31 octobre 2009
trois cavaliers







Une semaine de vacances, des émotions à foison et des heures délicieuses. Alors aujourd’hui, je ne savais plus très bien quel jour de la semaine nous étions. Mais j'étais sûre qu’ils arrivaient. Je suis partie avec Blanche faire quelques petites courses avant le début de l’après-midi. Après, il faudrait que nous soyions rentrées. Ma petite fille grandit et nous avons toutes les deux profité de ce tout petit voyage, déjà un peu dans le week-end qui nous attendait mais dans notre bulle aussi. une bulle pétillante et joyeuse dans laquelle nous nous glissons dès que nous partageons un projet, ou un moment. Quand nous sommes rentrées de notre petit tour en ville, les invités n’étaient pas encore là. Les enfants sont sortis dans le jardin plusieurs fois pour vérifier qu’aucun bruit de voiture ne trahissait leur arrivée. Nous n’avons pas entendu le moteur, mais ils étaient là. Juste le teps d’un thé dans le jardin avant de préparer les chevaux pour la balade que nous lui avions promise. Elle était équipée, les chevaux étaient calmes et les enfants nous avaient déjà oubliés, montés dans la salle de jeux pour regarder le film qu’ils avaient amené. Aimé aurait bien voulu un dernier baiser, encore un câlin avant de nous voir nous en aller. Je lui ai dit que nous ne partions pas si longtemps, que Pierre restait là pour s’occuper des enfants mais je voyais que ses grosses larmes continuaient de couler. Il s’est mis à trépigner, hurler, et j’ai suivi les autres cavaliers. J’avais besoin de respirer, de m’éloigner un peu d’un petit garçon qui exprime beaucoup de colère en ce moment. Comme si c’était sur ce petit garçon de trois ans que toutes les émotions de ces derniers jours avaient décidé de se cristalliser. Je lui ai envoyé un signe de la main, je lui ai promis un énorme câlin dès que je serai rentrée, et j’ai dit à mon cheval d’avancer.
Nous étions trois dans cette lumière douce qui se marie au froid naissant, il y avait les feuilles qui craquent et le souffle des chevaux. Les coups de fusils des chasseurs se rapprochaient et nous avons vu les chiens. A cette heure là, la chasse était finie et les hommes aux gilets oranges nous laissaient la forêt. Nous les avons salués. De petits galops en séances de pas plus fatigués, nous avons discuté, papoté, flanc contre flanc. J'espérais qu’elle s’amusait autant que moi. Bruno était devant nous et décidait du rythme à respecter. La porte du grand champ était ouverte, les chevaux semblaient retrouver des sensations qu’ils avaient du croiser sur les plaines d’Argentine. Ils galopaient en oubliant presque qu’ils nous avaient sur le dos.
La nuit n'était pas loin quand nous sommes arrivés. Eloi préférait lire au salon mais les autres enfants ont pris place que le petit muret, comme s’ils tenaient chacun un ticket imaginaire. Un ticket qui leur donnait droit à un tour sur les grands chevaux qui voulaient bien, encore une fois, faire quelques pas pour satisfaire leur petit cavalier.
Ce soir les enfants sont couchés. Sept enfants dorment cette nuit à la maison. Sept enfants qui vont se réveiller demain et me faire oublier que les vacances sont presque terminées.
30 octobre 2009
deux ans
Quelquefois je le regarde et j’essaie de l’imaginer plus grand. J’essaie de voir en lui l’adulte qu’il sera. Je m’amuse un petit moment et puis je renonce. Je lutte tout le temps pour ne pas lui coller l’étiquette du petit garçon bien dans ses baskets qui s’en sortira tout le temps. Aujourd’hui, Marcel a deux ans mais il crie tout le temps que non, ce n’est pas lui « c’est mon nounours qui a deux ans ! ». Il parle chaque jour un peu mieux mais refuse de faire certaines choses qu’on lui propose. « Mais je suis trop petit » explique-t-il alors pour se justifier. Je ne sais pas l’adulte qu’il sera mais je vois le petit garçon vivre sous mes yeux, comme si il savait déjà ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas. C’est lui qui décide quand il est temps ou pas, où s’il faut attendre encore un peu. Marcel s’est invité, nous ne l’attendions pas. Marcel est né quand il l’avait décidé, une semaine après la date annoncée. C’est Marcel qui dit quand il veut un bisou, ou pas et quand il et temps de lui faire un câlin. Ce petit garçon mène sa vie avec un tel aplomb que la plupart du temps, nous le laissons tracer son chemin, en le regardant de loin. Je ne sais pas l’adulte qu’il sera et j’essaie de ne pas entretenir sa légende, je voudrais qu'il se sente libre de la l'oublier. Mais je regarde ses épaules solides et son pas décidés, et je le vois comme il est arrivé, le torse bombé. Et puis je me souviens aussi de cette deuxième nuit, celle qui nous emmenés tous les deux au service pédiatrie, celle qui pour la première fois de ma vie, m’a amenée au bord de cette peur de voir un de ses enfants mourir. J’avais vu l’inquiétude dans les yeux des infirmières qui ne me souriaient plus et j’étais trop fatiguée pour penser que j’arriverais à le maintenir en vie. Alors je suis restée à côté de lui, malgré les fils et le bruit de la machine. J’avais peur, j’ai attendu. Tout le monde me parlait de mon gros bébé. J’ai appris que les gros bébés étaient très fragiles aussi. Pour moi, il était si petit. « Il n’aura aucune séquelle » m’a dit le médecin qui m’a permis de le ramener chez nous, quelques jours après. Je me souviens aussi quelquefois de la fatigue qui a suivi sa naissance, quelques semaines d’épuisement et de joie mêlés juste à côté de ce bébé qui s’était déjà fait une place au milieu de nous. Je crois qu’il sait le bonheur qu’il m’apporte en glissant encore aujourd’hui sa tête dans le creux de mon cou. Petit corps dense et tonique qui sait comment s’agripper et s’asseoir sur mes hanches, comme s’il me portait aussi. Pendant les premiers mois j’ai essayé de le protéger, de materner ce bébé qui semblait déjà tellement prêt pour la vie. Mais c’est lui qui m’a toujours emmené sur son chemin. Il marche d’un pas décidé, et je le suis. Heureusement, de temps en temps, il a besoin de nos bras. De nos bras, nos mots doux, et de nous dire aussi quelquefois, qu’il est encore bien trop petit pour être pris pour un grand.
29 octobre 2009
hier encore





Depuis que nous sommes rentrés de la gare, Aimé m’a dit plusieurs fois que j’avais exactement la même voix que Joséphine. Il me le dit avec un grand sourire, comme s'il était content de vérifier qu'un peu d’elle est bien resté ici. Il m’avait encore une fois accompagnée sur le quai sans trop bien savoir ci cette fois, nous prendrions le train ou pas. Nous l’avons aperçue une dernière fois par la fenêtre et nous lui avons lancé un baiser de la main. Joséphine est partie ce matin. Nous sommes rentrés alors que le jour se levait et je pensais à Noël, à la prochaine fois qu’il faudrait aller la chercher. Hier soir, nous avions compté les semaines. Aimé s’endormait à l’arrière de la voiture, à la maison tout le monde s’était réveillé pour lui dire au revoir. Même très tôt, nous avions voulu que les petits la voient s’en aller. Je pensais qu’ils s’étaient peut-être rendormis. Je pensais aussi à Joséphine, comme si elle était encore juste à côté. Ma mère l’attendrait à l’arrivée du train pour l’accompagner jusqu’à l’heure de son départ, à l'aeéroport. J’aimais les savoir toutes les deux. Ce soir, j’attendrai l’heure de son arrivée pour aller me coucher. Je n’ai pas peur de l’avion, ni pour moi ni pour eux. Mais je n’aime pas la savoir seule entre deux vies. Je crois qu’elle s’ennuie.
Quand nous sommes arrivés, Marcel s ‘était endormi devant le poêle sur le tapis et Blanche avait promis de se reposer. Cet après-midi, elle était invitée à un anniversaire qui se prolongerait en chasse aux bonbons tard dans la soirée. Il n’était pas encore neuf heures et nous avions tous l’impression d’être au milieu de la matinée. Les enfants ont traîné, j’ai traîné aussi. Puis je me suis mise à ranger. J’ai chassé les toiles d’araignées et j’ai jeté l’une des deux citrouilles découpées. Elle commençait à pourrir. Ma tristesse n’était pas celle d’Août dernier. Un peu triste, très triste, mais pas dévastée. Il y a sept jours déjà, j’avais retrouvé la grande fille que j’avais laissée partir juste avant la rentrée. Les cheveux un peu plus longs, c’est tout. C'est le manque qui s'installait. Pendant une semaine, nous avions repris nos habitudes et notre vie de famille, un peu comme si elle n’était jamais partie. En un peu plus fort parce qu’on le savait tous ici, elle repartirait. Ce soir ma grande fille me manque. Toute la journée, je me suis laissée replonger dans cette journée d’hier que j’ai tant aimée. L’anniversaire de Marcel au milieu de la matinée. Un anniversaire un peu avancé mais il fallait que Joséphine soit là pour le célébrer. La sortie au théâtre tous les six dans l’après-midi et le soir, une fois la nuit tombée, mon anniversaire. Le plus joli depuis je ne suis plus une petite fille. Jusqu’à la dernière minute, j’ai refusé de penser à son départ. Dans la voiture en allant à la gare, nous discutions comme si je l’emmenais au lycée. A l’heure qu’il est, elle est encore dans l’avion. Et moi, je suis encore un peu suspendue à la semaine si douce que nous venons de passer.
merci pour tous ces petits mots d'anniversaire!!!!
28 octobre 2009
39
Je me souviens de mes trente-huit ans. C’était l’âge de ma mère, et c’était l’année dernière. Depuis quelques mois déjà, je me dis que j’ai quarante ans et je tends l’oreille quand à la radio, on parle d’une femme qui a cet âge là. Est ce qu’on dit encore « une jeune femme » ou est ce qu’il est déjà trop tard pour cela ? Je ne suis plus une jeune femme mais je m’offre encore cette coquetterie là. Depuis plusieurs mois, je me répète que je vais avoir quarante ans et aujourd’hui, c’est mon trente neuvième anniversaire que j’ai fêté avec mon mari et mes enfants. Aujourd’hui, c’est un peu étrange mais je me suis sentie en amitié ave cette année qui s’ouvre et qui s’offre à moi. C’est une année en plus qui va durer autant de jours que celle qui vient de s’écouler. Comme ces petits suppléments que ma mère nous offrait après le gros cadeau promis, de vraies surprises celles-ci. C’est comme si les trois cent soixante cinq prochains jours que je vais vivre à partir d’aujourd’hui étaient autant de petits suppléments.
Je n’ai pas encore quarante ans, ma vie est loin terminée mais je sais que tout s’accélère déjà. Je sais qu’il me faudra renoncer. Je n’irai peut-être jamais en Autralie, je ne retournerai peut être pas à Tahiti. Je commence tout juste à accepter l’idée que ma liste ne pourra pas s’allonger indéfiniment. Je commence tout juste à m’apercevoir que ce n’est pas si important. ET puis certains matins, je voudrais quand même essayer, ne pas renoncer, me dire encore que tout reste possible, qu’il suffit de le dire pour y arriver. Je veux oublier que j ‘ai fait la moitié du chemin et je veux encore mille vies. Je me mets à rêver au vent de Mongolie et aux matins d’Afrique. Et puis je me réveille ici, à côté de lui, l’un de ces matins d’une vie que j’ai choisie et que je continue de construire avec le même émerveillement. Je sais que mon plus grand voyage est ici et qu’il est loin d’être fini. C’est ici que j’ai choisi de regarder grandir mes enfants, c’est ici que je veux continuer d’écrire les histoires et sentir ma gorge se serrer à la simple idée qu’un jour, il me faudra laisser se réveiller les jours sans moi. C’est l’odeur de la terre qui m’entoure dont je me nourris, C’est ce parfum qui me retient quand je vacille au départ d’un enfant vers sa vie. Aujourd’hui, j’ai trente neuf ans, et pour quelques heures encore, tous mes enfants autour de moi. Pour quelques heures et pour la vie. parce que qu’il m’aura fallu trente neuf ans pour comprendre que l’amour résiste à l’absence. J’ai trente neuf ans et il me reste encore quelques heures pour profiter du premier jour de cette année à laquelle j’avais à peine pensé. Au poignet, je porte le petit bracelet que ma petite fille a fabriqué pour moi, je vais écouter la musique que ma grande fille m’a offerte en la glissant dans cet appareil magique qu’il m’a tendu dans du papier doré. Et puis cette bougie qu’elle m’a envoyée, et ces mots échangés au téléphone. Mes cheveux grisonnent et mon corps se fatigue plus rapidement. Ces contours ne sont pas exatement ce que je voudrais qu’ils soient mais il redevient mon ami. J’ai envie de l’aimer, de faire attention à lui. Aujourd’hui, j’ai eu trente-neuf ans, encore un jour d’une vie que je dessinais en la rêvant, encore un jour d’une vie dont j’étais loin d’imaginer qu’elle porterait encore tant de promesses, un an avant quarante ans.
27 octobre 2009
sans roulettes





Il y a des endroits où je ne vais qu’à reculons. Je sais pourtant que je ne vais m’a m’y ennuyer mais j’ai toujours tant d’autres choses à faire. Ce matin, nous avions petit déjeuner tous ensemble et je leur ai proposé de les accompagner. Les trois vélos dans la voiture, nous sommes partis sur la voie verte, cette ancienne voie de chemin de fer transformée en piste cyclable, souvent très encombrée. J’avais plutôt envie de balade en forêt, de petits chemins où craquent les feuilles mortes. j’aurais ramassé des châtaignes et des trésors à mettre dans l’herbier de Blanche. Ce n’était même pas la peine de proposer. Blanche et son papa avaient décidé qu’aujourd’hui, il était temps d'enlever les petites roulettes.
Je l’ai aidée à chercher des vêtements confortables et je l’ai vue si contente à l’idée même du défi qui l’attendait. Je me suis rappelé mon petit vélo bleu et les promenades à travers la forêt, premières ivresses sur le petit chemin pentu, première envie de m’évader, de partir à la découverte de sentiers inconnus, premières chutes aussi, dont je me sortait toute égratignée, mais tellement fière d’avoir survécu. Alors le goudron de la voie verte m’a appelé moi aussi. J’avais envie de l’accompagner, de l’encourager à pédaler plus loi, plus vite, sans avoir besoin pour l’aider à démarrer. Quand nous sommes arrivés, loin des dimanche de foule au début de l’été, il n’y avait qu’un petit garçon en rollers et sa maman pour partager la voie avec nous. Je n'ai même pas eu à reconnaître qu'ils avaient eu là une bonne idée. Je crois que mon plaisir se voyait. Je crois que nous étions tous bien là-bas. Un petit moment tout tracé pour discuter, et avancer sans se demander où. Pendant qu’Aimé traçait son chemin le plus vite qu’il pouvait, et sans les pédales qui le ralentissaient, Blanche préférait retrouver d’abord des sensations avant de se lancer sans roulettes. Elle allait vite, trop contente de pouvoir pédaler sur cette piste sans creux ni bosses. Il était temps. Elle se sentait prête. Son papa l’a aidée à démarrer et je l’ai regardée partir très loin, rattraper une fois un mouvement pas très rassuré et se laisser tomber dans l’herbe comme je l’espérais. Quand nous sommes arrivés là où la voiture était garée, traînant deux petits tricycles et deux petits garçons fatigués, elle savait démarrer et s’arrêter toute seule. Elle réclamait un dernier petit tour pour nous montrer. Nous lui avons tous raconté le souvenir, pour chacun de nous, de ce jour où nous avions abandonné les roulettes pour découvrir l’autonomie et la vitesse. Nous rentrions vers notre déjeuner et derrière moi, je sentais la fierté de Blanche et, presque palpable, sa certitude d’avoir vécu un des épisodes les plus extraordinaires de sa vie. Elle devrait aller voir la professeur de danse ce soir, pour lui expliquer que son genou était un peu blessé et qu’elle ne pourrait peut être pas faire tous les pliés. J’ai regardé le genou âbimé, il n’était pas très marqué. Mais je lui promettais d’aller la chercher dans son lit demain matin, pour l’aider à descendre l’escalier. Cette journée méritait d’être un peu romancée et si son héroïne décidait de lui rajouter une blessure, elle n’en serait que plus belle. Foi d’une petite fille qui plus de trente ans après, montre encore la cicatrice qu’elle a sous le menton.
26 octobre 2009
sans couture





Il m’a fallu attendre ce soir très tard pour prendre conscience que le week-end était fini et que nous étions lundi. Je me suis promis de ne pas compter les jours et je suis étonnée par la facilité avec laquelle je m’y plie, même si chaque matin , les petits me demandent si Joséphine est encore là. Je sais que son départ sera difficile à surmonter, mais nous n’y sommes pas encore. Ce matin, il est parti très tôt pour la journée et je sui restée avec les enfants. Je les avais prévenus que nous ne ferions rien de particulier aujourd’hui, les amis de Joséphine étaient là et la maison retrouvait le joyeux désordre auquel elle avait été habituée. Je regardais Pinocchio avec les enfants « j’usqu’à la fin maman, tu promets ! » et j’essayais de choisir ce que j’allais coudre cet après midi. Aimé et Marcel avaient besoin de pantalons, de tuniques aussi et Blanche attendait sa robe écossaise. Mais finalement, la machine est restée rangée et une fois Marcel couché, j’ai invité Aimé à venir se reposer à mes côtés. Il riaiat à l’idée de se glisser sous le dessus de lit de ses parents. Nous avons discuté, un tout petit peu, juste le temps de sentir le sommeil venir s’installer. Je crois que nous nous sommes endormis en même temps. Quand je me suis levée, tout doucement pour ne pas le réveiller, j’ai découvert Blanche qui s’était installée à peindre sur la grande salle du rez-de-chaussée. Elle avait tout trouvé. La grande toilé cirée, la peinture et les pinceaux puis elle s’était rempli son petit gobelet d’eau. J’ai regardé ses fleurs puis quand elle en a eu assez, je lui ai proposé de découper les citrouilles avec moi. Les garçons dormaient encore et elle était assez grande pour m’aider. Quand les grands sont rentrés de leur balade, nous nous étions attaqués à la deuxième lanterne. Elle aurait un sourire un peu de guingois et son état ne lui permettait pas d’espérer vivre longtemps dans ce état là. Mais peu importe, nous nous serions amusées et tout le monde à la maison adore le potiron. Je les ai allumées avant d’aller chercher les garçons. Il y a bien longtemps que nous n’avions pas pris un thé comme celui là, alors que le jour tombe déjà. Je savais que ce soir nous ne serions pas là alors j’ai vite préparé le dîner des enfants. Il y a bien longtemps que je n’avais pas pleuré au cinéma. Il y a bien longtemps que je n’avais pas connu la douceur de ces larmes là.
psssiiit: je viens de terminer, enfin, les décicaces de "Monsieur Maurice", les livres partent bientôt.
25 octobre 2009
chasse au trésors





Il nous fallait bien cette petite heure en plus pour préparer cet anniversaire tant attendu. Pendant que Joséphine dressait la carte mystérieuse de la chasse au trésor dont elle seule détenait les secrets, je reprenais la robe de princesse pour la rallonger. Blanche apprenait la dure condition de princesse. Se tenir disponible pour des essayages sans fin et acceptrt sans broncher, et surtout sans bouger, de se faire piquer par une aiguille oubliée. J’avais terminé les trousses à crayons tard dans la nuit et il restait à cuire le gâteau. Celui là, je l’avais complètement oublié. Pas assez de temps pour le glacer, il se contenterait de quelques violettes. Blanche comptait les heures, les minutes puis les secondes, puis la première petite fille est arrivée. A peine avait elle posé le pied dans la maison qu’elle était déguisée et rejointe par les autres invités. Marcel s’était joint au tourbillon mais Aimé hésitait encore. Dans un premier temps, son quant à soi lui convenait mieux que ces effusions de sentiments. Il lui faudrait un peu de temps. Heureusement, le soleil était tentant. Ce soleil d’automne, un peu voilé mais pas encore trop froid couvait les enfants de ses rayons. Les trois équipes, dans lesquelles les petits et les grands étaient équitablement répartis, s‘étaient vues remettre une liste d’indices pour trouver les petits trésors qu’elles devaient trouver. Tout le monde étaient gagnant et les sacs de bonbons vite engloutis. Pendant ce temps, je dressais la table, terminais ce gâteau mi-cuit et cherchais les bougies. Par la fenêtre, je les apercevais alignés sur le petit muret, occupés à se répartir les sucreries. Un Colin maillard plus tard et le gâteau au chocolat sortait du four. Comme il était encore brûlant, c’était juste le moment pour Blanche d’ouvrir les cadeaux que ses invités lui avaient amenés. Pendant qu’elle ouvrait les paquets je regardais l’angoisse de chaque petit se dissiper une fois son paquet découvert. Elle était venue discuter avec moi ce matin pour me dire que maintenant, elle était assez grande pour comprendre qu’on remercie toujours et qu’on peut se permettre , quelquefois, une petite entorse à la sincérité. Cet après midi, elle n’a pas eu besoin de forcer le trait, tout lui plaisait. Les bougies vite soufflées par une petite fille qui a six ans depuis longtemps, je les ai rallumées pour Aimé qui trouvait déjà que c’était bien injuste d’assister à tout ce déballage sans rien recevoir pour lui. Au moins, il avait trouvé une idée pour sa liste au père Noël. Et puis sa grande sœur lui glissait un paquet de bonbons rien que pour lui qu’il préférait au chocolat coulant.
Quand les premiers parents sont arrivés, les enfants s’étaient installés dans la salle de jeux pour pique-niquer. Chacun avait trouvé sa place dans cette histoire qu’ils écrivaient en la vivant. Nous leur avons promis sans nous trahir qu’ils se reverraient bientôt. La petite fille qui avait enfilé la robe blanche que nous lui avions prêtée, celle que portait une des demoiselles d’honneur la première fois que je me suis mariée, n’a pas voulu la quitter. Elle nous la ramenerait demain, ou après-demain, ou le jour d’après. Comme les autres enfants, elle est repartie avec sa petite trousse dans la main. Dans le jardin, elle a croisé les amis de Joséphine qui arrivaient.
24 octobre 2009
l'extra ordinaire



J’avais osé l’imaginer mais je n’avais pas idée du naturel avec lequel reprendrait le quotidien. Plusieurs fois dans la journée, nous nous sommes dit que nous étions bien six. Six couverts à table et six personnes embarquées pour aller jusqu’au marché, six personnes à manger la viande du boucher. Comme d’habitude le petit déjeuner a traîné et le retour de marché s’est transformé en pique-nique improvisé autour d’une poêlée de patates sautées. Monsieur était en cuisine quand les enfants se sont aperçues que nous étions victimes d’une invasion de coccinelles. Dedans,, dehors, il y en avait tant qu’on n(arrivait plus à les compter et il était impossible de savoir d’où elles étaient arrivées. Elles ont disparu comme elles étaient venues, et il a plu. Une pluie fine et tout l’après-midi, sans discontinuer. Enfin je crois qu’elle ne s’est pas arrêtée car pour dire vrai, je n’ai jamais vérifié. C’était juste une vérité qui m’arrangeait et qui ne gênait personne ici. Marcel dormait et les enfants regardaient Blanche-Neige sur les genoux de Joséphine, juste devant le poêle allumé. Leur papa aussi s’était endormi, une de ces siestes d’automne qui vous emmène dans un sommeil lourd dont on met tant de temps à se sortir. Et moi, je cousais les petites trousses à crayons que j’avais promises à Blanche pour faire des petits cadeaux à ses amis pendant son goûter d’anniversaire. La grande sœur serrait un peu plus fort son petit frère quand la sorcière essayait d’empoisonner la jeune princesse qui passait le balai. Je me suis dit qu’un autre jour, il faudrait leur dire que les princes aussi savent balayer. Mais aujourd’hui, je n’en avais pas envie, je partageais avec eux la peur de traverser la forêt de branches qui ressemblent à des mains. Nous nous étions encore promis, ce matin, de ne pas penser aux jours qui passent et au départ annoncé. Ce matin, les filles avaient fait la liste des activités qu’elles prévoyaient pour la fête de demain. Je me réjouissais de n’avoir que quelques trousses à coudre et une table à dresser, je n’ai jamais brillé en animatrice de goûter d’anniversaire. J’essayais de terminer mon lots de trousses avant le dîner et je savais qu’il me faudrait reprendre la machine après. Blanche avait déjà choisi la sienne et attribué toutes celles qui étaient terminées. Les petits couchées, Blanche avait eu le droit de veiller un peu avec les grands mais elle s’était vite laissée rattrapée par le sommeil, fatiguée par ce tourbillon d ‘émotions et de joyeux projets. Nous avons alors discuté tous les trois des amis et de la famille, d’ici et là-bas, de nos vies. J’avais mon ordinateur entre les mains, un pied sur la première marche de l’escalier, prête à monter écrire mon billet. Je me suis assise pour l’écouter. Je tricherais un peu avec la date et l’heure de ce billet. De toute façon, cette nuit, jouer avec l’heure nous était permis.
23 octobre 2009
dans le bain



Blanche avait demandé à sa grande soeur de l’aider à trouver une tenue de sorcière pour partir à l’école ce matin. Je suis allée réveiller Joséphine et les garçons ont sursauté. Encore à la fête de la veille, ils semblaient tous les deux décidés à la continuer. Je n’ai aucun souvenir du petit déjeuner. Je sais pourtant que je l’ai préparé, je sais qu’ils ont bu leur boberon, mais le souvenir à du se perdre quelque part entre les chaussures à retrouver et la tenue de sorcières à peaufiner. Ce matin, nous devions tous les deux partir travailler, avec ce sentiment d’être un peu à contre-temps. J’ai déposé les filles devant l’école et j’ai vu Joséphine repartir à pieds vers la maison. J’essayais d’imaginer le plaisir qu’elle pourrait ressentir à se réapproprier les lieux, toute seule un moments dans cette maison qu’elle avait retrouvée. Bruno rentrait ce midi et il l’emmènerait jusqu’au collège pour qu’elle voit ses amis. Je suis partie travailler l cœur léger. Si léger. J’en avais presque oublié qu’il ne me restait plus que cette journée avant une semaine de congés. Ce matin mon plaisir était ailleurs. Je me revoyais les réveiller tous les quatre, habiller Aimé, Marcel, et les regarder tourner autour de leur grande sœur en criant leur joie de la voir revenue. Je n’étais pas arrivée quand le téléphone a sonné. Contre temps chez la nounou, elle ne pouvait pas garder les petits aujourd’hui. Je lui ai dit que Joséphine se ferait une joie de prendre le relais. Je ne sais plus combien de fois j’ai téléphoné à la maison aujourd’hui. Je n’avais pas de mal à les imaginer, à me sentir avec eux. Je me savais toute proche de ce moment où je les retrouverai mais ces jours ci, je ne veux pas accélerer le temps. Je ne veux pas prévoir, pas me projeter. Joséphine avait réussi à coucher les deux garçons en même temps pour une sieste qu’Aimé ne fait plus jamais normalement puis à partir chercher Blanche avec eux. Etre grande sœur, c’est un peu comme le vélo ou le ski. Elle avait réussi à réchauffer une petite sorcière frigorifiée et sur la route, elle avait eu peur pour deux petits frères que rien n’effraie. Je ne me lasse pas de les regarder courir vers le portail quand je rentre à la maison. Ce soir, Joséphine était avec eux. Elle m’a fait écouter les black eyed peas, je lui ai fait découvrir le dernier benjamin Biolay. Nous avons écouté plusieurs fois la même chanson. Bruno lui a offert ce livre dédicacé pour elle par Yoyoma. Alors nous avons écouté les suites pour violoncelle. Nous avons regardé les photos qu'il avait prises du musicien et elle nous a montré celles de l'endroit où elle était partie pêcher des oursins et trouver des amis. Voyage d'intégration réussi. Je l'ai écouté me raconter l'escalade et la plongée, ses professeurs et sa vie quotidienne, là-bas. Et puis j’ai couché les petits, et puis je me suis allongée sur la canapé. Et puis elle m’a demandé si elle pouvait s’allonger à mes côtés.
22 octobre 2009
ce jour



Je lui en ai beaucoup voulu, ce soir, quand nous sommes rentrés et que je me suis aperçue qu’elle avait oublié dans le train le petit sac qu’elle m’avait demandé de lui confier. Il ne contenait pas grand chose, quelques petite friandises que nous avions choisies ensemble ce midi pour décorer le gâteau d’anniversaire de sa petite sœur dimanche après-midi. Sa petite sœur n’en avait que faire, ce soir il y avait bien plus important pour elle. Il n’y avait que moi, et mon étrange sentiment. Je lui en voulais de cet acte signifiant, sans que j’ai la moindre idée de ce qu’il signifiait, à la fin d’une si belle journée. Comme je lui en avais voulu, quand je m’étais aperçu au retour de notre séjour à Londres, qu’elle avait perdu la petite broche a trois francs six sous que je m’étais offerte, et que j’aimais beaucoup.
Je sais que me souviendrai longtemps des moments d’aujourd’hui. Le départ dans la nuit avec mon petit garçon à l’arière de la voiture qui s’émerveille en apercevant au loin les lumières de la ville. Et puis le train, tous les deux et moi qui n’ai qu’à m’occuper de lui. Et puis cet appel que j’attendais, elle qui me dit qu’elle est déjà arrivée. Nos pas allongés pour la retrouver à travers l’aéroport et sa silhouette que j’aperçois et que je montre à Aimé avant de l’appeler. La regarder quelques secondes avant de la retrouver. Je l’ai serrée dans mes bras, plusieurs fois. ET puis ce café en regardant d’autres avions se préparer à décoller, et puis ce petit voyage vers Paris et les premiers récits de ses amitiés. Paris que nous regardons toutes les deux comme le décor d’un film auquel nous assistons. Et puis Philomène et Léonie, et puis Cécile et puis le TGV qu’il faut reprendre vers chez nous. Cet après-midi de travail, un peu étrange, alors que dans le parc d’à côté, la plus grande de mes filles et le plus grands de mes petits garçons se promènent en se retrouvant. Et puis cette journée de travail qui n’en finit pas de s’étirer avec une réunion à laquelle il faut aller. Je suis à côté, bien loin de cette grande salle froide et grise. Je les regarde tous les deux, assis dans un coin. Elle lui lit un livre et je pars avant la fin. Je profite de chaque kilomètres que peut m’offrir le chemin du retour. Ils se sont réchauffés, Aimé s’est endormi et nous discutons toutes les deux alors que la nuit est tmbée. Je sais comme ils nous attendent. Et puis ces petits bras qui se tendent à notre arrivée, les cris de joies et les rires que je regarde en savourant chaque petite mot murmuré. « Tous les six, comme au bon vieux temps». Aimé qui se serre à moi encore un peu en essayant de prolonger notre journée. La soupe et le poële allumé, la maison et l’automne qu’elle retrouve sous notre regard attendri. ET puis ces petits cadeaux qu’elle sort de la grosse valise. Je sais les heures qu’elle a passé à les chercher. Un petit sac rempli par enfant émerveillé. ET puis tout d’un coup, le petit sac que j’aurais aimé retrouver. Des champignons en pâte d’amande et quelques citrouilles en chocolat restés dans le TGV. La déception me trahit, je n’arrive pas à la cacher. Je lui en veux de m’avoir demandé de lui confier. Ce soir, mes quatre enfants dorment sous notre toit. J’espère que la dame qui nettoiera le train cette nuit les trouvera et n’aura pas peur de les ramener à ses enfants. Ce soir, c’est bien mieux que Noël. Ma grande fille est rentrée, les petits ont retrouvé leur grande sœur et leur sommeil et différent. Et moi, je sais aujourd’hui que je viens de passer une journée que jamais je n’oublierai. Je sais que la distance n'a pas abimé ce qui nous lie, une relation de chair et d’inconscients.




















