tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

31 juillet 2009

loin d'eux

loin1loin2loin3loin4                                                                                                        Elle lui dit qu’elle pourra toujours se débrouiller, retomber sur ses pieds. Et si un jour il partait, malgré sa peine elle recommencerait, elle le sait, intimement persuadée qu’elle s’en sortirait. Il déteste quand elle le lui dit, il déteste qu’elle puisse le penser.  Quand il est parti pour travailler quelques jours chez un ami, il lui a dit qu’ils allaient peut-être se sentir mieux sans lui, libérés pour un temps de ses angoisses et de sa peur de ce qui pourrait arriver. Il est parti chez un ami et lui aussi semblait léger. Derrière la main qui disait à très vite, il y avait le regard rieur et un peu pressé de s’en aller.
Quand ils sont arrivés dans cette maison pour s’y installer, il partait presque la moitié de l’été, par petites tranches de quelques jours, jamais bien longtemps mais très régulièrement. Elle s’était alors construit une vie sans lui, à occuper ses journées comptés jusqu’au jour où il reviendrait. Prendre des bains, manger moins, se faire plus jolie pour quand il arriverait et changer la maison aussi. Bouger les meubles ou les repeindre, simple proposition pour quand il reviendrait. Il y avait mademoiselle Joséphine qui retrouvait une maman rien que pour elle,  puis mademoiselle Blanche est arrivée. ET puis il est moins parti, il a moins travaillé. Monsieur Aimé et monsieur Marcel sont à leur tour venus et les enfants ont pris l’habitude de retrouver ce papa qui s’occupait d’eux à la maison. Elle aussi. IL s’est même demandé s’il n’avait pas envie de tout arrêter pour rester ici, ne plus courir après des commandes incertaines pour s’occuper des enfants. Envie balayée en une matinée d’enfants grippés.
L’autre jour il est parti deux nuits, cinq cette fois ci. Ici, ils ont retrouvé la vie sans lui. Des dîners vite faits, des jeux qui durent plus longtemps et une maman beaucoup plus conciliante et peut-être plus disponible aussi. Une maman sans mari, c’est une maman qui n’est là que pour les écouter, toute la soirée. Plus de petits  moments réservés aux parents juste avant le dîner, plus de café au réveil seule avec lui. Et pourtant, il sont les premiers à remarquer « tu vas bien maman ? ». Pas si mal que ça, elle est juste ailleurs quelque part avec lui, là où elle l’imagine, elle le voit travailler. Il manque à eux aussi, qui demandent plusieurs fois par jour où est leur papa. Elle entend aussi que « c’est vraiment mieux quand Bruno est là ! » et répond qu’elle le sait. Au téléphone, il écoute les récits de ces petites tempêtes alors qu’elles sont déjà terminées. Elle lui raconte toutes ces petites choses sans importance mais en oublie la moitié. Ils lui raconteront tout bien mieux quand il rentrera. Il verra qu’elle ne s’est vraiment pas mal débrouillée. Elle n’en démordra pas mais elle lui dira aussi que c’est tellement mieux quand il est là. 

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30 juillet 2009

grand écart

marion1marion2marion3marion4                                                                                                          « tu viens Marcel, on va jouer ! » C’était hier après-midi, monsieur Aimé venait chercher son petit frère, sommé de l’accompagner. Les vacances changent les habitudes et tissent d’autres liens, toujours changeants. Jusqu ‘à maintenant le grand et le petit frère partageaient leur chambre et l’heure du coucher, le plus petit admirait le plus grand fier comme un paon. Petit à petit, c’est une vraie histoire qu’écrivent ces deux petits garçons entre lesquels l’écart semble se rétrécir tout le temps. Monsieur Aimé est grand, et depuis que tout le monde autour de lui en est persuadé, il joue volontiers avec ce petit frère  qui ne le rattrapera jamais. Monsieur Marcel sait jouer au ballon comme personne, il a appris à escalader le petit muret. S’il ne va pas aussi vite qu’il le voudrait quand il veut suivre les grands, c’est simplement parce que son doudou s’emmêle dans ses pieds. Pour l’instant, monsieur Aimé et monsieur Marcel semblent avoir moins besoin de se mesurer, ou plus de la même façon.
Plusieurs fois ces derniers temps, ils sont partis tous les deux refermant la porte derrière eux. Sur leur voiture ou sur leur vélo, eux seuls connaissent l’histoire qu’ils sont en train de se raconter, où juste mademoiselle Blanche quand elle est invitée à la partager. Mais ce soir, la petite fille n’était pas là, invitée à partager une nuit au bord du lac, une veillée sous le tente avec d’autres enfants. Les deux petits garçons ont juste demandé où elle dormait, avant de retourner jouer. C’est l’été, et la grande table du rez-de-chaussée n’est jamais dressée de la même façon.  Il y a encore des coups, de moins en moins souvent, et les larmes sont vite séchées. Ce soir, monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient assis l’un en face de l’autre, le plus petit sur une chaise, le plus grand sur le banc. L’omelette à peine terminée, monsieur Aimé a demandé s’il pouvait quitter la table et sans attendre la réponse, il a couru vers le jardin. Le ton que monsieur marcel employait ne laissait aucun doute sur la question qu’il posait. Lui non plus n’a pas attendu, préférant risquer de manquer le désert pour suivre son frère. Ce soir à l’heure de l’histoire, monsieur Aimé a souri quand madame L a dit a monsieur Marcel qu’il était très embêtant et qu’il devait arrêter de gigoter tout le temps. « Oui Marcel, t’es vraiment embêtant ! ».Alors monsieur Marcel s’est assis sur les genoux de sa maman et jusqu’à la fin de l’histoire, il n’a plus bougé. Presque plus, juste quelques doigts de pieds.

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29 juillet 2009

des légumes et des fruits

marche1marche2marche3marche4marche5marche6                                                                                                                                                                Ils n’étaient jamais allés tous ensemble à ce marché. Ce ne serait pas encore pour aujourd’hui, mademoiselle Blanche étaient au centre de loisirs entre danse africaine et goûter antillais. Monsieur Aimé est encore dans cet âge où il décide de bien aller juste après avoir pleuré, où la seule perspective d’une promenade au marché le ravit. Monsieur Marcel était enthousiaste aussi. Une jolie petite ville qui mériterait qu’on s’y arrête de temps en temps, un peu désuète, un peu vieillotte, un peu comme ce couple qu’ils surprenaient assis à pique-niquer entre le parking et le canal, à midi pile, avec une nappe ur la table pliante. Ils n’étaient qu’à vingt kilomètres de chez eux, entourés de vacancers et de gens d’ici qu’aucun mois de juillet ne viendraient perturber. Ils n’étaient ni les uns ni les autres, tantôt les uns, tantôt les autres. C’était une toute petite ville mais les deux petits garçons étaient fascinés par les motos qui passaient. C’est la petite ville du collège et du lycée où sûrement, ils iraient. C’est la petite ville où leur grande sœur venait de passer quatre ans au collège. C’est elle qui connaissait le mieux les lieux ici. Ce matin, le soleil écrasait le soupçon de tristesse qui frappent souvent ces petites villes à moitié désertées. Ce matin, tout avait l’air gai. Et madame L commandait une menthe à l’eau pour ses deux petits garçons à la terrasse du café, forcément. Petite fille, c’est toujours ce qu’elle buvait à la terasse des bistrots l’été quand elle avait la chance de pouvoir y accompagner un grand. C’était une fête, forcément.
La fraîcheur de la maison les attendait. Après le déjuener de légumes et de fruits frais, pendant que les petits plus ou moins grands se reposaient, ils retournaient tous les deux du côté du chantier. La bibiothèque, lui au marteau elle au pinceau. Elle avait toujours aimé bricolé à côté de lui, chacun d’eux concentré sur ce qu’il avait à faire, mais là pour écouter ce que l’autre avait à lui dire. Sauf pendant qu’elle  peignait le tour des miroirs, concentration maximale exigée. Les deux armoires étaient déjà toutes noires et les étagères presque terminées. Promis, elle attendrait qu’il rentre de voyage pour y installer les lvres avec lui. Il restait un tout petit peu de peinture dans le pot, mademoiselle Joséphine et monsieur Marcel dormaient encore et monsieur Aimé décidait qu’il était heureux d’aller chercher mademoiselle Blanche à pieds. Un petit bout de promenade tout seul avec son papa et sa maman les habits de peintre maculés encore sur le dos.  tout seul avec eux, jusqu’à l’église d’en haut.

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28 juillet 2009

le bruit des clous

soir1soir2soir3soir4soir5soir6Souvent, elle colle à la peau, engourdit la pensée et ralentit les gestes.  mais ce soir,  elle est là comme une douce amie. La fatigue a sa volupté. Laisser ses petites douleurs aller, ce genou qui n’en finit pas de se rappeler à elle et ce dos qui a beaucoup porté, savoir que tous ces muscles fatigués pourront bientôt se mettre au repos. Il y a ces soirs ou il est possible de ne pas lutter. Les enfants ont joué dans le jardin puis ils ont accepté de monter se coucher, leurs petites antennes ont compris que l’heure était venue et que ce n’était pas la peine d’insister. Et puis il y a monsieur L qu’elle entend juste à côté taper sur les derniers clous. Les étagères à livres sont bientôt terminées. C’est peut-être le meilleur, difficile à avouer. Etre allongée sans rien donner à cette soirée qu’un petit billet et l’entendre travailler, se dépêcher pour que demain, elle puisse peindre la bibliothèque qu’il aura terminée. C’était au programme des vacances et les vacances ne sont pas encore commencées. Ce soir,  elle goûte à la douceur de ne rien faire quand les bruits alentours trahissent une intense activité. Elle pourrait se sentir coupable de ne pas s’y mêler, Mais elle ne saurait pas comment s’y prendre pour l’aider. Et puis elle est fatiguée. Demain, elle s’y mettra, c’est certain. La peinture, elle connaît. C’est son rayon depuis longtemps.
Ce soir, elle n’a pas proposé à monsieur Aimé de faire le pain, puisqu’elle n’a pas fait de pain, et il n’y a pas de yaourts pour demain. Le fil des soirées reprendra , avec son lot de machines à yaourts, à laver et à pain, mais pour demain, il faudra encore un peu se débrouiller. Peut être qu’elle descendra quand même pour mélanger l’eau et la farine juste avant d’aller se coucher, mais à l’heure q’il est, elle n’a pas envie de s’engager.  Se réserver des moments  pour ne rien faire, même pas dessiner de plan, c’était aussi au programme des vacances qui n’ont pas commencé. Ce soir, elle n’a pas pu s’empêcher d’y goûter. Juste une lichette d’inactivité pour vérifier qu’aucun des ingrédients n’avaient été oubliés. C’est si bon. Encore une semaine, ce sera si long. Elle est si fatiguée, elle aura peut-être encore le droit de goûter.   

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27 juillet 2009

par avion

calindusoircalindusoir2Il y avait d’abord la grosse armoire à vider et le plaisir de prendre les feuilles  annotées par brassées avant de les jeter. La jeune fille aurait pu choisir de garder quelques devoirs en souvenir, elle avait choisi de se débarasser de tout ce qui pourrait être lourd. Les gros sacs se remplissaient beaucoup plus vite qu’on le pensait. La chambre resterait la sienne, rose et verte comme elle l’avait choisie pour son entrée en sixième,  mais pas comme un mausolée. On ne viendrait pas ici faire la poussière en attendant le retour de la jeune fille adorée. Elles en avaient déjà discuté toutes les deux, décidées aujourd’hui à entamer le tri. Et puis il ne fallait pas attendre le dernier moment, ce serait trop triste, sinistre. Cette pièce servirait de chambre d’amis et peut être un peu de bureau pour monsieur L, et puis elle redeviendrait sa chambre, le temps des vacances ou celui d'un été. Mademoiselle Joséphine triait ses photos, souvenirs qu’elle choisissait d’emmener en partie. Elle était décidée, seule à savoir ce qui devait partir et ce qui pouvait rester. Elles riaient quand les petits sont arrivés. Un chat doré pour monsieur Aimé, un doudou pour monsieur Marcel et une collection de petits carnets, de sacs et de trucs de fille pour mademoiselle Blanche qui les empilait, ils avaient chacun leur lot à emporter. La grande fille  leur montrait les photos de la maison où elle allait habiter. Les petits commençaient à réaliser « moi aussi, je veux partir à Singapour maman ! ». La grande valise à souvenir était déjà presque pleine « et puis je pourrais encore en prendre à la Toussaint quand je reviendrai ». Madame L acceptait d’être la gardienne de quelques souvenirs précieux. Elle proposait même de conserver la petite carte offerte pour la rentrée au CP et puis quelques photos auxquelles elle tenait, parmi celle que la jeune fille décidait de ne pas emmener. Elle rangeait dans trois petites boîtes rondes les souvenirs que la jeune fille voulait garder, mais pas emporter. Elle souriait en l’imaginant ouvrir les couvercles de ces boîtes dans quelques années ou quelques mois. Cette chambre paraissait bien vide sans carte ni grigri. Le gros nounours de l’étagère était bien lourd, et très volumineux. Mais bien empaqueté il ferait le voyage lui aussi. La canne était déjà âbimé, c’était peu être un peu trop risqué de l’emmener. « Tu pourras peut être la prendre à la Toussaint ? ». La jeune fille était fatiguée, un peu perdue au milieu de tous ces trésors à empiler de chaque côté d’‘une ligne grand courrier. Il restait encore du temps, elles reprendraient le rangement ensemble, un jour d’humeur légère. Pour l’instant, elles s’accordaient un câlin sur le canapé, une petite fille et sa mère, pour un moment bien loin des petits cailloux blancs qu'elles avaient semés, rangés, empilés et triés. Ce souvenir là, elle pourrait à la fois l'emmener et en laisser un bout, et puis il serait si léger à glisser dans la grosse valise noire. Puis elle pourrait en emporter plein d'autres à la Toussaint.

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26 juillet 2009

quatre parfums

sucette1sucette2sucette3sucette5 sucette4sucette6               Une, deux, puis trois chacun, c’est parce que c’était dimanche et parce que mademoiselle Joséphine avait décidé de partager. Les sucettes étaient à elle, cadeau d’anniversaire qu’elle avait bien caché pendant une semaine avant de se faire surprendre le paquet dans les mains par trois affamés du sucré. Monsieur L  a choisi son parfum et madame L a préféré un petit café, allongée dans l’herbe du jardin. Il était presque l’heure du goûter et cette fois encore, ils venaient de finir le déjeuner. Elle regardait les feuilles de l’érable qui remuaient, le chat noir et blanc qui essayait de chiper les restes du poulet. Celui-ci, ils ne l’apprivoiseraient jamais. Elle avait oublié cette sensation, regarder le monde qui l’entourait à ras-de-terre, comme les insectes de l’été, comme les grillons qu’elle surprenait de plus en plus nombreux dans la maison, sûrement à la recherche de coton ou de soie à dévorer. C’était ça aussi l’été ici. Et des mouches, partout. Dans l'herbe, aucun de ses petits habitants ne pouvaient la déranger. Elle avait promis à mademoiselle Joséphine de l’aider à commencer le tri de ses quinze ans de vie. Une armoire, des étagères et un bureau à vider. Quand elles sont sorties, il faisait encore beau, Il fallait reprendre le cours de la vie ici. Monsieur L a trouvé lui aussi que c’était une très bonne idée de prendre un apéro en désherbant le potager. Les tomates avaient souffert mais les pieds de courgette commençaient à se remettre de l’orage de grêle et juste derrière le figuier qui venait de renaître, un arbre ordinaire venait de se transformer un prunier, croulant sous les fruits encore un peu petits. Une année à fruits disait tout le monde ici. une année magique pour les  apprents-jardiniers qu'ils étaient. Encore un arbre qui échappait à l’arrachage de l’automne prochain, celui qui permettrait un potager plus grand, pour semer des fleurs l'an prochain. Mademoiselle Joséphine expliquait la vie de la tomate à monsieur Marcel et goutait avec lui les herbes aromatiques. C’est à cette heure ci que les parfums étaient les plus forts. Et monsieur L s’en allaient avec eux faire un tour du jardin pour leur démontrer que l’odeur du chèvrefeuille n’est pas du tout celle du jasmin. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé arrivaient pour goûter eux aussi aux tomates épargnées. Il était peut-être tant de préparer le dîner, mademoiselle Joséphine allait vérifier. Pas encore prêts à se fier au soleil, à cette heure ci d’habitude, les enfants se préparaient à monter se coucher. Sales comme ils étaient, collants et  sucrés, il fallait encore les baigner, les frotter et les faire manger. « Des pâtes au beurre ça vous va pour ce soir ? ».

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25 juillet 2009

en bouquet

bois1bois2bois3bois4bois5bois6bois7bois8                                                                     C’est une journée qui arrive à point nommé, qui prend ses aises parce qu’elle sait qu’elle est suivie par une autre qui n’aura rien à lui envier. Une matinée qui commence avec un café que les enfants agités n’arrivent pas à perturber, des amis qui viennent parler de choix de vie et d’envies. Un peu  de rangement  pas dérangeant parce qu’il fait la maison jolie et un déjeuner en deux parties, les enfants avant et les parents après. « maman, tu peux me dire quand on ira faire le bouquet ? ». Avant, il faut coucher monsieur Marcel et faire une petite sieste aussi, comme elle se l’est promis. Etre réveillée par une petite fille qui a fini son trop beau dessin et puis décider d’aller enfin cueillir ce joli bouquet, juste en lisière de forêt.
Elle devait y aller seule avec les trois petits et finalement monsieur L les a suivis, mademoiselle Joséphine et son meilleur ami aussi Tout le monde est parti pour une promenade en forêt, une heure qui peut s’étirer parce qu’on peut dîner un peu plus tard aujourd’hui. Une heure qui peut en prendre deux pour chercher les fleurs, ramasser du bois et essayer de se taire pour écouter les oiseaux chanter. C’est une journée comme on en a vécu tant ici, une de ces journées pour lesquelles on a changé de vie, pour le plaisir de se dire qu’après, on pourra s’asseoir sur le petit muret, regarder les ânesses et les chevaux venir se désaltérer. Ce soir, on a  même découvert que le petit figuier qu’on croyait mort depuis longtemps était couvert de feuilles. Ils étaient prêts à le déplanter. Demain matin, il faudra peut être s’occuper du potager, ranger encore un peu et reprendre le jeu de quilles avec les enfants. Il doit bien y avoir quelques vide-greniers mais pour l’instant, elle n’a plus très envie. Les armoires sont pleines et les piles de livres attendent leurs étagères. « Et dire que c’est déjà l’été » regrettait presque mademoiselle Joséphine, ce soir au milieu du dîner, comme si elle était déçue d’y être arrivée. « On passe l’année  à en parler et quand il est là, il est si  vite terminé». Pendant deux jours, il filerait un peu moins vite ici. Au oins, on essaierait. On prendrait le temps de le regarder passer.

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24 juillet 2009

un rendez-vous

etudes1etudes2etudes4etudes3                                                                                                         Quelquefois, la fatigue est trop lourde à supporter, trop longue à s’envoler, alors même engourdie, elle décide de lutter, de se lever d’un bond pour ne pas se laisser emporter. Ce matin, elle a tapé « université" et " psychologie » pour se renseigner puis elle a pris rendez-vous avec la dame qui s’occupe des formations. Ressources humaines, c'était écrit.  Rencontre fixée à la fin du mois d’août. Psychologie, à presque quarante ans alors qu’elle a un travail et quatre enfants, elle sait bien qu’on va lui rire au nez, et on aura peut-être raison. Mais ce n’est pas une lubie, c'est une envie qui la suit depuis longtemps. Trop difficie à réaliser. De ces moments de fatigue qui font naître des envie de renaître, de se débarrasser du poids de ce qu’on n'aime pas, il sort toujours quelque chose, même si ce n’est pas toujours ce qu’on croit, alors le rendez-vous est pris et elle ira. Et avant ce jour là, elle se renseignera sur les formations continues dans la région ou elle vit. Elle veut retrouver les gens, de nouveau les écouter comme elle faisait avant. Journaliste puis assistante parlementaire, elle était là pour tendre l’oreille à tout ce qu’on lui racontait. Et puis ce matin sur les fiches qu’elle voyait défiler sur son écran, elle a même vu une formation sur la périnatalité.  Elle s’est mise à rêver. Pas d’une nouvelle vie, juste d’une autre voie. Un chemin qui ne l’obligerait pas à laisser l’écriture de côté, qui pourrait même l’enrichir de temps en temps. Elle s’y est vue, un moment.
Ce n’était peut-être que le rêve d’une journée. Parce qu’il y a la vie, le travail, les enfants, la réalité qui fait qu’il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée et qu’elle a déjà tellement besoin de dormir. Et puis elle a déjà tellement d’idées pour les années à venir. Mais il y a cette petite lumière qui s’allume à la moitié de la vie, celle qui dit qu’elle ne brillera pas tout le temps et qu’il ne faut plus perdre de temps. ll y a aussi les enfants qui l’attendaient ce soir au portail quand elle est arrivée en criant « maman ! » à l’unisson. Elle n’a pas envie de passer à côté. Ce n’était peut être que le rêve d’une journée parce qu’avant de se lancer dans un nouveau projet, elle a un livre a terminer, celui des petits billets. Ce n’était peut-être que le rêve d’une journée, mais avec lui, elle a senti renaître l’envie d’avancer au delà de l’été, la certitude que rien n’est fini. Il sera toujours temps.

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23 juillet 2009

bain de sommeil

bain1bain2Elle n’arrive pas à détacher son regard de cette ligne d’horizon qu’elle fixe en essayant d’oublier qu’elle aura peu de temps pour en profiter. Bientôt, le réveil sera muet, bientôt le petit déjeuner sera servi sous la tonnelle et il pourra traîner. Bientôt, elle pourra prévoir mille choses dans la journée et n’en faire aucune, juste remettre au lendemain. Bientôt, elle pourra profiter des enfants et prévoir les travaux, ou juste s'allonger sur l'herbe en les regardant jouer. Et puis sortir dîner avec lui sans se soucier de la route qui l’attend le lendemain. Peut-être qu’elle ira nager, peut-être qu’elle ira courir, elle sortira les tissus pour l’automne et choisira les patrons. Pour le prochain petit vêtement, c’est le tour de monsieur Aimé. Depuis ce matin, la tête lui tourne quand elle pense à ces journées. Le futur est proche mais le temps pour y arriver, une éternité. Le poids des choses à faire pour y arriver lui paraît tellment lourd, et ses bras fatigués. La simple idée qu’elle s’en approche devrait la porter mais plus les jours filent et plus le chemin semble se rallonger. Ce soir en rentrant à la maison comme depuis plusieurs jours déjà elle a goûté à ce qui l’attend là-bas. Délicieuse soirée qui a réussi à lui faire oublier que demain, le réveil allait encore sonner. Cet après-midi, alors que les bureaux étaient presque déserts, elle a posé sa tête entre ses bras croisées puis elle s’est endormie en écoutant les fenêtres claquer un peu plus loin. Un micro sommeil, un sommeil de plume pour une tête en plomb qu’elle n’arrivait plus à porter. Il lui reste tellement de choses à faire mais ses yeux n’arrivent plus à lire les mots qui s’alignent sur l’écran. Impossible de faire avancer les mots, d’inventer des phrases et d’émettre des idées. Elle voudrait partir avec la satisfaction d’avoir tout terminé. Et ce n’est pas seulement sa volonté, c’est une nécessité. Mais c’est le vent dans le feuille du tilleul qui vampirise toutes ses pensées. La citronnade et la sieste sans culpabilité. Hier elle a goûté à ce plaisir qu’elle a longtemps fui, de peur d’y perdre trop de temps. Le draps en lin ramené sur ses jambes fatiguées, la joue collée à l’oreiller, elle s’est laissée emportée par les bruits de la journée. Juste avant,  elle avait voulu sentir chacun de ses membres s’enfoncer dans le matelas sur lequel elle était allongée, puis retracer  en pensées  les coutours de son corps, les sentir s'allourdir.
Il n’y aura pas de bains de mer cet été, pas d’eau salée qui fait qu’on renaît chaque année, mais il y aura ces vagues, ces rouleaux doux et réguliers qui viendront la chercher,  ces grandes étendues où elle pourra se plonger, à n’importe quelle heure de la journée. A chaque fois, elle se rappellera la lutte qu’elle menait pour ne pas se laisser emporter, à l’âge auquel on l’envoyait se coucher, elle pensera aux siestes obligées et haïes,  à la solitude forcée de ces moments là au fond d’un lit trop froid. Tous ces instants qu’elle aime tant aujourd’hui. Et chaque jour, en pensant à la lutte qu’elle menait, elle se laissera emportée par un sommeil profond et réparateur.

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22 juillet 2009

une valise

voitureMademoiselle Blanche est partie, seule habitante de la maison à la quitter aujourd’hui. Le centre de loisirs et la piscine l’attendaient et ses baskets blanches ne le seraient plus quand elle rentrerait. La petite fille partie, le reste de la maison dormait encore. Aujourd’hui, monsieur L travaillerait ici et mademoiselle Joséphine avait promis qu’elle aiderait à ranger. Madame L avait promis elle aussi. Elle ne se fâcherait pas, elle n’esssaierait pas de tout finir dans la journée. Elle n’a pas eu besoin de se faire violence pour tenir cette promesse. Les vacances qui s’annonçaient l’aider à ralentir le rythme de ses activités. Maintenant, Chaque jour qui viendrait serait un petit caillou posé pour y arriver. Monsieur Aimé et monsieur Marcel, chacun une éponge dans la main, l’aidaient à tout nettoyer. Le sol, les carreaux de la porte d’entrée, la porte de la cuisinière, « et maintenant, je lave quoi ? ». Ils trouvaient beaucoup moins drôle de ranger les jouets du panier, à moins que leur grande sœur ne s’y mette aussi. Les jouets, les dessins et les déguisements, il faudrait s’y mettre aussi. Ranger et trier.  Il y a quelques jours quand elle parlait de la fête à venir, on lui souhaitait du courage, « surtout pour après ». Elle aimait l’après, comme elle avait adoré tout préparer. Retrouver la fil de la vie après le joyeux désordre de ces dernières journées. ET puis maintenant, elle savait que ce besoin de faire le placards après les avoir laissé s‘embrouiller, c’était sa façon de se préparer au départ annoncé. Elle aurait pu dire que le rangement l’apaisait, elle n’avait pas besoin d’être apaisée. Juste un peu de se reposer, et puis de se projeter dans l’année qui allait arriver. Se dire que ce serait bien après. Elle était bien ici. Le rez-de-chaussée était presque terminé. Il y a un an, presque jour pour jour, elle avait commencé à travailler dans l’endroit où elle est encore aujourd’hui, sans plus d’enthousiasme qu’en juillet dernier. Mais peut-être que le problème était ici.Peut-être qu’aucun travail n’arriverait à égaler cette vie qui lui plaisait tant ici. Elle décidait de ne pas faire attention au pied bancal de cette théorie. Il faudrait y repenser, après. Pour l’instant, monsieur Aimé était en train de briquer sa voiture rouge et monsieur Marcel jouait avec un nounours, rouge aussi. Dans sa chambre, mademoiselle Joséphine avait décidé de commencer à préparer sa valise de souvenirs, des petits objets qui avaient fait sa vie et qu’elle voulait emporter. Elle ne voulait pas que madame L monte l’aider. Après les émotions de ces dernières journées, le calme qui enveloppait de nouveau la maison suffisait à remplir la journée. Dans quelques jours, elle aussi se plongerait dans les souvenirs de ces dernières années. Elle irait les rechercher pour encore ranger. Elle n’avait pas de valise à préparer mais une nouvelle vie à installer pour ceux qui resteraient, un joli voyage à continuer.

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