marcelCe matin, j’ai oublié de lui donner son doudou quand je l’ai quitté. Son grand frère avait pris le sien et j’étais pressée, trop pressée. Il se lève toujours le premier en criant « ça y est, je suis reuveillé !! » et boit son chocolat d’une traite avant que je l’aide à s’habiller.  Mais en ce moment, Marcel a du mal à quitter la maison. Hier il est entré dans la salle de bains alors que j’étais allongée dans la baignoire. Je lui ai rendu son petit canard et nous avons parlé du bébé. Il a souri quand je lui ait dit que c’était son tour d’être grand frère cette fois-ci. Je crois que la rentrée prochaine sera difficile pour lui. Cet été, nous allons choisir le cartable de son grand frère et puis au début de septembre, il verra partir les deux plus grands vers cette maîtresse qu’il connaît. Depuis quelques temps, il essaie de nous convaincre que lui aussi est assez grand pour y aller. Il prépare le vieux cartable qu'il a trouvé fans le grenier et nous annonce qu’il part à l’école, ou en voyages, quand l’école est fermée. Mais notre réponse est toujours la même. Cette année, il n’a pas l’age requis et il y ira bien à l’école lui aussi, mais quand ce sera à son tour d’y aller. Alors il nous réponds que de tout façon, il ira quand même, parce qu’il l’a décidé.
Je crois que depuis qu’il est né, à un ou deux voyages à Paris près, il n’a jamais été séparé de son grand frère plus de quelques heures. Même bain, même chambre, même voiture à pédales même si l’une est rouge et l’autre grise et mêmes grandes sœurs à partager. Et si nous nous efforçons de ne pas trop dire « les garçons » et de les appeler par leurs prénoms, le duo est tellement évident qu’il s’impose à nous et nous prend par les sentiments.
Mais en septembre prochain, Marcel ira tout seul chez sa nounou et devra laisser partir l’autre moitié du duo vers la cour de l’école et les autres garçons. Une vie que leur grande sœur connaît déjà et leur vante tellement. Il n’est pas question de minimiser la cérémonie du cartable pour un Aimé aussi excité qu’impressionné à l’idée de franchir le pas. Il n’y a pas de raison d'étouffer cette joyeuse étape pour un grand garçon qui pourra enfin se démarquer et aller rejoindre les grands qui mangent à la cantine et vont à la piscine. Mais j’ai déjà la gorge serrée à l’idée de reprendre la main de Marcel qui devra quitter l’école avec nous le matin de la rentrée. « moi aussi je veux y aller » nous répète-t-il souvent.
Et puis il y aura ces quelques mois pendant lesquels il ira tout seul chez sa nounou, alors que moi je serai à la maison. Je veux pouvoir me reposer et profiter du bébé, je ne veux pas en vouloir à ce petit Marcel devenu grand-frère de m'accaparer, d’être trop fatiguée. Là-bas, je sais qu’il sera bien, je sais qu’il sera choyé et qu’il apprendra peut-être aussi, sûrement, les avantages  d’être  le seul et l’unique, jusqu’à l’heure du goûter. Quelques mois à être seul chez une nounou qui l’attend tous les matins, quelques mois à en avaoir assez d’être petit pour être vraient sûr d’avoir envie de devenir grand, quelques mois jusqu’à la fin de mon congé de maternité et l’arrivée du bébé chez une nounou qu’il devra de nouveau partager. Alors il ne lui restera plus qu’une petite saison  avant d’entrer à l’école lui aussi. Alors nous pourrons parler de la maîtresse et des autres enfants, nous pourrons choisir le cartable et le petit sac pour le goûter, celui surlequel je broderai « Marcel », écrit en grand.