tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

30 septembre 2009

en réserve

doux1doux2doux3doux4doux5doux6             J’ai commencé mille choses que je n’ai pas terminées. J’ai jardiné une partie de la matinée et je n’ai regardé l’horloge qu’une fois ou deux dans la journée. D’abord pour être sûre de ne pas rater l’heure du premier cours de théâtre de Blanche  et puis pour vérifier qe cela faisait bien une heure que nous parlions avec Joséphine qui nous a parlé de sa vie de l’autre côté de l’ordinateur. J’ai terminé le petit short en velours rouge que j’avais commencé pour Marcel ; C’est Aimé qui le porterait. Mais je n’ai même pas commencé les cadeaux que je m’étais promis de bâtir aujourd’hui. Notre journée décousue s’est surtout laissée porter par le soleil  qui nous intimait l’ordre de profiter de lui, qui nous caressait dans le sens de l’envie, en murmurant à nos oreilles qu’une journée comme celle là, il faudrait peut-être attendre très longtemps avant d’en croiser. C’était bien plus doux que l’été. La brume et la rosée du matin, la couleur des feuilles qui commençaient à tomber, la terre déjà humide et les légumes un peu fatigués, tout nous indiquait que le soleil n’arriverait bientôt plus à nous réchauffer. Ses rayons aujourd’hui en étaient d’autant plus doux. J’avais dis aux enfants que cet après-midi, je continuerai à coudre leur vestiaire d’hiver. Le petit short a sauvé la mise mais que j’avais  bien plus important à faire. Discuter avec les voisines et regarder le poirier en me demandant s’il allait tenir sous le poids d’autant de fruits, me dire que j’aimerais me cueillir un joli bouquet de baies mais remettre la cueillette à un vague plus tard pour ne rien faire et profiter encore de cette vue que nous offre le jardin. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à m’imaginer les arbres et les haies complètement nus, je n’arrive pas à retrouver le souvenir du froid qu’il faudra affronter cet hiver. Aujourd’hui, Aimé a couru tout nu dans le jardin avant d’être renvoyé dans sa chambre pour se rhabiller et  Marcel a joué avec l’eau des chevaux, trempé de la tête aux pieds. Blanche s'est gavée de tomates cerises et moi, j'ai pris du temps pour refaire la chevelure éphémère de notre dame épouvantail. Tout le monde est encore en nus-pieds.  Aujourd’hui, il était urgent de se laisser caresser par les rayons du soleil, plus assez chaud pour qu’on ait besoin d’un chapeau ou d’éviter certaines heures de la journée. Doux comme il faut. Etrangement, cet après-midi, j’ai aussi pensé à Noël, passer quelques commandes, décidée cette année à les étaler sur plusieurs mois. Nous sommes allés chercher des noix. Du dedans au dehors, des sensations d’été aux projections d’hiver, la fébrilité de la journée m’a emmenée dans toutes les directions en me ramenant toujours au même point,  le jardin. Je n’ai pas d’écureuil dans mes fréquentations, ni de quelconques animal habitué à l’hibernation mais dans un coin de mon imaginaire, je les vois s’agiter quand s’annoncent les dernieres chaleurs du soleil. Récolter, Emmagasiner, ranger, pour que tout soit prêt. En bons humains que nous sommes, nous avons surtout pensé à notre réserve de rayons de soleil. Je crois que rien n’est prêt ici pour le temps du froid et de  l’hiver. Rien sauf nous, pleins de soleil et de moments doux.

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29 septembre 2009

après la danse

danse1danse2                                                            J ‘étais contente d’aller chercher Blanche à la danse, je m’étais imaginée plusieurs fois dans la journée avec quel sourire je serais accueillie. Cette année, c’est notre petit plaisir du mardi. Aujourd’hui, j’avais même pu lui faire coucou avant que son cours ne commence. Je suis juste allée l’embrasser et la porte du cours s’est refermée. Je disposais d’une heure pour choisir du tissu dans le seul magasin qui en propose à des kilomètres à la ronde. Quand je suis arrivée, d’autres mamans attendait, j’ai vu le petit cintre et la robe de Blanche sur lequel elle étai accrochée. J’ai souri en pensant à l’attention qu’il avait mise à lui ranger ses petites affaires pour qu’elle les retrouve après. Tout à l’heure, nous nous étions sûrement croisés, je ne l’avais même pas vu repartir. J’aurais aimé lui proposer d’aller s’asseoir sur une terrasse pendant un petit moment. Boire un verre, tous les deux, et se raconter notre journée comme ces couples sans enfants qui jouissent d’une liberté sans dîner à préparer et trompent quelquefois leur peur de tourner la porte d’un appartement où le vide les attend. Je voulais l’inviter à prendre un petit pot avec moi, sur une terrasse encore ensoleillée, mais il était déjà parti quand je suis arrivée. J’ai eu le temps de choisir les deux morceaux de tissus qui me plaisaient et les dernières vapeurs de regrets se sont dissipées quand je l’ai vue arriver. Petite danseuse nattée qui a couru vers moi pour m’embrasser et me dire qu’elle était contente de me retrouver. Nous nous sommes dépêchées de la rhabiller, la robe glissée sur le collant et le justaucorps à volant.  les chaussons rangés de leur petit sac et un bisou bien élevé à la professeur au chignon parfait. Puis nous avons pris le chemin du retour. Ving-cinq kilomètres à discuter, écouter juste un peu ce que la radio racontait « maman, c’est quoi un ouragan ? ». Le mardi soir, à mi chemin, je quitte toujours la grande route en tournant à droite. C’est un autre intinéraire, plus sinueux, moins balisé, que j’aime emprunter pour prolonger le plaisir de ce trajet partagé. Nous n’oublions jamais de repérer la lune. Bientôt, il fera nuit noire à cette heure ci et je la laisserai chercher la grande ourse à travers la fenêtre. Pour l’instant, c’est l’étoile du berger qu’elle guette, quand elle n’a pas quelque chose de très important à me raconter. Pendant ce trajet, nous sommes sûres de ne pas être dérangées, elle sait que je peux l’écouter. Elle sait aussi qu’elle doit en partie ma disponibilité au mercredi qui vient juste après. Quelquefois, alors que personne n’est là pour nous contredire, nous échafaudons ensemble les plans de cette journée à venir. Toujours un peu trop chargés. Ce soir, nous avons regardé le brouillard s’étaler au bas d’une vallée, j’ai essayé de lui expliquer le phénomène sans me tromper. L’humidité, l’automne et l’eau qui s’infiltre pour ressortir en fumée, et sa moue qui aquiesce  quand je lui dis que "papa saura peut-être mieux que moi."  Nous sommes toujours toutes les deux pressées de rentrer, et pourtant quelquefois, quand j’entame la dernière portion de route avant d’arriver à la maison, quand j’arrive au dernier virage avant le panneau du village, je rajouterais bien un métrage  de bitume à notre chemin. Juste un petit moment à rouler avec cette petite fille qui me sait toute à elle, et moi, sa maman, qui la sent toute à moi.

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28 septembre 2009

le genre humain

humainsC’était un dimanche de fin d’hiver en 1981, j’avais dix ans. Mon père était à la tribune. Il y avait des discours qui n’en finissaient plus, des vieux messieurs partout et mon petit frère et ma petite sœur qui se poursuivaient sous les tables de la grande salle au plafond haut. Je devais veiller sur eux. Je ne sais plus très bien qui m’avait attribué ce rôle. C’est peut être moi après tout. Je rêvais de courir avec eux mais je me trouvais trop grande pour le jeu. Je n’arrivais plus à tromper mon ennui. Je ne connais pas le nombre exact de banquets et de défilés auxquels mon père nous a traîné pendant cette campagne électorale. La politique me dégoûtait déjà, autant que les jeux de pouvoir qui se jouaient devant moi. A dix ans, on est bien trop petite pour comprendre tout , alors on ne faisait pas très attention à moi.

J’attendais que les discours soient terminés. J’enviais mes frères et sœurs et leur course entre les rangées.

Mon père à la tribune, j’essayais de me trouver une petite place dans cette grande salle, là où personne ne viendrait m’embêter.

Ils se sont tous levés. Au moins ceux qui le pouvaient. La tête baissée et le poing levé, ils ont entonné l’Internationale d’une seule voix. Des milliers de voix qui n’en faisaient qu’une. J’ai vu ces vieux bonshommes se mettre debout. J’étais toute petite dans cette immense salle remplie d’anciens mineurs et d’ouvriers du textile. Je les ai regardés, ces vieux bonshommes dont je fuyait le regard quelques minutes avant. Ils ne faisaient plus qu’un seul homme. J’en ai vus pleurer. Je les ai entendus chanter. J’ai entendu leur voix s’élever et je pouvait toucher leur espoir, leur certitude que la vie allait changer. Un peu plus tôt j’étais cette petite fille perdue dans un endroit où elle n’aurait jamais du se trouver. Là, j’aurais voulu être des leurs. Je crois que j’ai chanté, tout bas, pour être sûre qu’ils ne m’entendraient pas. Je n’étais pas des leurs, je le savais. Je l’avais vérifié. A l’école, à quelques kilomètres de là, leurs enfants ou leurs petits enfants m’avaient étiquetée parisienne et fille d’intello-bourgeois. Je n’ai pas fait ce qu’il fallait. J’aurais voulu être des leurs, partager leur chant et devenir un petit grain sable dans cet océan d’humanité. Je les ai vu pleurer, le poing levé et croire que le monde allait changer.

Le 10 mai suivant, j’ai vu ma mère pleurer à son tour,  trop triste d’être seule avec ses enfants et de ne pas aller fêter cette victoire qu’elle avait tant espérée. Mon père était loin, quelque part sur une tribune réelle ou imaginée. Moi , j’avais dix ans et j’ai pensé à eux, ceux que j’avais vu pleurer. Des milliers d’hommes la tête baissée et le poing levé. J’ai pensé à leur bonheur ce soir là, et je l’ai partagé.

J’étais de tous les combats lycéens. Dans la rue, au milieu de milliers de révoltés, j’ai recherché tant de fois le sanglots plein d’espoir que j’avais vu ce dimanche là. J’ai toujours fui les tribunes et les podiums, je n’ai jamais aimé les victoires par peur de ce qui arrive après. Pas très loin du pire de ce que l’humain peut engendrer. Je déteste viscéralement les chefs et leurs attributs.

Je suis restée journaliste quelques années. Mes rédacteurs en chefs me regardaient d’un œil amusé quand je leur disais que je voulais aller voir les gens. Le reportage sur les jardins ouvriers et sur les fanfares en pays minier sont parmi mes plus beaux souvenirs. J’ai toujours rêver de passer ma vie à raconter la vie des gens. C’est ce que j’ai essayé de faire, pendant quelques années.

Et puis la vie nous a emmenés dans une autre ville de mineurs, loin de la première, plus petite et plus légère. IL n’y a a pas de hasard, je le conçois, mais c’est bien à lui que j’ai attribué la proposition qu’on m’a faite quelques mois après notre arrivée. Devenir assistante parlementaire. Je ne savais même pas en quoi ce métier consistait. Petites mains de la politique, j’ai eu la certitude d’être utile et me gardant d’approcher la tribune de trop près.

Deux ou trois fois pourtant, j’ai tenu entre mes mains le sésame qui m’a permis d’entrée à l’Assemblée. Là, j’ai vu les velours et les dorures, j’ai croisé celui qu m’avait donné la vie mais qui ne m’a pas reconnue, je les ai entendus, rire, se gausser, et j’ai vu comme ils étaient semblables, quel que soit le côté où ils se trouvaient, tellement loin du monde qu’ils devaient représenter et qui les attendaient, de l’autre côté du mur. Il y a sûrement du meilleur entre ces murs épais, je l’ai raté.  Le pire m'a écoeuré.

La campagne électorale faisait partie intégrante de mon métier. J’ai fais des milliers de kilomètres en voiture, en essayant d’y croire. Je me suis tue, par respect pour ceux qui y croyaient encore. Je n’ai pas aimé la victoire.

De ces quelques années, il me reste le souvenir d’avoir écouté du mieux que je le pouvais ceux qui arrivaient prêts à déposer les armes, plus assez de force pour aller chercher l’espoir. Nous étions deux dans le petit bureau de la rue piétonne, très loin des rideaux lourds de l’Assemblée. Je me souviens de nos mains qui tremblaient quand nous recevions un courrier en retour des requêtes que nous avions adressées. Quelques visas accordés, des emplois trouvés et, surtout, des dizaines de détresse qui venaient se poser là pour être écoutées. ET puis des refus, des fins de non recevoir, qu’il fallait annoncer. Et se battre encore.

Et puis en même temps, je retrouvais le plaisir d’écrire la vie des gens, avec ce livre que nous avons réalisé. Il était question de portraits, de raconter ces habitants anonymes de cette ville minière.

Puis j’ai changé de métier, on m’a changé de métier.

Vendredi, j’ai croisé Marie, elle portait une robe d’un rose éclatant, elle n’est pas grand-mère mais elle est amoureuse et nous a demandé des nouvelles de nos enfants. Quelques heures plus tôt, j’avais reçu par mail la confirmation que le livre pour enfants se ferait sûrement. L’histoire d’une petite fille dont les parents n’avaient pas de papiers. Cette histoire est inspirée par une petite fille que j’ai vraiment rencontrée. Je me souviens des larmes de sa maman quand je leur ai annoncé qu’elle, son mari et leurs enfants pouvaient respirer, pour dix ans. Je me souviens de la haine que j’ai éprouvée pour ceux qui leur avait fait connaître tant de peurs et de drames, en quelque mois. Et puis C’est aussi vendredi que j’ai appris que Julie pendait la crémaillère de son appartement. Il y a encore beaucoup d’Anisia, tant de Julie, tant de Marie, mais vendredi, dans la silence d’un jour qui finisssait, je me suis sentie faire partie des leurs. Sœur de toute ces femmes qui avaient tant lutté.J'ai vu ces vieux bonshommes aussi. Quoi qu'ils en disent, j'étais des leurs. Je ne me souviens plus très bien des paroles mais je garde le souvenir précis du silence qui a suivi, la tête baissée, et le poing levé.


photo Bruno le hir de Fallois

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Suzanne et Robert

suzanne                                                                                                                                                                                                                                                                                         Sur la photo, la jeune femme est très belle. Grande et brune, elle pose dans sa robe blanche à côté de son mari, un jeune homme fier. Robert et Suzanne se sont mariés en 1947, ils avaient tous les deux ving-six ans et Robert déjà 13 ans de mine derrière lui. Il a passé 35 ans au fond, d’abord aux Alouettes puis au puits Darcy. Il se souvient de cette nuit du 29 au 30 avril 1953. Emmuré de 8h du soir à 2h du matin avec deux de ses camarades, il a attendu qu’on vienne le délivrer. Dès le lendemain, déclaré « apte au travail » par les services de l’hôpital, il reprenait le travail.

Mais Robert a eu de la chance, aujourd’hui, c’est un vieux monsieur de 82 ans. Il sort des articles de sa cuisine deux articles découpés dans le journal. Sur l’un, la photo de la cérémonie qui a suivi le coup de grisou de 1958; sur l’autre, celle de l’autre puits, en 1939, où des mineurs avaient été tués. La petite maison de la mine qu’occupent Robert et Suzanne avait déjà habités par les parents de Suzanne. « Le lendemain de la mort de mon père, les gardes sont venus chercher ma mère » se souvient Suzanne.

Les veuves n’avaient pas le droit de rester dans les logements de la mine. « Ils revenaient tous les deux jours pour essayer de la faire partir » insiste Robert. A l’époque, le jeune couple n’avait pas le droit non plus à un logement. «  Alors nous sommes venus vivre ici avec maman, elle n’a plus eu peur d’être expulsée ». L’enfant, Suzanne et Robert l’ont longtemps attendu. « C’est comme ça, il n’est jamais arrivé. » IL est midi, Suzanne regarde les écoliers qui traversent la place pour aller à la cantine. « Je me suis beaucoup occupée de ma nièce et ses enfants sont un peu mes petits-enfants. » Elle a commencé à travailler à quatorze ans dans un atelier de confection de bas. Elle pose sur la photo avec sa sœur et les autres ouvrières. C’est en 1936 et l’une d’elle brandit une pancarte « honneur aux grévistes ; »

Suzanne et Robert ne se sont jamais inscrits à aucun syndicat. Mais ils ont fait grève. En 1948, elle a duré deux mois. « Chaque matin, je préparais la soupe pour tous les grévistes ». Robert y mettait tout ce qu’il avait pu récolter, « quelques pommes de terre, des choux raves, on s’est toujours débrouillés. »

Mais il n’y a pas que le travail dans la vie et « le dimanche c’est loto.» une horloge, un four à micro-ondes, un salon de jardin et même un téléviseur et son magnétoscope, ce n’est qu’une petite partie du butin ramené par Suzanne et Robert qui avouent avoir passé une bonne partie de leur retraite assis aux tables de loto. L’autre passion de Robert, c’est la fanfare. Il n’ a jamais été musicien mais grâce à son meilleur ami Alphonse, dont le père était chef de fanfare, il a été de tous les voyages et n’a jamais manqué une Sainte-Cécile. « Il fallait voir le kiosque de la place quand les musiciens se mettaient à jouer le 14 juillet. » Suzanne se souvient surtout du bal masqué pour le carnaval. « On louait des costumes et le temps d’une soirée =, on pouvait changer de cavalier. Je louais toujours une robe de reine et chaque année, j’étais la plus belle. » Robert confirme.

Un jour de 1996 alors qu’elle mangeait dans sa cuisine, Suzanne est tombée. « Accident cardio-vasculaire » ont annoncé les médecins. Depuis, Suzanne ne va plus chez le coiffeur et évite les salles de loto trop enfumées. Ses mouvements sont ralentis ses phrases moins sûres ; Elle a aussi arrêté de faire de la photo « ce qu’elle aimait le plus. » Avant, elle avait toujours un appareil photo autour du cou. Aujourd’hui, elle passe de longues heures à regarder ses photos en noir et blanc. Son père, sa mère, sa sœur dans la tranchée que les allemands avaient creusée devant la maison, les musiciens de la fanfare dans leur bel uniforme. Tout le monde est là. La mémoire de la vieille dame s’embrouille mais son regard reste perçant. Quand un invité quitte la maison, le « dansez-bien »qu’elle lui adresse n’ a rien d’une absence. C’est juste qu’elle aimerait tant voir encore les lampions du kiosque s’allumer.

photo Bruno Le Hir de Fallois

texte extrat de "Vie scommunes", publié en 2006.

 

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27 septembre 2009

de ce côté de l'étang

lac1lac2lac3lac4lac5lac6                                                                                                                                                                                                             Le fil est ténu et j’ai senti rôder la mélancolie. Celle qui, pendant des années, habillaient mes dimanches , et ne voulaient bien me quitter qu’une fois le lundi bien entamé. Je l’avais acceptée, et lui trouvait même un charme doux et rassurant. De toute façon, le dimanche suivant, elle reviendrait, il fallait bien l'aimer. Aujourd’hui, je l’ai sentie rôder. Le fil est ténu mais je n’ai pas eu de mal à lui résister. Je l’ai juste sentie là, tout à côté.
Je suis incapable de situer le moment de où j’ai choisi de ne plus me laisser enveloppée par cette tristesse de fin de semaine. Je ne sais pas quel est le premier dimanche que j’ai senti épargné par elle. Je sais que je me suis mise à tous les aimer, ces beaux dimanches, au point d’en vouloir sept par semaine. Il m’a fallu attendre très longtemps pour apprendre le goût du dimanche et des fins de semaines. ET d’alleurs je n’ai rien appris, je crois qu’il m’est venu avec eux et leur exigence. Celle qui m’oblige à être là, à ce moment précis, entièrement avec eux.
Je me perds encore dans mes pensées, quelquefois,  mais l’oreille distrète ne peut pas les tromper longtemps. Démasquée, je suis très vite ramenée à leurs moutons. Je crois que je dois beaucoup à cette exigence là. Et je crois même qu’au jeu de l’instant présent, je suis devenue aussi forte qu’eux.
Le dimanche soir pointait déjà le bout de son nez quand je suis montée pour réveiller Marcel ett lui annoncer que nous partions en pique-nique pour le goûter. Je voulais profiter du grand lac avec eux, aller voir si les feuilles des arbres commençaient à tomber.
Avec Blanche, j’ai cherché une nappe à carreaux, elle avait pris les pommes j’ai  trouvé le chocolat. Aimé a pris son panier, Marcel son doudou et ses amis du moment, puis nous sommes partis. Arrivés sur l’aire de jeux où ils aiment partir à l’abordage du grand bateau de pirate, nous avons trouvé deux gros chiens qui traînaient une laisse derrière eux. Je n’avais pas envie d’avoir peur, de me méfier,alors j’ai changé mes plans. Nous sommes partis du côté des pêcheurs. A cette heure-ci, ils étaient entrain de tout ranger. Il en restait deux sur une petite presqu’île. Les enfants ont attendu que le poisson morde mais les deux derniers pêcheurs sont partis le seau pas très rempli. Blanche a étalé la grande nappe et nous nous sommes assis. Le temps de manger et de boire un peu « on rentre pas tout de suite maman, tu promets ! ». Je leur avait demandé de ne pas s’approcher trop près de l’eau. Ils ont envoyé les cailloux le plus loin qu’ils pouvaient Marcel s’avançait, entièrement sourd à mes recommandations. Je crois que me faire peur faisait partie du jeu. je voulais bien de cette peur là. Je savais que dans le jeu, c'est ce rôle là qui m'étais attribué. Il a le sens de l’équilibre de ses frères et sœurs, des kilomètres de courses sur le petit muret.  Et puis nous avons ramassé des glands qui nous tombaient dessus, en pluie, regardé le vol du héron et regardé les canards qui s’étaient rassemblés. En rentrant, nous avons vu le gros soleil rouge passer derrière la colline, j’avais oublié qu’il pouvait disparaître aussi vite,  et la petite lune, en face, qui attendait  là depuis déjà un moment. Ce sont eux qui m’ont appris les dimanche. C’est avec eux que j’ai appris à aimer ce que les dimanche me proposaient, en me posant à leur côté, en me jouant de la mélancolie.

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26 septembre 2009

une chevalière

bague1bague2bague3bague4bague5bague6              Les enfants étaient prêts pour partir au marché, notre petit rituel de fin de semaine dont nous ramenons des légumes, du fromage, de la viande et du miel. J’étais en train de m’habiller quand je m’en suis aperçu. Le petit doigt de ma main droite était nu. Il en portait encore la marque, mais la chevalière avait disparu. Je me souvenais très bien l’avoir enlevée il y a deux jours à la piscine, puis l’avoir remise après. Et puis je ne me souvenais de rien après. Depuis deux jours, j’avais pu la perdre partout. J’ai vidé mon sac à mains, plusieurs fois, cherché sous les sièges de la voiture et dans mes poches de jean. Cette chevalière m’avait déjà quitté le doigt une fois. C’est moi qui l’avait demandée et les premiers jours, je n’avais pas réussi à la porter. Mais je m’y était faite, je ne la quittait plus jamais. Signe que moi aussi, j’avais ma place  dans  cette belle famille. Et puis surtout, je la trouvais très très  jolie glissée à mon doigt le plus petit. Il n’y a plus qu’elle qui comptait, je la cherchais partout, persuadée que c’est dehors que je l’avais perdue. Les enfants ne m’importaient plus, je ne l’entendais pas me dire que ce n‘était pas grave, je l’imaginais en train de penser à l’acte manqué. Je détestais cette pensée. Lui qui était resté plongé toute la matinée dans ce précis de la psychanalyse. Et bien d’acte manqué, je n’avais surtout pas envie d’en entendre parler. Et d’ailleurs, il ne me disais rien, ou juste qu’on allait sûrement être en retard au marché. Je ne voulais pas de cette perte là, je voulais juste retrouver ma bague et ne plus en entendre parler. Mais personne ne me parlait, juste moi qui n’arrivait pas à m’empêcher d’imaginer les reproches, en logorrhées. Tout allait si bien dans notre vie ces jours ci, hier encore au déjeuner, je parlais de ma joie. Hier soir, en m’endormant, je pensais que ce bonheur en était presque indécent. Trop de chance pour moi en ce moment. J’aurais mieux fait de regarder mon petit doigt. Ce qui n’aurait servi à rien puisque selon toute vraisemblance, la bague avait disparu depuis longtemps. En fait, je n’en savais rien. Ebétés, les enfants regardaient ma colère sans oser parler, suivant leur papa jusqu’à la voiture pour partir au marché. Je lui en voulais de ne pas me dire ce qu’il pensait, parce que j’avais une idée précise de ce qu’il devait penser. L’acte manqué, je savais. Et je me retrouvais, petite fille en furie, devant trois enfants circonspects, à lui jurer que je ne l’avais pas fait exprès alors qu’il ne m’avait rien demandé.
Les maraîchers étaient partis et il faudrait faire sans miel pour cette semaine. Plusieurs fois sur la route, je vérifiais que la bague n’était pas revenue, comme si de rien n’était, se glisser à la place que je lui avais choisie. Elle n’avait pas le droit d’avoir disparu. Me faire ça à moi, qui lui avait donné une place à mon petit doigt. Le samedi était déjà bien entamé et ils mangeraient des pâtes ce midi. Pendant ce temps là, je retournerais en ville, à quarante kilomètres de là ; dans la grande salle où j’avais du passer la journée. IL fallait que j’aille la chercher. Il ne m’a pas retenue.  Une petite chevalière dorée dans une salle des congrès, avec un peu de chance, je passerais avant les machines de nettoyage. Le salon où j’étais allée m’ennuyer toute la journée d’hier était terminé.
Quand je suis partie, Blanche m’a dit qu’elle espérait une étoile filante cette nuit « comme ça je lui dirai de retrouver ta bague, maman ». Il m’a dit qu’il comprenait ma quête, même un peu désespérée. Il n’était pas inquiet. Souvenir d’une écharpe que j’avais retrouvée au milieu des feuilles mortes sur le trottoir d’une ville endormie. Cette nuit là, j’avais repris ma voiture pour rechercher ce bout d’étoffe, en plein hiver, à trente kilomètres de là.
Je venais de partir, quand j’ai tourné à droite. Jeudi soir, il y avait eu cette réunion pour la cantine chez une voisine. Je suis allée frappée à la porte de sa maison, au cas où, pour ne rien négliger.  Personne ne m’a répondu. J’avais aussi téléphoné dans tous les endroits où j’étais passée depuis deux jours, sans grand succès un samedi midi. J’essayais de me dire que ce n’était qu’une petite bague après tout, un détail matériel dans une vie. Une tentative d’auto-persuasion qui n’avait aucun effet. Je me suis retournée pour reprendre la route. J’ai vu une petite pièce dorée qui brillait, un tout petit rond, enfoui sous les graviers. J’ai débord souri et puis j’ai cru reconnaître une pièce de monnaie. Je me suis approchée. Ma chevalière était là. Des voitures avaient du rouler dessus mais elle n’était même pas abîmée. J’ai repris la route, pour rentrer à la maison et reprendre le fil de notre samedi. Je crois que ma chance est indécente, c’est très bien ainsi.

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25 septembre 2009

elle, lui et moi

brunoCe matin, il est encore descendu pour partager un café avec moi alors que les enfants n’étaient pas encore levés. Puis il est sorti. J’aurais pu le suivre pour m’émerveiller encore de ce qui nous entourait. Mais c’était pour la retrouver qu’il est monté sur le petit muret. J’ai aperçu la fumée. Il lui avait  résisté pendant cinq mois et puis un soir, je l’ai vu se pencher vers un ami en train de fumer. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter.
C était il n ‘y a pas si longtemps, je ne sais pas exactement quand. Comme un enfant qui a peur de se faire disputer, il m’a d’abord caché qu’il l’avait retrouvée. Je l’ai su, très vite, au ton léger qu’avait repris sa voix, et sa vie.
Pendant cinq longs mois, je l’ai vu souffrir sans pouvoir ressentir ce qu’il ressentait. Je n’ai jamais fumé. Pendant cinq longs mois, nous avons attendu que sa mauvaise humeur veille bien le quitter, que ces accès de colère le laissent en paix. Je savais ce qui le mettait dans cet état  Les enfants aussi. Nous baissions la tête en espérant que le manque finirait par le quitter. Je crois que j’ai souhaité qu’il reprenne une cigarette, je crois que je lui ai dit. J’ai cédé avant lui.
C’est à sa bonne humeur, je crois,  que j’ai su qu’il l’avait retrouvée.
Pendant ces longs mois, alors  même qu’il luttait contre son envie, pendant ces longs mois où il me jurait qu’il en était dégoûté, et je crois qu’il en était dégoûté, je l’ai vu s’attaquer à des montagnes,  les gravir, les unes après les autres, et même en envisager d’autres. Je l’ai vu affronter ses peurs et retrouver confiance. Je crois que je ne serais jamais arrivée au bout du chemin qu’il a emprunté.  Pendant ces longs mois, il a croisé tant d’autres photographes qui avaient abandonné, il a simplement dit qu’il ne savait pas faire autre chose et il a continué. Son œil ne l’a jamais quitté.  ET puis, lui qui sait si bien regarder de l’autre côté du miroir que lui renvoie ceux qu’ils photographie, il s’est attaqué à son revers de miroir à lui. Pour l‘avoir déjà emprunté, nous savions tous les deux ce travail douloureux, ce chemin tellement sinueux. Je me suis tenue là, J'ai essayé de ne pas lui demander où il en était. Je pense qu'il n'en avais aucune idée.  Et pendant tout ce temps, il a réussi à la tenir éloignée. Je l’ai vu revenir à lui, retrouver le goût, je l’ai retrouvé aussi. Et puis un soir, j’ai vu sortir de sa bouche une volute de fumée. ET puis un matin, je l’ai entendu tousser. Je l’ai supplié. Ses enfants le supplient.
Mais je crois que je n’ai plus envie. J’aime sa gaieté, ses élans, son attention, la légereté de son ton même si sa voix recommence à se casser.  et si cette lutte nous âbimait.  Pour l'instant,  il est encore trop dur de lutter contre cette cigarette que je haie, celle qui me rappelle à chaque bouffée qu'elle finira par me l'enlever. Trop dur pour lui, trop dur pour nous. Je sais aussi que c’est la plus grande victoire qu’elle remporterait. Nous faire croire, à nous, comme à lui, que c’est à elle qu’il doit sa légèreté retrouvée.

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24 septembre 2009

tout autour

autourA la faveur d’un rendez-vous avancé, je suis rentrée plus tôt à la maison. Je savais que les enfants ne seraient pas contents si j’allais les chercher plus tôt. Ils n’auraient pas eu le temps de s’amuser chez la nounou. Je n’ai même pas ouvert la porte de la maison. Je me suis allongée dans le jardin et j’ai senti que l’herbe humide avait mouillé mon chemisier. Ma journée de travail était terminée. J’ai défait la bride de mes chaussures, des chaussures à talons, des chaussures que les enfants trouvent « trop belles parce qu’elles ressemblent à des chaussures de maman. »

J’ai entendu leurs cris. Je crois que même quand ils seront grands, ce jardin résonnera de leurs rires et de leurs colères. Tout à l’heure, je passerai un moment dehors avec eux. J’ai pensé à ce matin, à notre petit déjeuner tous le deux.C’est lui m’avait entraînée dehors pour que je vois la beauté du jour qui s’était déjà levé depuis un moment mais n’avait pas encore complètement dissipé les lambeaux de brumes encore accrochés dans les champs. Il est mon unique, je l’ai trouvé. Lui à qui il suffit de me regarder pour me savoir, entièrement. J’ai pensé à la manière dont nous nous aimions, aux amis que nous avions perdus, à ceux qui avaient resisté. J’ai souri en pensant à celle qui j’avais oublié de dire que sa filleule, ma fille, était née. Ele était très loin, j’étais très occupée. Quinze ans après, quand elle me dit que mes billets quotidiens me ressemblent et qu’il faut continuer, c’est elle que j’écoute. Sans ses encouragements, je crois que j’aurais arrêté depuis longtemps. J’ai pensé à toutes ces amitiés pleines de liberté, j’ai senti le souffle doux de celles ,naissantes, et des autres, plus ancrées. C’est donc vrai, je pourrai le dire sans mentir à mes enfants, qu’on peut aimer à l’infini, l’infini et son retour.

J’ai pensé aux gestes de ma grand-mère qui me surprennent quelquefois dans mes propres gestes quotidiens. Et puis à ma mère, et à la liberté de ce lien qui n’a plus besoin de nœuds serrés pour ne pas s’envoler, à la peine que j’avais du lui infliger pour sortir de la cape dans laquelle raisonne encore la maison pleine de fenêtres et les marches de l’escalier. Ces chansons, je les chantent encore quand j’ai besoin de traverser des ponts trop grands. J’ai pensé à mon père et à sa façon d’écarter ce qui le gêne d’un revers de la main. J’espère que sa main ne m’a pas envoyée trop loin. ET si je n’ai plus besoin de cet amour pour avancer, pour combler le trou béant je veux croire qu’il m’aime un peu , encore, au nom des souvenirs que nous partageons toujours. Et puis j’ai eu d’autres repères, et c’est à eux que je veux faire de la place aujourd’hui. A celui qui ‘aura jamais l’âge d’être mon père mais qui cru en moi et jalonné mon parcours de petits mots confiants. J’ai pensé à mes frères et sœurs, à ceux avec lesquels je partage un père ou une mère, un père et une mère, à ceux que mes combats ont du blessés. Je leur dois aujourd’hui cette certitude qu’on peut s’aimer en étant si différents, au nom des ces dimanche entiers à construire un monde nouveau, en playmobils et en plaques légos, où à écouter Mozart un dimanche de pluie. Je leurs dois ces surprises, souvent, et la découverte que nous ne sommes pas si différents

Comme les enfants qui égrainent les prénoms de ceux qui les aiment avant d’éteindre la lumière, je me suis accordée ce plaisir, tout à l’heure à la faveur d’un rendez-vous avancé, les pieds nus dans l’herbe mouillée. Je n'avais pas besoin d'être rassurée, je n'avais pas de plaie à panser. Ils sont simplement venus comme celà, parce que je les y ai invités. Je les ai sentis, là, tous autour de moi, et j’aurais voulu qu’ils sentent à leur tour , à ce moment précis, tout ce que j’avais à leur envoyer.

ET puis c’est à elle que j’ai pensé. C’est elle que j’ai vue. Ma grande fille de quinze ans. Elle qui m’a tant appris en un tout petit mois, une éternité de quelques jours. Je crois que depuis que je suis née, depuis que le métal a cisaillé le cordon, je n'ai cessé de lutter contre cette frayeur qui me rattrapait. Depuis qu’elle est partie, je n’ai plus peur. je ne crains plus que le lien soit coupé. C’est par elle que l’évidence s’est imposée, celle que que des années de divans m’avaient juste aidée à effleurer.

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23 septembre 2009

vacances en ville

lyon1lyon2lyon3lyon4lyon5lyon6                                                                                                                                                              Je lui avais demandé si nous pouvions l’accompagner. C’était un mercredi et je savais que lui aussi avait envie de me montrer l’endroit où il fait désormais développer et tirer ses photographies. Et puis je n’étais pas allée en ville depuis très longtemps et j’en avais entendu les bruits, le week-end dernier, quand il m’avait téléphoné.

J’ai tellement aimé ma vie citadine, pendant plusieurs années au bout d’une petite rue pavée du vieux-Lille. Nous vivons au milieu des prés depuis presque sept ans et la ville ne me manque pas, toujours pas, j’ai juste besoin d’en prendre quelques bouffées de temps en temps. Aujourd’hui, Blanche nous expliquait qu’elle aimerait « vivre à la campagne et avoir une maison de vacances ici ». Je crois que je suis un peu comme elle, j’ai besoin quelquefois de sentir le parfum si particulier qui s'échappe des terrasses de café, l'odeur du bitume très emprunté. J'aime aussi me laisser griser par ce tumulte au milieu duquel je me sens toute petite. Je redevient très vite un rat des villes.

A Paris, j’ai tous mes repères, les adresses que j’aime retrouver, des gens que je connais. De la ville où nous sommes promenés aujourd’hui, je ne connais presque rien. J’ai même longtemps cru qu’elle n’était qu’un tunnel qu’on traverse une ou deux fois par an. Je suis venue à Lyon quelques fois depuis que nous habitons chez nous et à chaque fois, j’ai aimé un peu plus cette ville. Nous sommes sortis de cet endroit où il avait discuté de taille de tirages, de blanc et de gris. Plus tôt, nous avions déposé d’autres photographies et c’est de couleurs dont il s’était agit. La prochaine fois qu'il viendrait ici, je pourrai l'imaginer et me promener un peu avec lui. J’avais aperçu sur la petite place d’à côté un restaurant qui se disait syrien. Nous sommes allés demander si nous pouvions y déjeuner avec trois petits enfants. L’accueil réservé aux petits nous a immédiatement replongés dans les souvenirs de ce petit bout de planète que nous avions tant aimé. « Moi , vous savez, j’ y suis allée en Syrie » racontait Blanche au monsieur du restaurant alors que Marcel courait après les pigeons qu’il espérait attraper. Il m’a emmené voir la bourse du travail, « je savais qu’elle te plairait » et nous sommes montés jusqu’à la croix rousse par les petites rues escarpées. J’aime retrouver la ville de temps en temps et m’y promener seule, me perdre au milieu des passants. Aujourd’hui, j’étais avec lui, avec eux, trois petits enfants pas très habitués qui s’émerveillent de tout, et surtout quand ils voient le petit bonhomme passer au vert. Aujourd’hui, j’ai aperçu quelques vitrines, essayé de retenir quelques adresses qui me donnaient envie de revenir. Il y avait surtout cette si jolie écharpe, mais je m’étais interdit toute folie, même petite. ET cette folie n’était pas toute petite, alors j’ai pensé à mon anniversaire, à Noël aussi. J’ai échafaudé des plans pour un bout de laine qui était déjà très loin derrière moi. Et puis je n’en avait pas besoin. Pas tout de suite, ce n’était pas possible, il y avait bien d'autres choses à faire avant. Il faisait beau et l’écharpe aurait été de trop. Nous avons continué à nous promener, n’essuyant qu’un petit drame pour une glace à la vanille. Les danseurs de rue ont fasciné Aimé et j’ai promis à Blanche que nous reviendrions. il était tard mais les rues étaient encore pleines quand nous sommes partis pour rejoindre la maison. A mes pieds, il y avait un petit paquet. Une écharpe à carreaux. Un cadeau qu’il était allé chercher en se garant n’importe comment, un cadeau pour rien, juste pour se souvenir de cette journée.

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22 septembre 2009

un an de printemps

maison1maison2maison3maison4                                                                                                                                  Hier matin, sur la route de l’école, nous avons vu les chasseurs rassemblés. Ils étaient prêts. Des champignons ont poussés entre les carrés du potager et les frelons fatigués cherchent à rentrer dans la maison. Même le calendrier et la radio me l’ont rappelé  toute la journée. C’est l’automne et bientôt, c’est à la nuit tombée que je rentrerai à la maison.

Hier soir, Blanche m’a demandé de lui lire le nouveau livre que la postière lui avait déposé. Une dame leur avait envoyé de très loin. L’histoire d'une petite fille qui connaît bien la neige et les jeux qu’elle permet. Blanche avait envie de Québec et d’hiver, de courses de luge et d’écharpes nouées. Moi aussi je m’y voyait, en oubliant comme fevrier peut être humide et gris. Je ne pensais qu’à l’hiver que j’imaginais traverser, qui viendrait après cet automne à peine commencé, les saisons d’un livre d’images, le même paysage qui change de couleur quand on tourne les pages. Blanche énumérait déjà les plaisirs de l’hiver et je voulais bien l’accompagner, enveloppée que j’étais dans mes draps de printemps.

 C’est comme ces jours d’avril encore beaucoup trop froid pour se découvrir, oublier le fil qui protège des dernières attaques de gelées, c’est comme ces premiers soleils qui n’arrivent pas encore à chauffer mais qu’on sait installés. C’est comme un frémissement, un souffle qui fait des picots sur la peau. C’est comme la certitude que tout va bien aller sans savoir trop bien quoi exactement. C’est comme cette saison incertaine et pourtant si sûre d’elle, parce qu’elle annonce les beaux jours et de longues plage de soleil.

Puisqu’il m’indiquait l’automne j’ai regardé le calendrier, j’ai suivi le fil des mois, jusqu’au prochain été, et encore après. Cette année je veux bien encore jouer au jeu des saisons. Bientôt, nous remplirons nos bols de soupe au potiron et de crème de marron. Nous emmènerons les enfants dans les bois ramasser des cèpes et des bolets puis je me glisserai dans l’hiver en attendant Noël. Mais c’est de printemps que je me sentirai encore habillée.

Il m’est impossible d’expliquer les raisons exactes de cette impression, de cette sensation que tout ne fait que commencer. J’ai longtemps dit à qui voulait l’entendre que mes meilleures années seraient celles que je vivrai entre trente et quarante ans. C'était une certitude, une affirmation. J’ai tellement aimé les presque neuf années que je viens de vivre, un peu comme je l’avais imaginée, en mieux, forcément. Je n’ai aucune idée de ce qui se passera pendant celles que me m’apprête à aborder. « A l’abordage ! » crie tout le temps Aimé. Je m’aperçois maintenant que je n’avais même pas pensé à toutes ces années qui s’offrent à moi, celle qui arrivent alors j’ai construit la vie dont je rêvais. J’ai beaucoup rêvé, j’ai beaucoup construit. Il  reste encore quelques petits rendez que je m’étais fixés avec la vie et puis après, je crois que je ne sais pas, et c’est exactement ça qui me ravit.

maison5

Posté par marionl à 17:40 - jour après jour - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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