la dame des poupées
Quelques jours avant notre départ à Paris, Blanche m’avait confié que cette fois, elle savait. Elle avait une idée de ce qu’elle voulait demander au père Noël cette année. L’idée d’une autre poupée ne l’a plus quittée. Deux jours plus tard, j’apprenais que la dame qui fabrique les poupées serait à Paris aujourd’hui. Je pensais que mon plaisir était égal au sien quand je lui ait annoncé que nous pourrions peut être la rencontrer. Mais j’ai vu ses deux petites mains se joindre et ses yeux se mettre à briller, bien plus encore que je ne l'auais imaginé. Depuis plus de deux ans maintenant, nous parlons de « la dame qui fabrique les poupées ». Depuis que Marcel est né et qu’à la maternité, Blanche et Aimé ont découvert la surprise que nous leur avions réservée. Un poupon pour le petit garçon et Une grande poupée immédiatement appelée Rose et adoptée par une petite fille qui l’a emmenée partout où elle allait. Depuis, d’autres poupées sont arrivées ici. Celle que Blanche a commandé pour son anniversaire, l’autre petit poupon arrivé pour célébrer la première année de Marcel et la dernière arrivée, qui s’est envolée avec Joséphine comme une petite part de nous toujours à ses côtés. Depuis que Blanche s’endort avec sa poupée Rose, elle me parle de cette dame qu’elle a mille fois essayé d’imaginer. Avait elle des enfants ? ou avait elle appris à fabriquer ces poupées qui ont l'air de vivre vraiment ? Comment réussissait elle à se séparer des poupées qu’elle avait fabriquées ? Je ne pouvais répondre qu’à certaines des questions que ma petite fille me posaient et partager avec elle l’envie de percer ce mystère qui nous taraudait. A quoi pouvait bien ressembler une dame qui faisait un si beau métier ?
Cette inconnue qui devait, qui plus est, bien connaître le père Noël puisqu’elle fabriquait des jouets, s’était sans le vouloir glissée au cœur de quelques unes de nos conversations. Si bien que ce matin, tout le monde avait envie de la rencontrer. Quand nous sommes partis en famille pour prendre le métro ce matin, Blanche avait choisi d’emmener la plus petite de ses poupées, Violette, qu’elle avait habillée pour l’occasion. De mon côté, Je sentais cette petite angoisse monter au fil du chemin que nous faisions. Après tout, les artistes sont queluefois si décevants quand nous les rencontrons, Il m’avait fallu tellment de temps pour apprendre à dissocier l’artiste de son œuvre. Il faudrait peut être en faire de même avec cette dame que nous n’avions jamais rencontrée. Je n’avais pas envie de briser le rêve de Blanche, celui que nous avions tissé, et subitement je regrettais presque de l’avoir emmenée. D’autant que deux petits garçons furibonds n’étaient pas là pour nous aider. Après trois journées sans siestes et des nuits raccourcies, ils alternaient crises de nerfs et caprices ne se calmant que pour laisser l’autre mieux crier. A cette heure là de la journée, leur papa en souriait encore, je n’étais pas sûre que l’endroit vers lequel nous marchions était fait pour ce genre de rébellion. Quand nous sommes arrivés, nous avons vu plusieurs dame passer les bras chargés de sacs en toiles qui contenaient chacun une poupée, et puis cette file d’attente qui s’était déjà formée. Nous avons pris notre place un peu bruyamment. Blanche n’avait aucun doute, elle allait trouver la petite poupée rousse qu’elle attendait. Elle pourrait la décrire au Père Noël et l’affaire était réglée. J’étais un peu plus inquiète mais la gentillesse de la dame qui nous suivait réussissait à nous détendre tous. Pas le moins du monde impressionnée par les protestations de deux petits garçons épuisés, elle avait engagé une conversation à laquelle nous étions plusieurs à participer. Lorsque notre tour est arrivé, nous avons essayé de nous faufiler jusqu’au petit canapé où restait quelques poupées. Un petit tour suffisait à Aimé et Marcel pour préférer aller chercher des bonbons avec leur papa qui nous préservait ainsi, à Blanche et à moi, ce petit moment auquel nous avions tant rêvé. Il restait quatre poupées. Elles n‘étaient ni petites, ni rousses, mais Blanche semblaient avoir oublié les critères qu’elles s’était fixés. Elle regardait les poupées et je la voyais prolonger ce plaisir de l’indécision aussi longtemps qu’elle le pouvait. Tant qu’elle n’avait pas choisi, elle les avait toutes un peu à la fois. Il n’en restait plus que deux et j’ai vu que le regard de Blanche se poser sur cette grande poupée brune « avec des reflets roux si on regarde bien ». je l’ai prise dans les mains en lui demandant si elle était bien sûre de son choix. Je n’ai pas eu besoin d’attendre la réponse pour être fixée. La dame des poupées était là, et Blanche serrait sa Violette dans ses bras. Elle n’a pas osé lui poser les questions qu ‘elle avait préparées et c’est moi qui ai demandé si elle pourrait confier cette poupée au Père Noël quand il la contacterait. Pénélope « parce que c’est vraiment comme ça qu’elle s’appelle ? » nous a assurées qu’elle n’avait jamais rencontré aucun problème avec le père Noël. J’ai senti la petite fille qui se serrait contre moi se détendre et retrouver le sourire qu’elle affichait avant de rentrer. Elle a choisi la robe que Marguerite porterait et nous l’avions confiée à Pénélope qui savait comment faire après. Blanche aurait bien voulu la revoir encore, juste une fois, pour vérifier la couleur de ses yeux. J’ai du lui dire qu’il lui faudrait attendre un peu. Un peu beaucoup à ses yeux. 27 jours à essayer de se souvenir de chaque détail, de la couleur des yeux et de celles des cheveux. Un petit mois avant de retrouver sa poupée. Quand nous sommes sorties du tout petit magasin, Blanche m’a demandé si « La dame qui fabrique les poupées avait été contente qu’elle lui amène Violette pour lui montrer « . je lui ai assuré que oui. Je crois que je n’ai pas menti. Nous venions toutes les deux d’oublier la dame que pendant tous ces mois nous avions imaginée. Blanche serait bien restée, encore un peu, juste pour regarder. Moi aussi. « Je ne sais plus vraiment comment je croyais qu’elle était mais maintenant j’en suis sure, elle est encore plus gentille et plus jolie, en vrai ».











