a1Les mots s’assèchent et les gestes se raréfient. Je voudrais faire partie de cette tribu indienne où les femmes quand elles sentent l’arrivée de leur bébé, vont se mettre à l’abri, partent de l’autre côté de la forêt pour attendre la mise au monde, en attendant leur revenue au monde. Cette tribu n’existe pas et l’histoire est inventée, mais c’est un peu ce que je voudrais. Aujourd’hui j’ai attendu, guetté, sans impatience ni regret, mais je n’arrive plus à penser à autre chose qu’à ce bébé qui occupe toute la place, dans mon corps comme dans mon esprit. C’est un peu comme un sommeil, une somnolence dont je ne suis sortie aujourd'hui que lorsque les enfants sont arrivés. Nous avons partagé un thé, un goûter, Joséphine était rentrée plus tôt cet après-midi et je les ai regardés vivre leur vie, j’ai souri en les voyant se disputer puis nous sommes montés jusqu’à l’église, eux en vélo et moi à pieds. Nous avons parlé de la semaine prochaine sans savoir comment elle se dessinerait, nous avons encore parlé du bébé puis des vacances à venir. Leur impatience est au moins aussi importante que la mienne et ils se demandent comment sera leur vie pendant que je serai avec le bébé à la maternité. Cette vie que je n’ai jamais connue, dans l’attente, encore, d’un retour annoncé. Je crois qu’il faudra que je les rassure, que je leur dise qu’ils occupent toutes mes pensées. Ce sera vrai. Quand je suis rentrée pour le dîner, ils m’ont demandé de leur raconter le tai chi, ils m’ont dit que mon air était joyeux et que j’avais l‘air d’aller si gaie. Je suis émue à chacune de leurs petites attentions, si nombreuses en ce moment, à chacun de leur mot doux plus doux que jamais, et je m’en veux un peu d’être à la fois avec eux et un peu loin aussi. Ce que je peux leur dire, c’est que j’étais un peu la même pour chacun d’eux, chacune de leur attente qui me revient en mémoire ces jours derniers.Demain, j’espère que je me mettrai enfin à coudre la chemise que Marcel m’a demandée, celle que je voudrais faire pour l’anniversaire d’un autre petit garçon lui aussi à peine grand frère et la jupe qui tourne qu’une petite fille attend depuis la fin de l’été. Demain je sortirai peut-être de ma bulle mais comme  à chaque soir qui vient, je me dis peut-être demain, et je ne sais pas de quoi sera fait demain.