a5                                                                            J’aime l’idée qu’un jour, il pourra lire ces petits papiers, lire comme nous l’avons attendu, espéré, sans savoir vraiment quand il se déciderait. Il est déjà là, parmi nous, puisque chacun de nous est suspendu à sa décision,  jusqu’à quelquefois, ne plus y croire vraiment. 0 l’heure qu’il est, j’ai beau dire que dans quelques jours, quoi qu’il arrive, le bébé sera parmi nous, je crois que les enfants ne me croient plus. J’ai dormi une partie de la matinée après avoir lu un livre sur les bébés aux enfants. C’est Aimé qui me l’avait apporté avant que nous nous glissions sous une couverture allongés sur le canapé. Il a fait gris toute la journée, un gris humide qui pousse à rester dedans. Les enfants ont dessiné et j’ai cuisiné les desserts qu’ils pourraient manger quand je serai à la maternité. Peut-être que nous les mangerons tous ensemble après tout. « Tu es vraiment sûre qu’il va naître ces jours-ci.  J’ai même eu le temps de faire réduire le chutney avec le raisin de la vigne qui a tant donné cette année. Je crois qu’aujourd’hui, j’ai aimé ce temps suspendu qui nous obligeait à vivre sans rien pouvoir prévoir pour les jours prochains, juste quelques desserts et un ou deux pains faits maisons. J’ai emmené Blanche à son cours de théâtre et on m’a dit plusieurs fois « t’es encore là ? » alors je me suis dit que je devais profiter de ces moments comme un petit temps offert, un moment pour rien, juste pour se dire que c’est bientôt la fin et qu’il faut vivre chaque instant. J’ai écouté la radio sans vraiment réussir à sortir de ma bulle, j’ai essayé de me projeter dans les jours prochains sans vraiment y arriver je leur ai répété que si, c’était bien vrai, dans quelques jours, nous aurions un bébé. Pendant quelques heures encore, nous pourvns prononcer les deux prénoms et nous ne nous en privons pas. Pendant quelques heures encore, je peux me dire que j’ai tant de petites choses à faire avant de les remettre à demain, puis m’amuser à dire que « si ça se trouve » demain je ne serai pas là. Je sais déjà qu’il vont me manquer. Aujourd’hui, plusieurs fois, j’ai senti affleurer les vagues qui vont me submerger à la maternité. Celle qui me rempliront de joie et celles qui m’emporteront au bord de ces failles que j’aperçois à chaque fois dans ces moments là. J’ai aussi essayé de penser à notre retour à la vie ici, après, à ce retour à la vie de tous les jours avec ses contraintes et ses horaires, mais je n’y suis pas arrivée, je crois que je n’en avais pas tellement envie. Aujourd’hui, le cocon m’a bien plu, même si je le sens un peu à l’étroit. Aujourd’hui, je l’ai compris, moi aussi je n’avais pas très envie de sortir. Nous avons attendu encore un peu. Un peu de rab de ce plaisir de l’attente quand on sait qu’elle est bientôt terminé. Un petit surplus alors qu’hier encore, on était si pressés. Un petit supplément d’attente dont finalement que n’était pas si lassée, comme un doigt trempé dans la confiture alors qu’hier encore, on croyait qu’on en avait trop mangé. Un délicieux goût de sucré que j’ai savouré en préparant des gâteaux pour eux, un peu comme lorsque je ne peux m’empêcher de goûter aux dîner des enfants alors que j’ai enfilé ma plus jolie robe pour sortir avec mon amoureux. Une petite bouffée d’ici, déjà pleine de de la promesse d’un si beau moment.

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