. J’ai repensé à Germaine, à ce prénom que nous avions choisi, parce qu’il était pour nous, par ce qu’une petite fille venant de nous n’aurait pas pu s’appeler autrement. Elle sera entre nous un souvenir très fort, un de ces fils qui nous lient, comme la venue de ce petit Georges qui nous a bouleversés d’évidence à peine arrivé contre nous.