a1a2a3a4a5a6                                                                                                                                                                                                                                                                                   Je n’avais peut-être pas imaginé que la vie reprendrait son cours si simplement, avec ce petit quelques chose en plus, un air plus léger et plus doux à la fois. Encore un peu de décalage horaire et Joséphine était la première à se lever. J’ai juste eu le temps de la rejoindre avant de voir trois petits nous rejoindre en bas. Marcel voulait vérifier qu’elle était encore là. Plusieurs fois, Aimé lui a demandé de confirmer qu’elle était là pour longtemps maintenant. Je le ai vus jouer dans le jardin puis passer le muret. Les chevaux n’étaient pas loin et puis Blanche, Aimé et Marcel avaient envie de montrer à leur grande sœur les trésors de la mare. Impossible de savoir si les neuf grenouilles étaient encore là, certaines avaient pu être victimes du chat. Mais des dizaines de têtards s’agitaient dans ce petit bassin qui peut-être cette année restera toujours plein. C’est Blanche qui a rappelé les petits cadeaux promis et Marcel nous a quand même fait remarquer que Joséphine s’était vraiment trompée « parce que ça ne peut pas être Noël aujourd’hui. »Ils vont se battre longtemps pour être assis à table à côté et pour lui faire entendre des confidences qui ne peuvent pas attendre. J’ai laissé la matinée s’écouler, j’ai savouré le quodidien retrouvé dans chaque petit geste effectué. Même la perspective de courses alimentaires ne nous rebutait pas. La grande semblait ravie de retrouver des habitudes oubliées et les petits toujours d’accord pour l’accompagner. J’ai griffonné une liste pour la semaine à venir, il faudra un petit moment pour trouver les bonnes proportions. Nous sommes six à la maison. C’est lui qui a eu l’idée des pâtisseries et de la menthe pour le thé. Le soir n’était pas encore arrivé et les tests idiots du magazine féminin que je venais d’acheter nous ont occupés un moment. Cette semaine, elle n’aura pas besoin de me piquer le Elle, nous l’avons lu ensemble sous la tonnelle, Nous avons ri et bu avec joie ce moment à la menthe et à la fleur d’oranger et puis alors qu’il préparait le dîner et que je cherchais une idée pour le dessert qui pourrait l’accompagner, je les entendais réunis autour de l’ordinateur de la demoiselle. Elle leur montrait sa vie là-bas, sa maison, les bateaux et les avions, le quartier indien et son lycée. Les gratte-ciel et la planisphère « tu vois, j’étais là-bas. ». Ce soir, c’est Joséphine qui a lu l’histoire du soir. Demain, je pense qu’il viendront encore vérifier qu’elle est encore là et puis les jours prochains, de moins en moins. Il n’y aura plus d’angoisses quant à sa présence ou pas dans notre quotidien. La vie reprendra son cours, avec longtemps cette indéfinissable joie qui revient quand on s’aperçoit qu’un manque est comblé. Quand on réalise, après,  à quel point ce manque nous avait marqués.

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