aim_1Aim_2                 Je l’entends me dire qu’il voudrait être mon mari, et qu’il l’est un peu, d’ailleurs,  puisque le jour de mon mariage, j’avais un gros ventre dans ma robe blanche et que c'est lui qui était dedans. Je lui réponds que non, que c’est interdit, que j’ai déjà un amoureux, et que ce n’est pas lui. D’autre fois, je l’entends crier, je le vois s’énerver parce qu’il voudrait faire autrement, parce qu’il voulait être devant ou faire les choses comme il l’avait décidé. Je le punis, son papa aussi. Il est à bout de résistance et nous aussi. Depuis quelques jours, alors que les larmes affleurent et qu’il a déjà beaucoup crié, et nous aussi, il nous annonce qu’il va tout seul dans la salle de bain pour se calmer. Cette pièce qui peut fermer et dans laquelle nous l’avons plusieurs fois obligé à rester tout seul pour arrêter les pleurs et les cris. Méthode un peu barbare et très bricolée pour mettre fin à ces conflits qui nous usaient, nous, lui, et ses frères et sœurs. Je crois que nous avons oublié à quel point il est difficile d’avoir trois ans. De vouloir faire toujours faire plaisir à son papa, sa maman et puis succomber à ses envies. Je le regarde tiraillé et je ne peux pas beaucoup l’aider. J’essaie juste d’être ce bloc contre lequel il peut se révolter, un bloc qui devrait rester calme tout le temps, par tout les temps, et qui pourtant vacille trop souvent. Je crie, il crie, nous crions, ils crient, et nous nous épuisons. Et puis je le regarde les yeux embués de larmes, le doudou à la main et le corps remué de sanglots. Il est sorti de sa retraite, qu’elle soit volontaire ou obligée, et il me demande « maintenant tu es contente maman ? ». Alors je mesure encore comme il difficile d’être un petit garçon de trois ans. Un petit garçon qui n’est ni l’aîné, ni le plus  petit, juste derrière une grande sœur qui attire l’admiration comme un aimant et empile en ce moment les acquisitions comme des trophées, et juste avant un petite frère qui le talonne et qui a décidé ce faire ce qu’il veut de la vie. Il est un petit garçon de trois ans qui a déjà  vu s’en aller sa très grande sœur, celle avec laquelle il avait tissé une relation si particulière. Un petit frère qui a retrouvé sa grande sœur adorée, pour la voir repartir de nouveau et qui refuse de lui parler, décide de l’ignorer quand elle l’appelle de l’autre côté de l’ordinateur.

L’autre soir, il me racontait l’histoire de cette maman bleue qui lui faisait peur quand il était petit, une maman méchante qui lui faisait très peur. Le bleu n’est pas ma couleur préférée. Hier encore, nous discutions de l’école à la rentrée prochaine, il sera dans la classe de sa grande sœur, avec tous les autres enfants du village. « Et tu me laisseras là-bas toute la journée ? ». Je lui ai dit que oui, mais je lui ai dit aussi qu’il restait encore de très longs mois avant la rentrée prochaine. Je sais que ce petit garçon a besoin d’être poussé vers l’avant, félicité pour ces mots toujours si bien trouvés et ces numéros de cirque impressionnants. Quelquefois pourtant, je n’ai plus qu’un seul désir, le garder vers moi, pour le sentir toujours protégé. Mais je le sais, je suis peut être aussi son pire ennemi. L’autre jour, je me suis fâchée parce qu’il avait renversé quelques gouttes de lait alors que nous préparions les yaourts. Je l’ai disputé, il a perdu ses moyens. Heureusement que j’en ai renversé encore plus après. Et comme je n’ai plus personne derrière moi pour se fâcher, nous avons bien ri. Nous avons fait les yaourts que nous pouvions avec le lait qui restait et je me suis dit qu’avoir trois ans c’était heureux aussi, même avec une maman bleue de temps en temps, même avec une maman qui ne veut même pas se marier.