04 juillet 2009
par la porte





Ils l’avaient espéré, écouter arrivé, puis il était passé un peu plus loin. Ils n’avaient entendu de lui que quelques grondements sourds et lointains. Ils étaient restés là à l’écouter s’éloigner, abandonnés, étouffés. Ce matin c’est le vent qu’il l’a annoncé. Des bourrasques qui ne trompaient pas. Des coups de vent très frais et un ciel lourd et noir qui s’avançait. Ils se sont empressés de ranger les jouets qui traînaient encore dans le jardin. Comme pour l’inviter. Ils étaient prêts. De grosses gouttes sont venues s’écraser sur la pierre déjà chaude. L’odeur de la terre couvrait presque le parfum des aromates qu’ils avaient plantés dans de gros pots à l’entrée de la maison. C’était précisément pour ce moment là qu’elle les avait disposés de cette façon, en se rappelant les heures qui suivent les grosses pluies d’été.
Le petit garçon a d’abord voulu fermer la porte. Et puis non, on regarderait tomber la pluie d’ici, on pourrait même tendre le bras pour vérifier. Goutter cette eau qu’on avait tant attendue. Souvenir d’un écrasant été. Même les grillons s’étaient réfugiés dans la maison pour se nourrir du linge frais. On avait attendu la pluie pendant deux longs mois. Elle était arrivée une fin d’après midi et on s’était précipité pour se laisser tremper, la bouche et les bras grands ouverts. Quelques semaines après, une petite fille était née.
A chaque grosse chaleur depuis cet été là, on redoute la sécheresse, les terres brûlés et les bêtes assoiffées.
Ce matin, la pluie est arrivée, écartant pour un moment la certitude que cette canicule reviendrait. Les enfants la regardaient tomber. Ils attendaient le coup de tonnerre qu’on leur avait annoncé. Il est arrivétout près. On a presque senti la terre trembler. Le triple concerto de Beethoven s’accordait avec le rythme imposé. On pouvait l’écouter. Tout d’un coup, la tension de ces derniers jours, les impatiences et les enervements des enfants trop agités et des parents fatigués s’étaient évanouis dans l’attente de ces premiers éclairs. Et la peur du plus petit quand ils étaient suivis du tonnerre. Il se réfugiait dans les bras de son papa, en s’aggrippant le plus fort qu’il pouvait. Un fois bloti, il pouvait de nouveau se tourner vers dehors. Son grand frère et sa grande sœur continuaient de regarder la pluie tomber. Tout le monde était là, on savait que cette grosse pluie ne durerait pas, qu’elle n’avait eu raison de rien. Dans une heure ou deux, la course folle aurait repris. Ce samedi s’annonçait plein et délié, plutôt joyeux mais très occupé. Les éclairs avaient disparu, la pluie continuait à dégouliner le long du rosier et le triple concerto venait de se terminer. Mais l’empreinte de l’orage était encore là. Pendant quelques minutes encore, l’air était saturé d’un calme étrange et plein.
Commentaires
J'aime beaucoup tes mots pour décrire un phénomène que nous connaissons bien ici au pied du Jura...ces derniers jours systématiquement la chaleur étouffante de la journée laisse place en fin de journée de de violents éclats libérateurs. Cette manière aussi de mêler les humeurs des uns et des autres, la fatigue, les tensions à l'air... Je remarque jour après jour à quel point je deviens sensible aux odeurs une fois la pluie tombée, au retour des oiseaux après les trombes d'eau, à ce calme délicieux après l'orage. Tout ceci m'échappait en étant citadine.
J'aime la douceur de ces photos aussi, la lumière, le visage et le bidon tout rond de Marcel qui me fait fondre. Cette maison, cette famille si charmante et pleine de vie...
parlez moi de la pluie et non pas du beau temps, le beau temps me dégoûte et m' fait grincer les dents, le bel azur me met en rage.....
("l' orage" de Brassens, tu m' y a fait penser avec ta description)
Moi je suis comme Marcel, pétrifiée dès le premier éclair, et les portes et fenêtres doivent impérativement rester fermés pour éviter qu' il ne rentre...
Chez nous c'est la canicule...à l'heure où je t'écris il y a encore 29° à l'extérieur... avec ma petite centrale sur le bidon je souffre cet été !
il y a des jours où vraiment on l'attend avec impatience cette pluie d'orage, si elle n'est pas trop forte elle abreuve le jardin qui ne demande que ça, c'est mieux que le tuyau d'arrosage et en plus c'est bien économique !!!
Dans le sud toujours la canicule, c'est affreux cette chaleur étouffante.Nous aussi nous attendons la pluie.. Merci pour ce joli billet plein de poésie . Les photos toujours aussi attendrissantes. Surtout celle de Monsieur Marcel avec son papa. ,Mademoiselle Blanche et Monsieur Aimé sont superbes devant la porte ouverte avec cette magnifique vue sur la campagne. Bon dimanche. Bisous
Bien décrites l'odeur de la terre, la tension qui précède, les couleurs qui changent, la température qui baisse, la pluie qui éclate, la lumière qui foudroie... tellement primaire et sensuel en fait! j'adore les orages, les cataclysmes quand je suis bien à l'abri, sous la couette, encerclée par les bras de mon amoureux...
nous sommes encore passés à côté aujourd'hui !... vincent a du, au chantier, me demander dix fois si j'avais laissé des fenetres ouvertes à la maison, mais il n'est pas tombé une goutte !...
(commentaire sans interet aucun, j'y rajoute quelques baisers à partager et je vais me coucher !)
Les guetteurs
Fabuleuses images de ce vent qu'on attend, de cette pluie des petits... Une porte ouverte sur votre vie que nulle tempête ne peut secouer.
la pluie bienfaitrice qui cause tant de degats aussi!! je me plairai bein devant votre pas de porte
bisou dominical
Tu arriverais presque à me faire apprécier ces orages que je redoute tant ?
Moi qui en ai une peur immense, j'aime prendre dans mes bras un enfant appeuré pour presque l'oublier ...
Bon dimanche
Angelea
J'aime l'odeur de la terre après l'orage!
pfouiiiit !
tu m'as emportée jusqu'en Afrique cette fois, il n'y manquait que l'orange ou le rouge de la terre et les reflets violets sur les peaux lisses ;-D
Que les odeurs sont agréables après la pluie!
Mais pour ce qui est des orages, mon chéri ne les aime pas du tout alors les fenêtres et les portes sont fermées et on débranche tout.
Chez nous s'était mardi soir le grand orage, nous l'avons aussi regardé arrivé, on entendait le vent et le bruit de la pluie de l'autre côté du traict et 5 minutes plus tard s'était pour nous...et cela fait du bien, au jardin et aux humains...
les tensions glissent de nos corps et filent avec l'eau de pluie nourrir la terre ... instant intensément suspendu ...
quels souvenirs d'enfance pas très loin de chez toi !
lorsque l'orage arrivait, que les éclairs éclairaient d'abord l'horizon puis devenaient plus précis...le tonnerre grondait....nos poils se hérissaient de plaisir !
nous partions sur la terrasse avec mon grand-père et mon père et l'on admirait le spectacle...
puis lorsqu'il était sur nous , les plombs du vieux chateau sautaient et toute la famille se retrouvait dans le salon autour d'une bougie...
j'aime les orages...et cela continue toujours...chez mes parents...leur maison, sur un promontoire permet de les voir arriver de loin...ou de les voir glisser à côté...de temps en temps, les orages rebroussent chemin et reviennent vers nous...
ici, peu d'orage...surtout en montagne...on entend gronder au loin et la pluie tombe dru pendant des heures...
J'adore l'orage, surtout les minutes juste avant qu'il n'éclate, quand l'air est tiède et que le vent se lève...
Quelques orages par chez nous aussi, et mon grand loulou de 4 ans qui a peur de la pluie et du tonnère... pas facile de lui faire comprendre qu'il n'a rien à craindre !! Sa soeur, elle n'a pas trop peur, ça va :)
Je le vois, le ciel au-dessus de votre glycine... je la sens cette herbe qui boit malgré elle... et j'entends aussi une porte qui claque...
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