a1Je sais que l’ouragan viendra après. Alors je ne sais pas si je me souviendrai, si ma mémoire gardera la trace de ces jours si particuliers, ces moments où tout se mélange et se fond pour ne faire qu’un entier. Je suis impatiente et pourtant je voudrais arrêter chaque seconde et ne pas la laisser s’échapper, j’ai peur et je sens ma confiance gonfler, Je me dis souvent que dans quelques jours, tout aura changé, et puis j’aimerai que le monde autour de moi reste comme il est. J’ai envie de pleurer et puis je me sens plus forte que je n’ai jamais été. Je ne veux pas que ce soit fini et je si pressée de commencer cette nouvelle vie. J’ai peur, et je voudrais y être déjà, comme le plus beau noël d’une vie. Je voudrais tout partager, crier au monde l’état dans lequel je suis et je suis sûre que c’est au fond de moi que tout se raconte et se joue, que personne d'autre que moi ne le comprends vraiment. Je ne sais pas si ma mémoire gardera le bonheur de ces jours, la vie toute entière, entre nos mains, qu’on voudrait garder bien serrée, et s’accélérer pour être déjà dans l’après. Je voudrais savoir quand, comment, et l’idée de ne rien en savoir me remplit de joie. Peut-être cette nuit, peut-être dans des jours, je ne sais pas et juqu’au dernier moment, je ne saurai pas. Je m’écoute et je ne me connais pas, je ne me connais pas et me découvre encore. J’imagine ce bébé dans mes bras et je ne sais pas encore qui il est. Je voudrais qu’il soit déjà là, mais quelquefois, je suis rattrapée par l’envie de profiter encore de chacun de mes enfants déjà nés. Encore un moment sans ce petit dernier et ces cartes qu’il faudra redistribuer. On était si bien comme ça. Je sais qu’on se dira qu’il ne manquait que lui, mais avant, aujourd’hui, je peux dire que c’était si bien aussi. j’ai peur que tout soit chamboulé, mais j’aime tellement l’idée de ce tremblement, je l’attends. Je voudrais que ses mains se posent à nouveau sur un corps qui n’est plus habité que par moi, et j’aime quand il les pose sur ce ventre qui fait un peu écran, ses mains qui nous apaisent, le bébé et moi. J’ai si  longtemps cru que l’idée de cette dernière fois suffirait à me bouleverser, je crois que je ne me suis jamais aussi sentie dans la vie, dans cette succession de dernière fois contre lesquelles on ne peut rien, et de premiers jours toujours renouvelés.  Je regarde les enfants jouer dans le soleil couchant et je constate avec un plaisir si grand qu’ils n 'ont pas besoin de moi. Et puis l’un d’eux vient se serrer contre moi et je sens exister plus fort encore. Je pense à la vie d’après et je ne sais pas si les larmes qui viennent sont de tristesse ou de joie. Est ce que je serais si heureuse toute ma vie ? J’entends le monde autour, je me sens disponible pour l’écouter, mais je me sens protégée de ce qu’il a d’injuste et de violent, et si proche de tomber. Je marche pieds nus dans l’herbe qui ne veut plus sécher, les enfants viennent de me dire que je suis une reine et que la chanson que j’écoute est très belle, je me dis que la vie que je vis ressemble à celle dont je rêvais, si un jour je l’ai rêvée. Ce soir, je suis la vie, prête à continuer sur son fil, la fin et le début toujours mêlés, jamais aussi belle que dans l’inconnu qui appelle.