a1a2a3a4a5a6J’aurais préféré un autre jour, mais j’ai aimé celui là. Il s’est habillé en même temps que ses frères et sœurs pour les accompagner à l’école avec son papa.Même trajet, même heure,  Presque comme tous les jours,  sauf que cette fois-ci, sa nounou n’était pas là. J’ai réalisé en le voyant revenir, en le regardant à travers la fenêtre du bureau, , le regard fier et le pas décidé, que ce qu’il me dit depuis plusieurs semaines est vrai. Marcel est un grand garçon « enfin moyen je veux bien ». Il a pris sa voiture porteur pendant que je travaillais un peu, il l’a garée à l’exacte parallèle de celle de son grand-frère. Il est venu plusieurs fois me demander ce que je faisais et je lui ai expliqué, un texte que  je tenais à relire et corriger. Puis je suis allée me reposer et il s’est glissé contre moi sous la couverture pour redevenir, le temps d’un baiser sur le front, mon tout petit garçon. Il s’est précipité vers la salle de jeux quand je lui ai proposé d’amener quelques jouets pour revenir quelques minutes après les bras chargés de petites voitures et de tracteurs. Il savait lesquelles étaient taxi et celles qui appartenaient aux policiers, il m’a tout expliqué. Il avait décidé de faire une parade avec tous les véhicules qu’il avait trouvés et je l’ai laissé organiser sa chorégraphie.  Ronds de tracteurs, carré de taxi, et voitures de course pour terminer, je crois que je me suis endormie, mais je l’ai d’abord écouté se raconter les histoires qu’il avait imaginées. « Tu as vu comme je suis grand maman ». on accède à notre lit par quelques marches suspendues, il a très vite appris l’endroit et ses dangers.
J’étais sur le point de craquer, prête à partir chercher ce hamburger dont il rêvait. Mais celui que je lui aurais ramené n’aurait jamais été à la hauteur de ceux que devaient manger son frère et sa sœur ce midi à la cantine. Des hamburgers maison faits avec du pain préparé par la cantinière. Mon petit garçon a  du opter pour le riz parfumé puis il est allé cherché un vieux cartable trouvé et chargé d’un gros ordinateur imaginaire. Il est parti faire les courses avec nous, des courses sans intérêt, juste faites pour remplir les placards de réserve avant mon éventuel départ à la maternité. Mais pour lui, seul avec nous, elles revêtaient un caractère très particulier. Il pouvait enfin nous suggérer ses choix et nous parler de ses goûts sans que sa voix soit couverte par celles des plus grands que lui. IL a participé au choix des pommes de terre puis il m’a aidée à trouver la lessive que je cherchais. Il était à la fois grand et petit, le seul, l’unique, celui qui existait pour nous pendant cette heure passée au supermarché. J’aurais préféré profiter de cette journée rien qu’avec lui pour faire autre chose, quelque chose que nous n’aurions choisi que pour lui plaire. Je crois qu’il était ravi. Il s’est endormi quelques minutes avant notre retour chez nous, j’ai regardé sur la banquette arrière pour découvrir son petit sourire satisfait. Le sourire du bébé repu mêlé à celui du grand garçon qui est passé dans le camp des très grands, celui là même qui a eu le privilège de partager pendant quelques heures la vie secrète des parents. Rien, il n’a rien raconté après à ses frères et sœurs.