tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

30 juin 2009

grandes vacances

vacances2vacancesvacances3vacances4                                                                                                        Pour elle, il faut encore un bon mois avant de se poser. Mais depuis dimanche dernier, les vacances ont commencé ici à faire leur nid. Mademoiselle Blanche n’a pas pris son cartable ce matin, elle ne le prendra pas non plus jeudi. Sa grande sœur fêtera la fin de son année avec ses amis demain après-midi quant à monsieur Marcel et monsieur Aimé, ils sont toujours aussi ravis de retrouver leur nounou le matin et contents chaque soir de pouvoir jouer encore un peu dans le jardin avant d’aller se coucher. On se retrouve dehors pour mieux respirer après la chaleur des journées.
Il faut commencer à préparer la grande fête de juillet, dresser des listes et teindre des grands draps. Il reste quelques jours pour décider du parfum des cakes et de la teneur du brunch du dimanche. Ce sera sûrement sucré et salé.
Dans quelques jours, les derniers papiers pour le départ de mademoiselle Joséphine seront  envoyés. Il ne restera plus qu’à profiter du temps sans trop penser aux dates qui se rapprochent forcément. Et penser à la date aussi, pour réparer les petits.
C’est l’été, et cette année, tout le monde reste ici. C’est une promesse faite à la jeune fille de la maison, une promesse qui leur plaît aussi. Prendre chaque petit bout de soirée comme il vient, laisser s’étirer chaque mercredi en attendant les quelques jours de vacances qu’ils vont partager. Accueillir les amis avant de se retrouver tous les six,  la fête passée et bien loin des tourbillons habituels de l’été. Faire encore quelques nœuds au joli mouchoir brodé, pour ne rien oublier. Pour se souvenir toute la vie de cet été un peu particulier. Le mois de juillet s’ouvre sur un air de fête, des flonflons et une promesse d’émotions partagées. Il sera gai.
Les grandes vacances ne commenceront qu’après. Hier soir, madame L et mademoiselle Joséphine ont regardé un calendrier. Deux semaines entières, quatorze jours de grasses matinées, de siestes en pleine journée, de confiture, de grenier à ranger et de valise à préparer. C’est promis, elles iront regarder dans le grand sac des poupées. Elle mettront de côté les jouets que la grande fille veut garder. IL y aura des gâteaux et des promenades à cheval, il y aura des soirées qui peuvent se prolonger. Il y aura sûrement un peu de tout ça mais pour la première fois, personne n’a envie d’établir le programme de ces quatorze journées. Ils essaieront juste de les vivre du matin jusqu’au coucher comme une histoire qui se suffit à elle même. Et chaque matin, le jeu pourra recommencer, comme lorsqu’à la fin des vacances, on décide de profiter de la dernière journée sans penser que le soir même il faudra rendre les clés.  On sait d’avance que  cette journée sera la plus belle, en tout cas celle dont on se souviendra. Comme lorsque le temps s’accélère et ralentit à la fois. On regarde sa montre et alors qu’on s’attendait à voir le temps filer, on se dit qu’il reste encore un long moment, plus long qu’on ne pensait. Cet été, ils regarderont leur montre, de temps en temps, juste pour se dire qu’il reste encore du temps à partager. Par petites touches, ils commenceront aussi à penser à la vie d’après. Si différente pour la jeune fille. Une nouvelle vie à laquelle il faudra se faire aussi pour chacun des habitants de la maison. Chacun retrouvera sa place dans le nid. Ils trouveront un nouvel équilibre, à tatons. Mais le mois d’août est loin et avant cela, il y a juillet. Bientôt, ils seront tout à la préparation de la fête. Pour l’instant, il n’y a qu’une seule urgence, laisser s’étirer les soirées.

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29 juin 2009

le brevet

josephine1josephine2              Elle a préparé ses petites affaires et trouvé une tenue décontractée. Demain, mademoiselle Joséphine prendra le car pour aller passer le brevet. Elle a du aussi préparer sa pièce d’identité et vérifier que son matériel était conforme à ce que les documents indiquaient. Demain, elle passera son premier examen, en vrai. Première épreuve écrite dans la vie d’une jeune fille qui devra encore en affronter. Celle ci n’a pas de grand enjeu, elle sait qu’elle est déjà admise au lycée, sûre que si elle échoue demain ou après-demain, elle pourra se rattraper. Mais son honneur est en jeu.
C’est aussi la dernière fois qu’elle entrera dans ce collège qui l’a accueillie il y a quatre ans la première fois alors qu’elle était encore une presque toute petite fille. Une petite demoiselle Joséphine qui prenait l’avion toute seule pour passer ses vacances en Asie mais avait très  peur de se perdre dans les couloirs du grand bâtiment tout gris.
Depuis, elle s’est fait des amis, elle a animé un club d'apprentis photographes et soulevé une rebellion contre des catables trop lourds et des casiers trop peu nombreux.
Elle a protesté le soir, quand elle revenait tard avec en plus des pages entières de devoirs, mais elle a trouvé sa place dans ce petit collège de campagne, collège du secteur.
Et puis elle a rencontré des professeurs qui l’ont suivie pendant ces quatre ans, Des adultes bienveillants qui connaissent chaque enfant et savent regarder au delà de leur matière. Rencontre parents professeurs après rencontre parents professeurs, mademoiselle Joséphine a vu ses parents conquis par ces gens qu’ils venaient de rencontrer pour parler de la jeune fille. Des enseignants qui auraient pu être lassés, blasés, ne s’intéresser aux élèves que de loin ou pas du tout et juste faire le travail qu’on leur demandait. En quatre ans, il n ‘y a eu que très peu de désaccords, et ils ont pu s’exprimer. Peut-être que la petite taille du collège a aidé, peut être que mademoiselle Joséphine n’est pas petite-fille de professeur pour rien, mais vendredi, quand il lui a fallu dire au revoir à certains des ces adultes forcément trop adultes, la jeune fille était trés émue. Elle a hésité a écrire à certains, un peu timide, un peu gênée, peur d’aller trop loin. Elle a laissé partir son professeur d’anglais et sa professeur d’histoire « tu sais, celle qui s’appelle Joséphine comme moi », sans oser leur dire comme ils avaient compté. Elle a rédigé une lettre pour celle qui a été porté sa classe pendant trois ans, bien plus qu’une professeur d’allemand.  Il y a quelques jours mademoiselle Joséphine était inquiète à l’idée qu’un professeur ne  se souviennent plus de ses élèves, persuadée qu’une fois la sortie des classes, ils oubliaient les enfants. Madame L l'a un eu rassurée, émue elle aussi de ne plus entendre prononcer ces noms qui faisaient partis de leur vie. Comme des alliés qu'on ne verrait plus.
C’était un petit collège ordinaire, celui du secteur. Ils ne l’avaient pas particulièrement choisi, pas demandé. C’est un petit collège comme tant d’autres ou se croisent des enfants et des adultes qui leur veulent du bien et qui font d’eux bien plus que de bons élèves aptes à passer le brevet.

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28 juin 2009

café au lait

dimanche1dimanche2dimanche3dimanche4                                                                                                       Elle savait que c’est ce moment là qu’elle retiendrait, parce qu’il a marqué de son empreinte tout le reste de la journée. Monsieur Aimé et monsieur Marcel avaient attendu neuf heures pour se réveiller alors que mademoiselle Blanche et sa grande sœur dormaient encore. Comme souvent le dimanche, ils attendaient leur biberon en grignotant ce qu’ils trouvaient à leur portée. Du pain, du beurre et de la confiture mangée avec les doigts. La règle n’avait jamais été dictée et ne le serait pas mais l’habitude avait été prise. Le dimanche matin, le café des parents est sacré et ce n’est qu’après en avoir profité qu’ils se mettent à envisager le petit déjeuner des enfants. Monsieur Aimé et monsieur Marcel s’en sortaient très bien, se contentant de la promesse d’un lait chocolaté juste  comme il faudrait, ni trop chaud ni trop froid. Juin finissait déjà et c’était peut être le premier dimanche du mois qu’ils  passaient ici, sans programme précis. Dehors, il paraissait faire déjà chaud. Juste assez pour sortir prendre un second café sous la glycine, une fois les deux garçons rassasiés. Monsieur L retrouvait son hamac et les y invitait.  Les deux petits garçons semblaient eux aussi avoir envie de se fondre dans ce calme, ce silence qui surprend toujours les gens qui viennent ici pour la première fois. Quelques oiseaux, la cloche de l’église et même pas de tondeuse au loin. Madame L savait qu’elle passerait une partie de la journée à ranger après avoir chassé les toiles d’araignées. Ce n’était ni une corvée ni une lubie de ménagère toquée du chiffon, c’était le besoin, depuis plusieurs jours déjà, de mettre un peu d’ordre dans tout ça et d’affronter enfin les piles qui s’étaient entassées partout dans la maison sans qu’elle y ait vraiment porté attention. Elle savait ce matin qu’à chaque pile vaincue, elle se sentirait plus détendue. Et puis comme la journée avait bien commencé, mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche décidaient de l’aider à ranger les livres de la salle de jeux , et puis le bureau, et puis les stylos et les crayons. Pendant que  dehors, monsieur L taillait la vigne vierge, monsieur Aimé et monsieur Marcel passaient entre les mailles du filet encore pour cette année. Trop petits pour les grands rangements. On les préférait même loin des feutres et de la peinture à ranger. Les filles s’amusaient, redécouvrant des livres qu’elles avaient oubliés. Il était tellement tard que le déjeuner ferait office de goûter.  Puis enfants sont remontés avec madame L pour terminer ce qui avait été commencé. Dehors, le soleil était écrasant. Ce soir après le bain, ls petits pourraient  profiter du jardin. Courir dans l’herbe et faire des courses du tilleul au portail avec un tour de l’érable pour corser le parcours. Ce soir, ils ont couru, les cheveux démêlés par une grande sœur qui les avaient tous mis en pyjama. Une grande sœur qui profite de chaque moment avec eux. Et madame L les regardait courir le plus vite qu’ils pouvaient. Sans savoir vraiment pourquoi, sans savoir vraiment quoi,  elle goûtait à la certitude qu’aujourd’hui, elle avait retrouvé  quelque chose d’essentiel ici.

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27 juin 2009

une kermesse

fete1fete2fete3fete4fete5fete6              Cette année, ils étaient seize élèves et l’année prochaine ils seront beaucoup moins. Hier soir, mademoiselle Blanche avait récité sa poésie, répété ses pas de danse et après le déjeuner, tout le monde était parti à pieds. Juste avant d’arriver monsieur Aimé avait un peu ralenti. « C’est ridicule l’école, je ne veux pas y aller ! ». Cette année, Mademoiselle Blanche n’a remporté ni le concours de danse ni celui du poème, mais de tout de façon, il n’y avait rien à gagner, c’était juste pour s’amuser. Elle a quand même était fière quand, pour la deuxième année consécutive, c’est le cheese cake aux fruits rouges  de sa maman qui a remporté le premier prix des gâteaux.
Les concours terminés, alors que monsieur Marcel grapillait dans le plat tous le cassis qu’il pouvait trouver, les stands de jeux ont commencé. Une vache dont il fallait tirer la queue pour que sa cloche sonne et envoie un cadeau, une pêche aux canards, un chamboule tout rose bonbon et un crève ballon. Les petits tickets blancs s’échangeaient contre des parties où on gagnait tout le temps. Des dizaines de surprises en toc et des bijoux qui brillent, et ce petit Martin d’a peine sept ans qui voulait absolument des surprises de fille pour les offrir à sa maman.
Monsieur Aimé n’osait pas encore la course en sacs qui le tentait vraiment et se rabattait sur le pistolet à eau qu’il avait gagné à la pêche à la ligne. Monsieur Marcel vivait sa vie et mademoiselle Blanche continuait à accumuler les bijoux de pacotille pour les montrer aux copines. Tout l’après-midi et jusqu’à très tard, après le dîner, elle a tenu la main de l’autre petite fille, celle qui quitterait l’école l’année prochaine pour celle du village d’à côté. Elles savaient toutes les deux qu’elles se retrouveraient au centre aéré. Mademoiselle Joséphine aussi accumulait, pour ses petits frères et sœurs évidemment. Elle achetait encore un carnet de tickets blancs. Ici, tout le monde se connaissait et les petits pouvaient courir et jouer librement. Le potager de l’école avait pris ses aises et offrait même une salade pour le dîner. Le dîner, ils avaient promis d’y rester. Les chips et la charcuterie étaient loin de les faire saliver, mais les bénéfices du dîner iraient à la cantine et mademoiselle Blanche sautaient de joie quand ils lui ont annoncé qu’ils restaient. Monsieur Aimé s’était réconcilié avec l’école et rejoignait son petit frère qui avait retrouvé la belle Clémentine, la jeune fille qui vient les garder quand les parents sont de sortie. C'était la fille de la maîtresse aussi. Les deux grands arbres abritaient ceux qui étaient sortis dans la cour pour dîner. Des gens du village étaient arrivés. Des papys et des mamies qui avaient usé leur sabots au même endroit, il y a quelques années. Ces deux grands arbres avaient été plantés là il y a très longtemps pour faire de l’ombre aux enfants qui jouaient. Rien ne pourraient maintenant les déloger.  C’était moins sûr avec les rires et les cris des enfants. Mais on décidait de continuer à y croire vraiment. Onze élèves prévue l’année prochaine, mais un peu plus pour l’année d’après.

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26 juin 2009

le livre du dimanche

livreLa voilà à mi-parcours d’une étrange année. Six mois de jolis moments, de si douces journées, et puis, à la fin de ce mois de juin qu’elle n’a pas vu passer, la sensation de n’avoir pas assez choisi. Elle qui se targuait pourtant d’être toujours pleine d’idées et de ne jamais renoncer. Il a fallu ces derniers mois accepter un travail qu’elle n’avait pas vraiment choisi,  voir se refermer les pages d’un livre à venir, envisager un départ annoncé et renoncer à un très joli projet. Rien de bien grave, et la vie pourrait continuer douce et légère, exactement comme avant, quand elle pensait encore qu’il suffisait d’y croire vraiment.
Mais des petites vagues de tristesse sont venues la surprendre au milieu de ses journées. Des petites vaguelettes qu’elle n’a pas aimées.
Sur le reste, elle ne peut presque rien et il va falloir faire confiance à la vie mais le livre doit continuer son chemin.
Quand la dame de la grande maison d’édition l’a fait appelée pour lui dire qu’elle abandonnait l’idée, elle s’est sentie blessée, puis un peu trop ingénue pour avoir envie de continuer. Cette idée n’était pas venue d’elle et elle n’arrivait plus à la faire sienne. IL fallait juste laisser un peu reposer le projet, l’oublier puis, comme une petite musique qui l’aurait suivie partout, l’écouter prendre forme, comme elle en rêvait.
Aujourd’hui il existe un petit livre fini dans un coin de sa tête. On peut y trouver certains des petits billets qu’elle rédige soir après soir maintenant bientôt presque deux ans, des images aussi, mais pas seulement. Au hasard des pages, il y a aussi ses recettes préférées, ses recettes de famille dont il est question dans ses billets. Celle de la soupe au potiron ou celle de sa salade de melons qui, selon les saisons, ont longtemps accueilli les invités. Celle du gâteau au chocolat qui fête tous les anniversaires, et puis peut être celle du Christmas pudding accompagné de sa boisson épicée. En effeuillant le petit livre on trouve aussi des patrons maisons, ceux qu’elle a dessinés juste après s’être lancée. Des patrons de petite robe ou de jupe qui tourne que n’importe quelle maman pas spécialiste du tout peut réaliser. Et puis au fil des pages, peut-être aussi quelques idées. Ces petits conseils qu’elle murmure aux jeunes mamans un peu inquiètes pour les rassurer.
Ce petit livre, elle s’imagine déjà le feuilleter, amis il faut encore le réaliser. Il ne lui rapportera pas un sou, elle le sait, mais il ne peut pas lui en coûter. Alors il va falloir chercher des idées, savoir par quel bout commencer. Frapper aux bonnes portes et apprendre à demander de l’aide. Il faudra peut-être lancer une souscription,trouver un imprimeur qui écoute ses envies et convaincre une maquettiste de travailler aussi, peut être pour le plaisir du geste. Il lui faudra aussi apprendre l’échec si le projet doit s’arrêter, avec la certitude d’être allée le plus loin qu’elle le pouvait.  C’est un rêve un peu fou mais c’est celui qui la porte aujourd’hui. Elle entend quelques reproches amis lui dire qu’elle ne  devrait jamais exposer toutes ces idées, garder le secret. Elle est peut être trop légère mais elle est aussi obstinée. Et même si ce petit livre ne se fait jamais, ce à quoi elle ne veut pas croire aujourd’hui, elle l’aura ouvert mille fois. Il est très joli, elle l’imagine accompagné d’un petit ruban de soie pour marquer les pages, celle du texte choisi ou de la recette préférée.

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25 juin 2009

piste aux étoiles

cirque1cirque2cirque3cirque4cirqueacirquebcirque5cirque8                                                                     Elle les a attendus presque toute la journée. Elle savait qu’ils viendraient la chercher dans cet endroit où elle n’a jamais surpris d’enfant. Elle leur montrerait son travail, l’endroit où ils pourraient l’imaginer après. Monsieur L, mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel. Dans son sac à matin ce matin, elle avait glissé les quatre invitations qu’on lui avait données et puis à sa pause de midi, elle avait acheté la cinquième. Le grand cirque était juste en bas. Le grand chapiteau rouge et bleu avalait les premiers arrivés. Dehors, le soleil brillait encore très fort. Sous la bâche, les lumières étaient allumées. Cinq places dans une loge, juste derière la grille qui laissait deviner que les animaux féroces allaient arriver. Il a fallu attendre un peu, essayer d’expliquer à monsieur Marcel pourquoi on se serrait ici alors qu’il faisait si beau dehors.
C’est monsieur L qui, le premier,  a aperçu de la fourrure rayée en dessous du rideau pailleté. Le monsieur Loyal parlait encore mais on ne l’écoutait plus. La grosse patte remuait. Ils sont arrivés tous en même temps. Six tigres énormes  dont certains sont venus s’asseoir là, juste à côté. Monsieur Marcel s’était soudain tu, puis mis à rire en montrant les gros chats. On avait peur, leur odeur était forte et leurs yeux perçants. Le clown est arrivé, lui aussi a fait peur à monsieur Aimé. Le petit garçon n’avait pas envie de rigoler. « Maman, est-ce que ça va recommencer ? ». Il voulait voir des animaux. Mais la dame qui roulait dans son cerceau, tout là-haut, l’a quand même beaucoup impressionné. Monsieur Marcel lui aussi avait la tête renversée pour mieux la regarder. Et mademoiselle Blanche avait l’air de rêver en voyant cet danseuse perchée.
Les tros éléphants sont arrivés par surprise, bien plus gros que ce qu’on aurait pu imaginer. Madame L était au moins aussi ravie que les petits. Elle avait aperçu les pachydermes sur les affiches sans être vraiment sûre qu’ils feraient partie du spectacle. Un œil sur la piste et l’autre sur les enfants, muets. Et puis il y a eu les dromadaires et les chevaux que monsieur Marcel a adoré. Monsieur L était un peu loin, elle ne pouvait pas lui tenir la main, mais elle savait qu’il partageait son plaisir de les avoir emmenés ici pour écouter leurs peurs et leurs cris de surprise. Elle regrettait un peu qu’il n’y ait pas de trapézistes, c’était toujours son numéro préféré. Mais cette année, elle avait eu droit au cirque Plume et à sa poésie, un autre monde que  celui ci. Mais elle aimait aussi ce qui se jouait sous leurs yeux écarquillés, un peu comme à la fête foraine, en moins agité. Les enfants n’ont rien réclamé quand ils ont vu la queue se former pour être pris en photo à dos d’éléphant. Pas de souvenir ni de baguette brillante, rien que des jolies instants, des peurs et des rires à raconter à mademoiselle Joséphine ce soir en rentrant, et puis à se raconter encore, comme ce soir, à l’heure de se coucher, quand monsieur Marcel et monsieur Aimé jouaient au tigre affamé.

cirque

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24 juin 2009

le goûter

gouter1gouter2gouter3gouter4gouter5bgouter6gouter8gouter7                                                                      Cétait une pause qui s’imposait. Le rendez-vous était pris, un goûter au jardin que monsieur L devait photographier. Plus tard, des images choisies parleraient d'un endroit qui n’existe pas encore mais dans lequel ils s’imaginent déjà se retrouver. Ils ne connaissaient pas le lieu ou ils se rendaient mais savaient qui les attendait. Ils imaginaient aussi que pour ce goûter particulier, la dame qu’ils allaient retrouver avait beaucoup cuisiné, Ils n’avaient pas encore goûté. On avait ri à l’idée de ce jeu qui se nourrirait de la réalité, certains qu’on allait s’amuser. Les gestes un peu hésitants, presque empotés, n’ont pas duré longtemps. Ils  ont vite oublié le monsieur des photographies, alors même qu’il était aussi mari et papa,  pour profiter du lieu, se laisser happer par le calme du petit jardin et tout ce qu’il proposait, puis se régaler rien qu’à l’idée de pouvoir goûter au gros gâteau promis. Une chaise longue au milieu du grand champ d’à côté, une grande tablée ouverte aux enfants qui peignaient et aux grands qui se demandaient quelle limonade ils préféraient, parfum de rose ou de fleur d’oranger. Mademoisellle Blanche murmurait un secret à l’oreille de sa maman pour immédiatement l’autoriser à le dévoiler « Maman, pourquoi tu ne fais pas de gâteaux aussi bons ? ».  Elle n’avait pas vraiment de réponse à la question, histoire de dons.
Le photographe s’était posé le temps d’un petit pot de crème et repartait de plus belle. IL suait à grosses gouttes, concentré,  en essayant de faire avec la dureté de cette lumière d’après-midi d’été. Décidément, il n’était pas fait pour la mise en scène, mais il se passait beaucoup de choses autour de lui. Les dames photographiaient elles aussi pour s’amuser et parce que c’était joli, puis retournaient à la table du petit jardin, autour du petit lit de lecture installée dans l’allée ou dans pré d’herbes hautes juste à l’entrée de la maison. Les enfants s’étaient apprivoisés. Monsieur Marcel était le seul à un peu hésiter. Il se retrouvait seul, pas mécontent d’avoir trouvé un bac à sable rien que pour lui.  Ces quelques heures  ressemblaient tellement aux grandes vacances, elles en avaient le goût et la langueur. C'est la réalité qui s'imposait à la mise en scène, juste un epu aidée par un joli cadre travaillé.  Tout d’un coup, Ils se sont rappelés que le mercredi est la veille du jeudi, jour travaillé, et qu’à presque huit heures du soir, il était temps de rentrer. On se parlait de la fête à laquelle on allait bientôt se retrouver puis il faudrait aussi se voir pour les images. ET même si elles étaient ratées, ce qui ne peut pas arriver, on se réjouissait presque d’avoir à se retrouver une autre fois, un peu plus tard, l’heure ou le soleil commence à raser les prés, parce que « c’est maintenant que la lumière est la plus belle » insistait monsieur L en quittant l’endroit. Alors il faudrait peut être revenir, recommencer à s’amuser, se prélasser et se régaler en oubliant le jour, le mois et l’année, mais pas l’heure. La plus jolie pour les photographies.

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23 juin 2009

larmes blanches

blancheL’autre jour la petite fille leur a dit qu’ils pouvaient la vendre s’ils ne voulaient plus d’elle. Hier soir au dîner, elle a pleuré parce que personne ne l’avait écoutée, de toute la soirée. La petite fille a le sens du drame mais il y avait forcément quelque chose à écouter dans la plainte qu’elle adressait. Depuis le début de l’année, mademoiselle Blanche est cette petite fille dont tous les parents rêverait. Ses enthousiasmes et ses admirations, ses « pas grave du tout maman » les semaines ou personne n’est disponible pour l’emmener à la danse et les « profitez bien » envoyée à sa maman et sa grande sœur alors qu’elle rêvait de faire partie du voyage. Rien, aucun petit incident de parcours ne semble avoir prise sur sa joie de vivre. Alors, hier, quand ses larmes ont coulé, lorsqu’elle a parlé de ses amies qui à l’école ne voulaient plus être ses amies, tout le monde s’est arrêté pour l’écouter.
Les histoires de cour d’école resteront dans la cour d’école mais la petite fille sait que l’année prochaine, son amie d’apprentissage, celle qui partageait sa table, celle qui rêvait avec elle de princesses et de petits poneys nacrés, s’en va pour l’école du village d’à côté.
Alors cette année, la fête de l’école aura un goût un peu particulier. La petite demoiselle va se faire belle et elle a déjà prévu de danser, mais le CP qui l’attend ne lui plaît pas tant. Pour l’instant.
Hier, chacun à table cherchait celui ou celle qui pourrait être l’ami qu’elle attend. Mais on ne construit pas d’amitié de remplacement. Dans cette petite classe ou tout le monde se connaît depuis longtemps, ou de la maternelle au CM2, tous les enfants partagent la cour d’école et les jeux, elle trouvera sûrement de nouvelles amitiés. Avec une plus grande ou un petit, c’est elle qui trouvera les liens qui l’uniront à ses compagnons.
A la maison, Elle aura aussi changé de statut. Sa grande sœur reviendra souvent mais au quotidien, c’est elle qui prendra la place de l’aînée. Elle s’en réjouis et cherche déjà à quoi pourrait ressembler ce rôle qu’elle entend assurer. Chef de troupe, initiatrice de bêtises en séries ou simple sœur qui joue aux chatouillles et à la course autour du canapé, elle s’adapte à des circonstances qu’elle a parfois elle-même dessinées. Mais on est encore toute petite à cinq ans et demi, très loin des quinze ans et de ce qu’on peut en rêver.
Hier, la petite fille a pleuré et sa maman s’est dit qu’il ne faudrait pas laisser l’été se faire dévorer par le départ de cette grande sœur qui occupera forcément les mois prochains. L’été des six ans, c’est aussi important. Au mois de juillet, le centre de loisirs lui promet des petits voyages, des activités qui la font déjà rêver, et puis après, la maison va prendre pendant quelques semaines un rythme lent. Comme un grand week-end prolongé qui durerait presque trois semaines, sans programme établi. Un morceau choisi d’été à la maison, avec du temps pour écouter et faire attention à cette petite fille dont tout les parents rêverait. Cette petite fille qu’il n’est question ni de vendre ni de donner, même contre des tonnes d’or ou des milliers de diamants. C’est la promesse qu’elle a entendue ce soir avant de se coucher, juste avant de s’endormir en pensant au cartable pour le CP, un cartable  qu’il est tant de commencer à chercher.

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22 juin 2009

au delà des îles

iles1iles3Plusieurs fois, elle a senti sa main se glisser dans la sienne, sa tête venir se reposer dans le creux de son cou. Elle aussi avait besoin de ce touché retrouvé. Elle n’ont pas beaoucoup parlé, juste quelques petites choses essentielles. Elles ont marché, cherché, plan en mains, « on s’est débrouillées comme des chefs maman ». De toute façon, elles ont aimé se perdre aussi, se dire que le temps ne leur était pas compter, qu’elles pouvaient avancer sans but de précis en se disant qu’elles pourraient toujours prendre le premier bus qui passait.
Le matin, elle a aimé regarder cette jeune fille endormie, prendre le temps de se préparer avant de la réveiller pour descendre au petit déjeuner. Chercher toutes les deux les vêtements qu’elles allaient enfiler. Le soir, elle a aimé la sentir s’endormir juste à côté, épuisée mais tellement ravie, tous ses petits achats au pied du lit. Alors elle se mettait à raconter  leur journée, la prolongeant encore avec le  récit, sans faire trop de bruit en tapant sur son clavier. Il était tard quand elle éteignait la lumière. Il ne lui fallait pas longtemps pour plonger à son tour dans un sommeil profond, juste un petit moment bercée par les bruits d’une ville qui lui promettait encore un joli lendemain. Il y avait ce moment, peut-être leur préféré, celui du petit déjeuner partagé avec des étrangers dont elles essayaient chaque matin de découvrir la nationalité. Et puis ce chemin vers la station de métro,  le pas léger et un peu pressé d’arriver à l’endroit qu’elle avait choisi pour commencer leur journée. Il y a eu ces petites pauses, juste le temps de prendre un sandwich ou un café, un moment pour se reposer, lui trouver des pansements pour ses pieds meurtris. Elle l’avait pourtant prévenue qu’on ne met pas de chaussures neuves quand on va beaucoup marcher. Mais la jeune fille n’a jamais bronché. Même quand sa mère s’est mises à chercher de très vagues adresses qu’on lui avait conseillées. Elle a en même redemandé, Un moment encore chez Liberty, un autre chez Hamley’s et la jolie maison là-bas, juste au bout de la rue, à Notting Hill. Camden, c’est elle qui l’y a emmenée et elles se sont amusées toute les deux en descendant au sous-sol de ce magasin où la techno passe si fort qu’elle qu’on en ressent les vibrations.
Elles se sont senties libres. Elle l'a vu lire un plan, efficace et décidée. Quinze ans, et presque prête pour la liberté. Presque. Dans les mois à venir, au téléphone ou par des petits messages envoyés, elle se sentirait encore un peu utile à cette jeune fille. Elles ont un peu parlé du départ à venir, juste quelques mots.  Elles se sont dit que dans un peu moins d’un an, elles se retrouveraient là-bas avec mademoiselle Blanche. Elle leur présenterait sa vie et peut-être ses amis. Mais elles ont surtout laissé l’avenir aux jours à venir. L’important était là, l’envie d’être ensemble et de vivre entièrement ce voyage. Elle a aimé sentir sa main se glisser dans a sienne et sentir sa tête venir se reposer dans le creux de son cou. Elle s’est sentie maman, au delà de la distance et du temps. Et au delà de la distance et du temps, elle serait toujours sa fille. Elles l’avaient beaucoup entendu, elles se l’étaient dit souvent mais il avait fallu aller chercher loin cette certitude. Celle que rien ne viendrait rompre ce lien qui les unissait depuis quinze ans.

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21 juin 2009

father's day

retour1retour2retour3retour4retour5retour6retour7DSCN8999                                                                                                                                                                                                           Le réveil a sonné. La veille, elles avaient prolongé le plaisir du voyage en traversant Paris, puis dîné  avec eux, toutes les deux comme des invitées. Elle s’était amusée  à regarder sa fille discuter, l'entendre raconter des choses de sa vie en  essayant de ne pas intervenir. La laisser grandir ou lui rappelant de temps de temps qu’elle n’a que quinze ans et puis s’attendrir en dormant juste en dessous d’elle, dans des lits superposés. Le petit déjeuner était prêt, le pain chaud et l’amie déjà levée. Il a fallu courir pour attraper ce train qui ne les attendrait pas, finalement remonter du métro  pour prendre un taxi, expliquer au chauffeur qu’il devait se dépêcher parce que trois petits enfants et leur papa attendaient. « c’est comme si c’était fait ! ».
C’était doux de sentir cette jeune fille s’endormir sur son épaule, profiter encore un peu d’un moment rien que pour elles deux et puis rentrer, pour les retrouver. Les deux petits garçons était déjà levés, leur papa les avait habillés. Ils étaient beaux tous les trois. Mademoiselle Blanche dormait encore alors tout le monde est monté pour la réveiller. Monsieur Marcel vérifiait plusieurs fois que sa maman était là, alors après trois carrot cakes partagés en petits bouts, le moment des souvenirs est arrivé. Un petit chien en peluche que monsieur Marcel a serré dans ses bras, un tee-shirt de pirate offert par sa grande sœur à monsieur Aimé et puis un bus et un taxi pour chacun. Et puis encore, « This is London » où monsieur Aimé reconnaissait la tower bridge déjà aperçue sur sa petite télé qui fait de la musique. Mademoiselle Blanche était émue. Sa cape de « belle » et des tongs qui brillent lui plaisaient trop. Et puis des petits savons à la rose ramenés de l’hôtel pour glisser dans sa trousse de toilettte. Mademoiselle Blanche avait prévenu qu’aujourd’hui était vraiment une grande journée avec, dans l’ordre « l’anniversaire de la maîtresse, la fête des papas et le retour de maman. Et puis l’été et la fête de la musique aussi ! ». Elle avait oublié les feux de la Saint-Jean.
C’était la fête des pères et c’était le jour le mieux choisi pour fêter celui qui était resté plusieurs jours ici pour la première fois tout seul avec les trois petits. Il s’était bien mieux que débrouillé et c’est encore lui qui est venu la chercher, elle qui s’était mise à pleurer sans vraies raisons, trop plein d’émotions. Ses larmes étaient venues au mauvais moment mais c’est une fois coulées qu’elles l’ont laissée profiter pleinement de se retour ici, retrouver sa vie, raconter leur joie d’être parties et d’être revenues là, raconter ce qu’elles avaient vu, lire le livre avec les petits et reprendre le cours de la vie. Le retrouver lui et se laisser aller à ses côtés, accepter sa main qui était venue sécher ses larmes et l’entourer. Il fallait ces quelques larmes pour retrouver la joie de la vie ici, il l’avait compris. Alors ils ont ri en racontant, et en écoutant, le récit de cette recherche  obstinée, 'tu connais maman tu sais", de ce magasin de soldes  dont on lui avait parlé. des fins de séries de ce couturier anglais dans lequel la jeune fille avait choisi une paire de chaussettes, parce que ce serait aussi la fête des beaux-pères aujourd'hui. Des chaussettes forcément rayées, un peu grandes mais tellement élégantes. Celles-ci, madame L a promis de ne jamais les séparer.

Posté par marionl à 23:43 - jour après jour - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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