a1a2a3a4a5a6                Quand nous sommes passés de l’autre côté du pré, il n’y avait qu’une ânesse avec les trois chevaux. Je me suis inquiétée, elles ne se quittent jamais. Alors quand nous sommes arrivés dans le jardin, j’ai demandé aux enfants de m’attendre sur le muret. En passant, j’avais déjà regardé vers la cabane dans laquelle elles étaient déjà restées coincées. Je me suis dis qu’elle était peut être partie, mais Pivoine l’aurait sûrement suivie. Samedi soir, en rentrant de la fête de l’école nous les avions croisées, comme si elles étaient venues nous chercher. En se grattant contre la porte du jardin, l’un des chevaux avait réussi à lever le verrou. Sans plus protester, Pâquerette avait rebroussé chemin. Ele nous avait suivis pour retourner de là où elle venait. Il y a une semaine, c’est dans le potager que nous l’avions trouvée. Cette petite ânesse est la plus jeune des deux, la plus fougueuse et celle qui, dès qu’elle aperçoit des enfants, vient demander qu’on la caresse et qu’on la couvre de délicatesses. « Pâquerette est ma préférée » affirme souvent Blanche, et je ne peux m’empêcher de sentir ce petit pincement, comme si Pivoine, l’aînée de nos ânesses, allait souffrir de cette préférence affichée. Cest vrai qu’au retour de l’école, c’est sur la petite ânesse grise que Blanche apprend à monter avec son papa. Elle se laisser seller, elle nous suit partout où nous allons et n’a jamais botté. Et puis elle ressemble à Zoé, notre première ânesse, celle qui venait appuyer la tête contre le muret pour nous saluer. Je me suis dirigée vers le ruisseau et dans le champ d’à côté, j’ai vu une masse grisâtre que je n’avais jamais remarquée. Un tronc d’arbre mort, une souche, ou même une pierre, après tout, je ne connais pas très bien cette partie du champ. Oui c’est ça, c’était sûrement une pierre, ou un bout d’arbre mort que le vent avait amené là. Je me suis avancée, et c’est elle que j’ai reconnue.  A la façon dont elle était allongée, j’ai su qu’il était bien trop tard. Je l’ai quand même touchée, pour être sûre, on pouvait peut être encore la sauver, « Pâquerette, tu m’entends ». Les mouches cherchaient déjà à faire leur nid. Je suis remontée, très vite, quand ils m’ont aperçue Blanche m’a criée que j’allais être contente « j’ai fait des belles photos de ton cheval tu sais ! ».  « Alors tu l’as retrouvée » m’a demandé Aimé sans aucun doute sur ce que j’allais lui annoncer. Nous les avons toujours retrouvées. Je me suis assise à côté d’eux et je leur ai tout de suite dit que j’avais une mauvaise nouvelle à leur annoncer. Je leur ai proposé d’aller la voir, d’aller lui dire au revoir. J’ai serré Blanche qui sanglotait et j’ai vu Marcel et Aimé partir vers le bas du pré. La petite ânesse est morte à l’endroit exact où nous avions trouvé le cadavre de Zoé il y a deux ans et demi. Ils ont d’abord voulu regarder de loin, et puis s’avancer. Blanche ne voulaitt pas nous suivre, puis elle est venue en me prenant la main. « Chut, il ne faut pas la réveiller ! ». Alors il a fallu expliquer à Marcel qu’elle ne se réveillerait plus jamais. Aimé aurait voulu la garder toujours près de nous, « même morte, comme ça, on sera avec elle ». Et j’entendais les larmes de Blanche couler. Je leur ai proposé de la toucher pour la saluer. « Au revoir Pâquerette « ont dit l’une après l’autre les trois petites voix en lui donnant une dernière caresse. Aimé à laissé couler ses larmes et il m’a demandé si nous pourrions l’enterrer. J’ai du lui expliquer que nous n’avions pas le droit de le faire. J’ai préféré lui parler du vétérinaire. L’équarisseur, je n'ai pas réunssi. Nous sommes remontés. Je les ai vus plusieurs fois se retourner. Plusieurs fois aujourd’hui, Marcel et Aimé m’ont demandé si nous pouvions y retourner. J’ai refusé. La mort fait vite son œuvre, surtout l’été. Je me suis lavée les mains tellement de fois pendant cette soirée, mais je crois que j’étais toute entière impregnée par cette odeur que maintenant je reconnais. J’ai préparé le dîner et je suis allée les coucher, nous avons parlé de pâquerette et moi, je n’avais pas été capable de les protéger de cette tristesse là. Je crois qu’hier soir, nous sentions tous encore la chaleur de cette petite ânesse que nous n'oublierons jamais. Nous avons appelé leur papa puis envoyé un message à Joséphine. Personne ne serait prévenu avant eux, c'était d'accord entre nous. Ce matin, j’étais reconnaissante à la sonnerie de m’extirper de ces cauchemars qui avaient hanté toute ma nuit. De ces cauchemars qu’on voudrait vomir pour être sûre qu’il ne reviendront jamais. De ces cauchemars qu’ a presque honte d’avoir rêvés. Je suis allée réveiller Blanche « tu sais, la tristesse ne m’a pas quittée ». Elle ne partira pas tout de suite. J’ai attendu le milieu de la matinée pour me mettre à pleurer. Je ne l’ai pas vu diminuée. J’aurais tellement voulue décrypter les signes qui nous auraient permis de la sauver. Elle est morte dans le silence du pré. Ce soir, Pivoine nous a appelé. Je l'ai vue seule à coté de la haie, les chevaux s'étaient regroupés plus loin. Ce soir, Il fallait vite appeler l’équarisseur. Là de l’autre côté du combiné, la voix m’a dit « demain matin sur le bord de la route, c’est cent quarante trois euros, à payer immédiatement. »