cine1cine2cine3cine4cine5cine6               Toute la journée d’hier, Blanche nous avait parlé de cet après-midi. Ce matin, elle avait voulu aider ses deux petits frères à s’habiller pendant que je lui terminais l’ensemble rose que je lui avais promis. « Tu crois que je pourrais le mettre aujourd’hui ? ».  Aimé aussi s’impatientait, et nous demandait plusieurs fois a quel moment de la journée nous devions y aller. Marcel répétait « moi je vais au cinéma aujourd’hui ! » dès que nous lui parlions de cet après-midi et puis il s’arrêtait tout net avant de rajouter. « mais moi, je connais pas le cinéma ! ». Le déjeuner vite avalé, tout le monde était prêt mais le plus petit de nos enfans cherchait son doudou partout. Il avait déjà pris son nounours et son éléphant mais pour aller vers l’inconnu, il avait encore besoin d’un autre allié. Dans la voiture, alors que les deux grands exprimaient leur joie en inventant des chansons, Marcel regardait par la fenêtre, les yeux fixés sur le bord de la route qui défilait. Son papa lui demandait s’il était content d’aller au cinéma pour la première fois, il hochait de la tête en rajoutant encore une fois « mais je connais pas le cinéma moi ». Puis il nous demandait si les voitures qui nous précédaient aller voir le film elles aussi. Cet après-midi, le monde entier se retrouvaient dans cette petite salle aux escaliers éclairés. Pour Aimé, ce n’était que le seconde fois et Blanche essayait de compter combien de films elle avait déjà vus. Juste avant de partir, elle avait enfilé son petit ensemble à peine fini puis elle avait tenu à mettre sa « veste spéciale ciné ». Je me demandais le lien qui unissait cette veste avec le cinéma mais elle y tenait. Juste avant d’arriver à la salle, elle plongeait sa main dans la poche intérieure pour en sortir un petit bout de papier. « Regardez ce que je vous disais ! ». Un billet des trois brigands. Un des trois ou quatre films qu’elle avait vus sur grand écran, celui qu’elle était allé voir toute seule avec son papa il y a deux ans je crois. Je garderais les tickets de ce film là. Peut être que dans quelques jours, ou quelques mois, ils seraient contents de les retrouver. Chacun tenait son gros coussin entre les bras  et nous nous sommes avancés vers les premiers rangs. Marcel aimait déjà tant la musique qui passait sur le grand écran blanc qu’elle semblait suffire à la combler.  Blanche cherchait la porte de la sortie, pour après. Elle me racontait son plaisir de sortir et de redécouvrir le jour après deux heures dans le noir complet, « c’est un peu comme de la magie ». Marcel et Aimé gardaient les yeux grands ouverts. Je me souvenais des questions d’Aimé tout au long du film la première fois que je l’avais amené ici. Marcel n’a pas parlé. Il n’a pas manqué un petit bout de l’histoire et au moment même ou le sommeil aurait pu le rattraper, il s’est accroché à l’écran pour vite reprendre le fil du récit. J’ai senti la main de Blanche me serrer, « je crois que ça finit bien ».  Quand la lumière s’est rallumée, Aimé m’a demandé si nous pouvions rester jusqu’à ce que la musique soit terminée. il ne sait pas que c’est exactement ce que je demande à son papa à chaque fois que nous allons au cinéma. Marcel n’a presque rien dit pendant tout le chemin du retour, Blanche essayait de nous faire deviner quelle robe de la princesse elle avait préféré et Aimé nous confiait que ce n'est pas bien d’être un garçon  ‘parce qu’on peut pas mettre de robes jolies », puis il a ajouté "moi, je ne veux pas être une grenouille,  parce qu’embrasser une princesse, c’est dégueulasse en tout cas».