a1a2a3a4 a6a5                    Depuis un moment déjà, il me demandait des vêtements roses, « un pantalon, une chemise et un pyjama, pour moi. » Aimé se souvenait que pour ses trois ans, j’ avais cousu un pyjama pour lui et un pour son poupon, assorti. Il me demandait déjà de recommencer pour la fin du mois d’août prochain et je n’avait aucun doute sur la couleur qui lui plairait. Ce matin, je suis vite alllée chercher le tissu auquel je pensais puis j’ai taillé le pantalon. Depuis quelques temps, je m’étais amusée à imaginer puis à réaliser des robes pour Blanche, tellement contente de la voir tournoyer après. Mais l’armoire d’Aimé et Marcel restait un peu vide et depuis le début du printemps, je me promettais d’y remédier. Et puis je retournais aux robes et aux jupons, poussée par l’idée que je n’aurais peut-être plus jamais de toute petite fille à habiller et cette certitude qu’un jour prochain, Blanche ne voudrait plus de ce que je lui proposais. Samedi matin dernier, je m’étais lancée dans la couture d’une tunique sans trop savoir à qui je la destinais. C’est l’attention D’Aimé qui m’a décidée. Il était venu toucher le tiissu et regarder si la couleur lui plaisait. Ce jaune serait parfait pour lui. Ensuite,  j'avais vu la fierté qu’il avait eu à la porter pour le mariage, dès l’après-midi. Alors aujourd'hui, j’ai eu envie de combler ce désir de rose qui me plaisait chez lui. Chaque matin et depuis qu’il est tout petit, il fait très attention à la manière dont il est habillé, verifiant dans mes yeux et dans ceux de son papa s’il peut être satisfait. Alors que don petit frère entame une période jean et basket « pour faire du skate comme les garçons », Aimé veut varier les styles et les couleurs, pourvu qu’il y ait du rose aussi. J'ai souri quand j'ai entendu mes deux filles s'étonner de cette envie, "mais c'est un garçon",  et je me suis souvenue de ce livre que j'ai tant lu autour de mes six ans. l'histoire de cette petite éléphante qui avait abandonné le rose de sa peau et jeté ses dentelles aux orties pour retrouver sa liberté. J'avais tant aimé cette histoire et m'étais pourtant très longtemps demandé pourquoi la petite éléphante n'avait pas choisi de tout garder, le rose, les dentelles, et la liberté. C'était il y a trente ans. J’ai pensé au plaisir que je trouverai dans les yeux d'Aimé quand je lui montrerai ce pantalon d’un rose qui ne souffrait aucune hésitation. Quand je l’ai eu terminé, il me restait un peu de temps. Alors j’ai eu l’idée de ce tissu fleuri et j’ai espéré qu’il lui plairait aussi. Des fleurs et des petits pois pour les poches à boutons. J’ai pris autant de plaisir à regarder avancer ce petit vêtement que lorsque je fronce un jupon. J’ai vite chassé cette appréhension la peur qu’une fois entré à l’école, il ne veuille plus à son tour entendre parler des vêtements cousus par sa maman. Il était dans le potager quand je lui ai montré ce que j’avais fait pour lui dans la journée. Il a voulu se changer sur place, entre les fraises et l’angélique. « Moi, je ne veux pas de pantalon » disait Marcel en regardant son frère se changer. Je commencerai par lui proposer une chemise, un haut qui pourrait ressembler à ce qu’il s’imagine être une chemise de garçon. J’en discuterai avec lui. Je pense souvent à ce que ces bouts de tissu représentent pour nous, à la charge que nous leur apportons. Ce ne sont que des bouts de jolis chiffons après tout. Je me demande souvent si nous pourrions décider un jour de ne plus y penser, décréter une bonne fois pour toute ne plus faire attention à ce que nous nous mettons sur le dos. Je crois que nous ne serions plus nous, nous privant d‘un mode d’expression et d’échange ou se mêlent intimement le plaisir, l'appel au regard de l'autre et le respect de son désir à lui, en tout cas quand il s'agit de couture, et de don. Cette fois-ci, j’ai tellement aimé coudre du rose pétant pour mon petit garçon. J’ai aimé checher la  nuance qui lui plairait, lui proposer un autre petit vêtement avec lequel je m’étais offert plus de liberté, voir le plaisir et la satisafction que cette attention provoquait chez lui. Le prochain petit vêtement que je couds sera pour Marcel, je l’ai promis. Juste avant, il faut que nous discutions pour nous accorder sur le sens profond et l’esthétique de ce que peut être « une chemise de garçon. »