Marie"Je suis une enfant de la DDASS" annonce Marie, sans fierté et sans larmes, juste pour expliquer tout ce qui suit. Née avec la tuberculose en 1960, placée en pouponnière puis en foyer par les services sociaux, elle voit ses parents le week-end et pendant les vacances.
Elle travaille dès qu'elle a seize ans. D'abord comme nounou à domicile, dans les bureax de la Mine, puis comme emplyée de station service la nuit sur l'autoroute. Elle part au Maroc où elle travaille dans un restaurant touristique. Puis Marie tombe amoureuse, follement amoureuse. Il est routier et avec lui elle part faire des milliers de kilomètres.
Jusqu'à ce que son médecin lui conseille de se reposer, elle est enceinte de trois mois et doit faire attention pour le bébé. Alors Marie attend le retour de son homme. Elle sait qu'il part pour de longues périodes et ne s'inquiète pas quand ses missions se prolongent. "le jour où ses collègues m'ont appelée pour me dire qu'il avait eu un accident, je me suis évanouie."
Marie apprend qu'il y a plusieurs semaines déjà, l'homme de sa vie est mort sur une route d'Angleterre. Elle donne naissance prématurément à un petit garçon qu'elle a décidé d'appeler Yoann. "je voulais Johann, comme le compositeur, mais la mairie de Mâcon n'a pas voulu."
Quand elle sort de la maternité, Marie se retrouve dans la rue. "On m'a proposé un foyer mais ce n'était pas un endroit pour mon bébé."
Avant l'accident, il lui arrivait d'aller se reposer dans la caravane que son compagnon avait installée dans l'Yonne. Elle s'y réfugie pendant trois mois. Elle vit de bons d'alimentation et refuse d'être envoyée en foyer. "je prégérais mourir avec mon bébé"
Elle trouve nefin un foyer qui l'accepte avec son fils au Creusot, heureuse de revenir en Saône-et-Loire, "de retrouver mes racines"
Là, elle apprend qu'elle a droit à des aides et des allocations, peut prendre un appartement à Montceau et acheter des meubles. elle s'installe avec son fils. "J'ai même pu reprendre contact avec mes parents".
Marie devient nounou. "pendant quinze ans, j'ai élevé plein d'enfants. Plus il y en a autourde moi et plus je suis heureuse."
Mais en 2000, après un infarctus, Marie se réveille à l'hôpital de Dijon. A la fin de son mois de convalescence on lui annonce que "pour des raisons de santé, son agrément de nourrice lui est retiré."
Elle travaille pendant deux ans à l'Atelier du coin." Avec une vingtaine d'autres personnes reconnues en invalidité, elle apprend la gravure et surtout "garde le contact avec le monde." Cette structure avait été créée à l'origine pour la réinsertion de patients souffrant de troubles psychiatriques. Aujourd'hui, que l'invalidité des pensionnaires soit physique ou d'origine psychiatrique, ils souffrent tous de la double peine: maladie et exclusion, sans qu'on sache vraiment laquelle est responsable de l'autre.
Marie a terminé son contrat à l'atelier, elle y retourne régulièrement "pour s'occuper" et continue à faire des heures de baby-sitting.
Mais aujourd'hui, Marie est fière. Son fils est cuisinier. "Il travaille dans une pizzeria, vit dans son appartement et s'est payé tout seul son permis de conduire." Elle se dit qu'"elle y est sûrement pour quelque chose."
Elle n'a pas refait sa vie. des histoires oui, mais jamais un autre grand amour. Quelquefois, son fils lui dit qu'elle reste amoureuse d'un fantôme. Ce qu'elle attend maintenant, c'est d'avoir des petits enfants.

photo: Bruno Le Hir de Fallois