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                 Je les attendais. J’avais entendu leur joie au téléphone, j’avais parlé au petit Georges de ses grands frères et sœurs qui allaient arriver. J’imaginais qu’ils s’étaient faits beaux et qu’ils avaient promis juré de ne pas crier. La sage-femme m’avait proposé de ne baigner Georges que demain et j’étais contente qu’ils le découvrent encore emmitouflé dans la première tenue que nos lui avions choisi, encore plein du parfum de sa naissance. Je lui ai juste enfilé le petit bracelet et puis nous avons attendu que les petites mains frappent à la porte pour demander à entrer. Je les ai tous trouvés si grands, très beaux aussi. Il tenait un bouquet. Ils sont venus voir ce bébé dont ils avaient vu la photographie un peu plus tôt. Je les ai vus tour à tour interloqués, émus, Blanche voulait savoir quand elle pourrait porter le bébé et le changer avec moi. C’est elle qui a plié et installé les petites affaires dans les tiroirs de la table à langer. Je savais que Joséphine avait elle aussi envie de faire connaissance avec ce petit dont elle avait attendu la venue de l’autre côté du téléphone. Il n’était arrivé que hier soir. Quelques heures et il était déjà dans notre vie. Les enfants ne quittaient pas les doudous que nous leur avions choisis et je leur ai lu ce livre que nous connaissons déjà mais que j’avais glissé dans ma valise en pensant à ce moment que j’aimerais partager avec eux, « vous êtes tous mes préférés », je l’avais choisis en pensant à l’après , quand je préparais encore ce moment qui me paraissait si lointain, et flou. Je nous regardais tous les sept dans cette chambre de maternité, un peu à l’étroit. Aimé et Marcel hésitaient entre tenir leur promesse de treanquilité, venir regarder cet étrange bébé et faire la course autour du berceau. Ce jour là, je n’ai pas une seule fois souffert de cette promiscuité. Je sentais ce bébé contre moi, tout comme chacun d’eux l’avait été. Ses grands frères et sœurs en le nommant Georges plusieurs fois l’intégraient déjà dans la fratrie Je n’avais pas encore envie de penser à ces moments qui viendraient après, à ces mois, ces années dans lesquelles bientôt, j’aimerais me projeter. Je ne voulais que vivre cette journée encore un peu teintée des souvenirs d’hier. « C’est une grande et belle famille » m’ont dit plusieurs fois des membres du personnel hospitalier. Mais ce jour là, je n’arrivais pas à nous regarder de cette façon là. Je le voyais lui, lui qui avait était tellement là pour accueillir son bébé, ma grande fille en train de vivre encore une fois l’arrivée d’un plus petit qu’elle et toutes les émotions qu’il faut y rattacher, une petite fille décidée à endosser son rôle de grande sœur capable de s’occuper du bébé, un petit garçon de quatre ans si fier qu’on lui confie un petit moment le bébé et un autre grand frère, pour la première fois celui là, attentif et dans l’expectative. Et puis ce tout petit que je voyais ouvrir les yeux pour chercher les voix qu’il devait connaître déjà. Je sentais tous ces fils tissés, entre eux et d’eux à moi. Et je me sentais assez forte ce jour là pour tous les aimer, pour nous aimer, et leur donner tous les jours qui suivraient la force et l’amour que je sentais jaillir de moi, d’une intarissable source, plus profonde et pleine encore que je ne le croyais.

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