une robe blanche





J’avais trouvé ce rideau qui avait perdu son frère dans le garage de ma grand-mère. J’étais cette petite fille qui passait ses étés déguisée. Je l’ai gardé, il m’a suivi dans tous mes déménagements. Je crois que c’est la pièce de tissu qui me suit depuis le plus longtemps. Presque trente ans. Je l’ai plusieurs fois sorti de ma plie de trésors bien gardés, plusieurs fois exhumé du grenier. Je crois même que je m’en suis servi quelquefois, mais sans jamais osé le couper. Aujourd’hui, une fois le grand drap de coton blanc trouvé, c’est ce petit rideau brodé que je suis allée chercher. Je ne sais pas pourquoi c’était exactement le moment. Mes trésors attendent toujours d’être utilisés et pour lui, c’était aujourd’hui. Je voulais coudre un vêtement blanc et pour moi, il ne pouvait s’agir que d’une robe d’été, ou de printemps. J’aime ce voile de coton depuis si longtemps, et cet après-midi, je n’ai ressenti aucune appréhension quand je me suis mise à couper dedans. J’aurais pu me tromper, couper de travers ou même le déchirer, je n’ai pas hésité, j’étais sûre que j’allai faire quelque chose de ce petit bout de coton blanc cassé. Quoi qu’il advienne de ce vieux rideau, j’étais en train de transformer un voile de souvenir en étoffe vivante. C’est le plaisir qui m’a guidé tout au long de l’après-midi, je n’avais aucune idée jusqu’au dernier ourlet de la robe qui allait naître de ces points et plis que je me suis amusée à marquer. Je crois qu’au moment même ou je cousais, le résultat m’importait peu. Je laissais défiler les images que j’aimais quand j’étais petite fille et que je me nouais ce rideau autour de la taille pour me transformer en princesse paysanne rêveuse et aventurière. Il y avait toujours ces enfants de Carl Larson, ceux de Kate greenaway. Il y a une petite trentaine d’années, il me suffisait d’un vieux rideau et d’un morceau de ruban pour le faire tenir et je partais alors vers des histoires qui ne finissaient jamais. Aujourd’hui, je crois que j’ai simplement continué à jouer. J’ai hésité pour le ruban mais je l’ai laissé à la petite fille qui l’avait rêvé pour interroger la petite fille qui allait porter la robe, en vrai. Elle préférait sans. Elle avait raison, c’était bien plus joli. C’est étrange, qaund elle a enfilé la robe et s’est emerveillée devant le miroir, j’ai oublié de lui raconter l’histoire de ce morceau de tissu qui m’a tant suivi. De toute façon, elle n’aurait peut-être pas aimé savoir qu’elle portait un rideau de grand-mère. Ce n’est plus un rideau, froissé, qui passe de la malle à déguisements à la pile des coupons qui vont servir un jour, avant de se retrouver une nouvelle fois dans la malle à déguisements, un peu plus froissé. Ce compagnon de ma vie de petite fille est devenu robe aujourd’hui, la robe d’une autre petite fille qui s’est trouvée si jolie dedans. Et moi aussi.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=347398&pid=17065957
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :











