tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

31 mai 2009

aubes et buis

aube1aube2aube9aube4aube5aube6aube8aube10aube7aube3                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Ce matin, monsieur L devait y aller pour travailler. C’était une abbaye, il lui avait parlé du cloître qu’il avait beaucoup aimé, du buis, elle avait eu envie de l’accompagner. Et puis c’était la grand messe aujourd’hui, alors elle y emmènerait les enfants pour leur montrer.
Elle ne croit pas et n’est même pas baptisée. Ni elle, ni leurs enfants. Il a été enfant de cœur et se dit volontiers mécréant. Mais le parfum du buis, celui de la myrrhe et puis la bible racontée aux enfants que sa mère lui lisait chaque soir avant le dernier baiser, tout ça lui est resté. Elle voudrait bien même quelquefois croire à toute cette histoire, faire partie de cette communauté qui semble toujours savoir où se tourner quand une question se pose. Et puis croire qu’il y a quelque chose après. Et puis il y a les gloires et la musiques de Bach, les cantiques et les oratorios. Elle avait eu envie ce matin d’emmener les enfants pour qu’ils se fassent une idée.
Le cloître était comme il lui avait raconté. A l’abri des regards  et du vent, protégé du temps, il invitait au silence et à la paix.
Les enfants apprenaient à chuchoter en attendant que les cloches veuillent bien sonner. Ils se sont tus tous les trois quand ils ont vu arriver la première petite fille. Sa maman voulait la photographier dans l’aube qu’elle venait d’enfiler. Des petites fleurs parsemaient sa coiffure soignée. C’était jour de communion solennelle, monsieur Aimé ne la quittait pas des yeux. D’autres enfants sont arrivés, ils se sont mis en rang. Les trois petits les regardaient. « C’est qui le monsieur en rouge maman ?"  Alors elle a essayé d’expliquer le baptême, la communion, croire en dieu et venir le dimanche ici, « est-ce qu’on est obligé ? ». elle a dit l’envie de partage et le plaisir qu’on y éprouvait. « C’est un peu comme moi à la danse, le lundi ? ». L’orgue retentissait, les enfants quittaient le cloître pour se diriger vers le chœur. Monsieur Aimé les suivaient, son petit frère courrait derrière. « Ils sont beaux ! ». le petit garçon serait bien allé s’asseoir à côté d’eux pour écouter la petite fille chanter, et puis la musique, et puis le parfum, tout lui plaisait. Il voulait voir mieux. Madame L s’est assise sur un banc, sur le côté, toujours un peu gênée d’être là sans faire partie de cette communauté, mais elle n’avait pas envie de faire semblant. Juste envie de présenter cette autre façon de penser aux enfants. La respecter,  et partager quelquefois partager l’essence de ce qui était dit. Mademoiselle Blanche ne se souvenait plus de la grande mosquée de Damas, des parfums aussi, et des enfants qui couraient.  Monsieur marcel chantait l’Alleluia à contre-temps. Ils sont sortis sur le parvis. Elle avait promis à monsieur Aimé qu’on attendrait les belles avec leurs bougies allumées. Un petit tour au cloître en attendant, pour oublier cette dame en lunettes de soleil qui s’était fâchée parce que les enfants criaient. Pour une fois ni mademoiselle Blanche ni monsieur Marcel, ni monsieur Aimé mais  des touts petits qui semblaient connaître les lieux et jouaient à la marelle en attendant. « C’est un scandale, pendant le sacrement ! ». Dans ce petit cloître, ils retrouvaient une maman qui allaiter son bébé, un papa qui était sorti pour occuper ses deux petits, des enfants jouaient à se cacher entre les allées de buis. Et puis soudain les cloches, et l’orgue s’est remise à jouer. Ils se sont dirigés vers la sortie. Il y avait toutes les belles réunies, et quelques beaux aussi, tous en blanc. Monsieur Aimé les regardait. Une gentille dame est venue les trouver. Elle les avait reconnus. Sortis de leurs histoires du soir pour une grand messe à l’abbaye. Elle ne s’attendait pas à les voir ici. Ils ne reviendarient pas tous les dimanche c'est vrai, mais madame L se souviendrait longtemps de ce moment fort et serein. Du temps pour écouter et puis pour discuter, pour retrouver de très profondes racines. Et  puis elle a promis à monsieur Aimé qu’ils retourneraient à la messe, une autre fois. Tous les deux peut-être. Monsieur L les avait retrouvés. Des photos de lui en aube, il ne savait plus bien où en trouver « ET les châteaux de chevaliers Aimé,  c’est bien aussi tu sais »

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30 mai 2009

de la ville au jardin

cafeMademoisellle Joséphine avait préféré rester pour travailler, ranger ou faire ce qui lui plaisait. Aucun rapport détaillé ne lui serait demandé en fin de journée. C’était bien d’aller en ville, partir en famille pour cette exposition qu'ils ne voulaient pas manquer.  Et puis les retrouver. La première, connue, une fille d’ici qui parlerait de ses projets et la seconde, qu’on avait envie de connaître. C’était léger comme un matin d’été à la terrasse d’un café. Se présenter, papoter et emmener la marmaille affamée acheter une baguette bien cuite et des biscuits salés.
Ce serait bien d'aller faire un tour dans la jolie maison de bois de ces presque voisins, continuer à discuter, c’est ce qu’ils se sont dit après les avoir salués, alors qu’ils partaient dans leur restaurant italien.
Au musée, ils savaient que les photos leur plairaient. Ils aimaient déjà les rues de Saul Leiter et ses terrasses de café. Beaucoup moins le musée, surtout après que la dame les ai chassés parce que leur enfants couraient sur le parquet de la grande salle vide. C’est vrai qu’ils faisaient un peu de bruit dans ce museé dont ils étaient les seuls visiteurs, mais malgré les conseils avisés de la dame du musée, ce n’était pas les parcs de la ville qu’ils avaient envie de leur montrer, mais les photographies accrochées.  ils y retourneraient quand même, dès la prochaine exposition, et bien accompagnés.
Après cette ville pas toujours bienveillante avec les petits, un après-midi au jardin leur ferait du bien. Un jardin extraordinaire dans lequel ils se sont invités à grignoter des cerises, puis à prendre encore quelques leçons auprès de leurs maîtres jardiniers.  Ils ont ri, un peu de tout et de rien et puis du peut-être aussi. ce peut-être qui l’avait tant bousculée jusqu’à la nuit dernière et qui arrivait à la faire sourire aujourd’hui.
Au retour, ils ont longé le canal en cherchant les bateaux avec monsieur Aimé et monsieur Marcel. C’est elle qui conduisait. Elle s’est arrêtée pour partager avec lui  sa dernière découverte. Une villa dont tout le monde connaît le nom dans la région, une grande maison de maîtreà l'abandon flanquée de sa fabrique de céramique et de son café, eux aussi abandonnés. Ils se sont mis à rêver tous les deux à la vie qui avait du grouiller ici.
Elle conduisait, cela aurait pu être lui. Alors ils se sont remis à discuter. A parler de leur vie, de leurs envies et de toutes ces choses qu’ils avaient envie de partager. Rien que tous les deux, dans cet habitacle qui les avait touours invités à se confier l'un à l'autre, les mains quelquefois jointes et le regard concentré sur la route qui filait. A l’arrière, les enfants s’étaient endormis.

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29 mai 2009

peut-être

enfantsIl lui disait que la porte restait ouverte. Elle avait compris qu’elle ne se refermerait jamais, qu’un jour il lui suffirait de frapper pour qu’ils se remettent à y penser. Et puis quand on leur en parlait, il disait volontiers qu’elle en avait envie et le sourire qui suivait la confortait. Comme les enfants, elle avait nié la négation du peut-être. Comme les enfants, elle s’était directement interessée au quand. Elle voulait bien attendre  qu’il se sente prêt, qu’il en ai envie lui aussi.
Et puis il lui a dit que dans peut être il y avait quelquefois un oui, et quelquefois un non aussi.
C’est bête de s’effondrer pour un peut-être mais elle a senti ses années à venir s’éfriter sous ses pieds. Comment lui dire cette envie, cette nécessité, comment lui expliquer le poids de l’horloge qui n’arrête pas de tourner, comment lui faire partager cette certitude que ce serait bien le dernier. Juste parce qu’au fond d’elle, elle le sait.
Comment l’écouter ? elle l’entendait lui dire que le bonheur n’augmente pas avec le nombre de petits, que les petits deviennent grands , que leur vie ne leur permet pas, qu’il n’avait même pas envie d’y penser, q’il se sentait déjà débordé.
Elle avait entendu un oui dans son peut-être. Il avait sûrement raison, Elle pouvait entendre tous les arguments qu’il lui donnait sans pouvoir en démonter aucun. Puis elle a entendu qu'il n'avait pas envie. Dernière lame, bien plus coupante que celles qui la précédaient. Elle aurait pu lui dire qu'elle le comprenait. C'était vrai.
Elle a juste pu lui dire que les couches et les bébés dont il faut s’occuper, c’est ça qu’elle aime justement.
Elle aurait tant aimé se dire que la nature déciderait,  Mais la nature est empêchée.  Trop dur de faire subir à son propre corps le refus de l’envie qu’il crie par toutes ces rondeurs gardées.
C'est elle qui lui en avait parlé à la faveur d'un début de soirée douillet. Il n'avait même pas envie d'y penser. Il a raison, elle le sait. Pour l’instant, ce ne serait même pas sérieux d’y penser. Mais elle étouffe, la raison l’enterre. Elle pourrait lui dire que la peut grignot bien plus qu'elle ne protège. Elle pourrait lui dire qu’un jour il verra partir ses enfants, qu’alors il saura la vitesse du temps et regrettera, peut-être.
Mais ce soir, c’est elle qui doit apprendre le regret. Elle s’était pourtant promis de ne jamais se laisser approcher par cet ennemi de la vie. Elle peut se faire à la raison, pas au regret.
Et pourtant, ll va peut-être falloir apprendre à renoncer,  ne pas lui en vouloir. Mais elle n’est pas femme de sacrifice, il faudra qu’il entende sa tristesse, et peut être qu’il la porte un peu, qu'il l'aide à avancer sans ce rêve à réaliser. Comment lui faire comprendre cette nécessité, lui faire partager l'envie, ou juste l’accepter. Mais leur trois enfants sont nés de leurs désirs mêlés. Il ne peut en être qu’ainsi. Il ne pourrait naître qu’ainsi. Alors il va peut-être lui falloir renoncer.

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28 mai 2009

son temps

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                                                                                                                                                                                          Il avait planté les graines d’érables dans le petit pot  posé sur la petite table à côté de la porte d’entrée. Les quatre enfants l’avaient accompagné dans ses prometteuses plantations. Ils espéraient tous qu’une ou deux résisteraient aux intempéries et aux caprices du temps. Le soir, quand elle était rentrée, les enfants lui avaient vite parlé de cette heure qu’ils avaient passée ensemble autour de quelques centimètres de terre empotée. Depuis quelques jours, les pousses étaient sorties, presque toutes celles qu’ils avaient plantées. Il était temps de les séparer pour les replanter dans d’autres pots plus grands, et se préparer à attendre encore un peu pour voir ces feuilles devenir plus grandes encore. Pour la pleine terre, ce n’était pas encore le moment. Il possède ce dont elle est dépourvue. Peut être qu’elle aussi aurait eu l’idée de planter ces petites graines ramassées, puis elle aurait oubliées, happée par une autre promesse, une autre activité plus urgente à régler. Il a passé tout le temps qu’il fallait, exigeant d’eux qu’ils soient attentifs et précis, comme il l’est lui. Hier soir il a répété ses gestes pour chaque petite pousse replantée, sous le regard des enfants un peu impatients. Sous son regard à elle aussi. Elle a regardé ses mains,  faites pour ces gestes fins et découpés. Jamais rugueuses et toujours bien soignées. Il pourrait être l’un de ces héros d’histoires japonaises où il ne se passe rien d’autre que la vie et les sentiments qui s'y promènent. Elle l’a vue concentré sur ces petites choses à faire, des petites choses qui pourraient être secondaires mais qui semblaient occuper toute son attention à ce moment-ci. C’est peut être un leurre, une posture, une manière de se protéger des sollicitations. Mais les enfants ne se sont jamais trompés. C’est vers lui qu’ils se tournent quand ils veulent de l’attention. Ils savent,  persuadés que leurs paroles seront entendues, écoutées, et jamais oubliées. Elle sait qu’il est comme ses mains qui travaillent la terre, sans jamais laisser une miette tomber. Elle sait la finesse de son nez, qui sent les parfums, même de très loin, comme les petits mensonges par omission ou les soucis qu’elle voudrait lui cacher. Elle sait son attention. Elle peut se reposer sur la perception qu’il a d’elle, elle la sait juste. On le dit angoissé, elle le connaît appliqué, quelquefois incisif mais toujours bienveillant, portant sur la vie la même regard que dans ses photographies. C’est l’intention du geste qu’il décèle et qu’il sait regarder. Il dit souvent qu’il a du la trouver pour avoir envie d’avoir des enfants. Elle sait ses enfants à l’abri parce qu’il est leur beau-père et leur père. Pas à l’abri des intempéries, à l'abri du chant des sirènes et de la soif de tout ce qui brille. Ils se perdront peut être, aimeront la pacotille et les vapeurs de fêtes nocturnes, mais au bout du chemin qui brillle, quant la lumière aura disjonctée, ils pourront toujours revenir vers lui, ou ce qu'il leur aura appris.

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27 mai 2009

des cerises

cerise1cerise2cerise3cerise4cerise5cerise6cerise8cerise7                                                           C’était un début de mercredi tendu, encombré. Il n’y en a pas souvent par ici mais celui là tenait son pesant de cailloux. Un costume de cardinal à terminer, des angoisses du travail que, pour une fois, elle n’avait pas réussi à laisser derrière elle et ce voyage à ce voyage à Londres qu’il fallait organiser et encore en partie financer. Mais c’était une promesse et elles iraient. De toute façon, elles avaient les billets. Un monticule de petites angoisses accumulées et retrouvées ce matin au petit déjeuner.
Maintenant, elle le savait, elle ne serait jamais bonne couturière. Cette aube de cardinal n’en finissait pas de se terminer, le fil cassait et l’ourlet s’embrouillait. Ce qu’elle aurait aimé, c’est chercher du tissu pour faire deux petits pantalons pour les garçons ou une jolie robe e petite fille. Mais il fallait terminer ce sacré cardinal. Ce qui fut fait en milieu de matinée, à ne pas regarder de trop près, mais il attendait la jeune fille qui le porterait dans sa pièce de théâtre de fin d’année.
Tellement frustrée de modèles réduits, elle a repris sa machine après le déjeuner. Elle était pourtant sensée s’occuper de compter leurs revenus pour l’année qui venait de s’écouler, cocher les cases sans se tromper et surtout ne rien oublier. Cet imprimé l’a toujours terrorisée.
C’est monsieur L qui s’y est attaqué alors qu’elle retrouvait un petit modèle de tunique japonaise commencée il y a quelques semaines et pas encore terminé. Du tissu offert qu'elle avait eu envie d'honorer. Décidément pas véritable couturière, elle arrivait au moins à s’amuser, malgré les caprices de l’ourlet et de cette encolure faussement simple ou vraiment compliquée. Et puis mademoiselle Blanche venait de lui demander si elle pourrait la porter demain, c’était un défi à relever. Alors pourquoi pas aujourd’hui,  pour le goûter. Elle sait pourtant qu'il ne faut jamais se presser.  La petite fille l’a enfilée volontiers puis elle s’est mise à danser. Il était un peu tard mais elles s’étaient promis ce goûter dans le potager. Monsieur Marcel venait de se réveiller et monsieur Aimé était prêt à participer. Elle a descendu la table et les petites chaises puis ils ont retrouvé des petites coupelles et des gobelets, et des serviettes en paier, et des pommes et du pain d’épices, et du jus d’orange et les premières cerises du cerisier. Monsieur L les a rejoints, grapillant une fraise de temps en temps, madame L est repartie chercher des fruits par paires parce qu’il n’y avait plus de boucles d’oreilles pour la demoiselle et monsieur Marcel refusait de comprendre qu’une cerise enferme toujours un noyau. Mademoiselle Joséphine est arrivée elle aussi, vers la fin. Quelque soit la teneur du goûter, il a toujours possédé le pouvoir magique de rassembler tous les membres de la maison bien plus vite que les autres repas de la journée.
Elle n’avait pas oublié ses angoisses de la matinée, juste mises de côté. Mais là, assisse dans l’herbe juste à côté de la petite table dressée pour le goûter, Elle avait enfin retrouvé le goût de ses mercredis. Le goût exquis et le précieux privilège de se sentir à l’abri de tout, juste le temps que dure la journée.

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26 mai 2009

jardin de ville

jardin1jardin2jardin3jardin4jardinbjardin                                                                                                                                                                               La question d’occuper monsieur Aimé et monsieur Marcel pendant que leur grande sœur allait danser s’est longtemps posée. Une toute petite heure, à la fois trop de temps et pas assez. Impossible de la regarder, c’est interdit. Impossible de l’attendre dans le vestiaire où chaque petite fille a selon son caractère, plié avec soin ou jeté ses vêtements sur un tabouret, les deux frères feraient un méli mélo d’habits que personne n’arriverait à éclaircir après. Inutile d’aller en ville, le lundi tout est fermé.
Alors voilà deux semaines que madame L les emmène dans le petit parc voisin. Un jardin de ville, le petit bois, comme l’appellent les gens d'ici, Un carré de verdure agencé dans lequel ont du naître quelques amours du quartier. Adolescentes ou clandestines, ce ne sont pas les histoires d’amours qui poussaient les deux petits garçons a courir vers le jardin, hier soir, quand ils ont deviné que madame L avait l’intention d’y retourner. C’est le petit bassin et son jet d’eau qui les avaient tant amusés la dernière fois.
Chaque soir quand ils rentrent chez eux, ces petits garçons voient les prés qui s’offrent tout entiers à leurs rêves de chevalier, étendues sans limite où ils peuvent courir sans faire attention aux mégots ou aux morceaux de verres cassés. Et chez la nounou, l’étendue est plus grande encore, de tous les côtés. Mais hier soir, c’est ce petit carré qui les faisait rêver, c'est ce bassin d’eau stagnante dans lequel il ne fallait pas mettre les doigts  qu’ils imaginaient alors étang de pêche ou lieu de frégate pour les bateaux que leurs souvenirs avaient ramené du port de saint-Jean-de-Luz.
Monsieur Marcel s’emparait d’un mégot qui traînait en s’écriant « papa » et madame L, défendant l’absent,  lui rappelait que son papa ne fumait plus. Monsieur Aimé avait profité de la discussion  pour filer en direction du joli massif de fleurs et en cueillir une pour sa maman.
Une fois le réglement du lieu encore une fois fixé, ils sont retournés autour du petit plan d’eau pour retrouver un peu de frais. A cette heure-ci, la lumière était jolie et les deux petits garçons riaient de leur exploits avec leur bout de bois, tout à leur plaisir  de faire peur à leur mère et surtout à la dame du banc, là-bas, en marchant sur le rebord, prêt à tomber.
A chaque fois qu’elle était venu là avec eux, plus pour tromper l’attente que par véritable envie de s'y promener, madame L s’était surprise à apprécier l’endroit. Un petit carré désuet qui s'ouvrait aux habitants de la cité d'à côté. Dans ce jardin de ville qui avait du être plein d'enfants  quelques heures avant, les mains salis par le goûter,  ils cohabitaient maintenant avec une ou deux grands-mères bien tenues venues promener leur chien. Et puis une autre maman dont la petite fille dansait aussi. D’ailleurs cette maman se levait et il était peut-être temps pour eux aussi d’y aller. Chercher le petit rat et caresser les gros chats de la professeure de danse, et puis rentrer en laissant derrière eux le monsieur fermer les grilles du jardin du petit bois.

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25 mai 2009

petite pousse

blanche2blancheIl y a quelques semaines, en la regardant,  on pouvait encore distinguer quelques rondeurs de l’enfance. Pas sur ses mains, depuis toujours longues et fines, mais le contour de son visage laissait entrevoir le bébé qu’elle avait été. Son corps de petite fille est si fin qu'on a peur de l'abimer, et la petite fille veut savoir quand on commence à voir les seins des filles. Et puis elle voudrait aussi connaître l’âge auquel on quitte l’école où on apprend à lire, et puis elle veut qu’on garde ses vêtements trop petits pour ses enfants. Elle n’a pas oublié qu’à l’entrée en CP, sa maman lui a promis les oreilles percées. Promesse faite un jour par souci d’équité. Mademoiselle Joséphine est entrée à la grande école avec des boucles d’oreilles dorées. Cette grande sœur, elle voudrait bien lui ressembler. Quelquefois. Et crier contre elle aussi, quand « elle fait sa grande alors que ce n’est pas son rôle de se fâcher ». Une grande sœur qu’elle rêve d’accompagner dans tous ces gestes de la journée. « Je peux ranger ta chambre avec toi si ça peut t’aider ». Une grande sœur qui tient ses promesses et organise une sortie entre filles à la piscine. Deux heures à s’amuser, sans monsieur Marcel ni monsieur Aimé, avec interdiction de les faire bisquer.  Ou rien qu’un tout petit peu « mais toi aussi, tu verras, ça t’arriveras ! ».
Mademoiselle Blanche veut être professeure de danse et photographe, et avoir quatre enfants, des garçons et des filles qu’elle appellerait Rose et Violette, comme ses poupées. Elle veut aussi savoir ce qu'il se passe sur la planète et essaye de comprendre les informations qu’elle entend « C’est quoi l’Europe maman ? ». Ravie que les princesses existent vraiment, habillées avec des robes longues et des paillettes, même si ce n’est que pour les fêtes et même si elles n’ont pas toujours de pouvoirs de fées.
Il ne s’agit pas de lui raconter n’importe quoi et elle peut même se mettre à hurler quand elle s’estime victime d’une injustice caractérisée, Hurler plus fort et plus fort encore, outrée parce que ce n’est pas elle qui a commencé, ou bien « c’est pas moi,  c’est Aimé ! ».
Elle voudrait bien être plus grande encore, qu’on lui confie ses petits frères à garder « rien qu’une matinée, vous pourriez aller vous promener », elle aime quand on lui demande son avis sur les vêtements qu’on décide de porter. « Mais parole de moi, t’es vraiment jolie maman aujourd’hui ! ». Elle aime les robes de sa maman et voudrait bien en hériter, les chaussures aussi et le parfum dont elle reçoit quelques gouttes tous les matins, comme monsieur Marcel et monsieur Aimé.
Elle voudrait être encore plus grande et l’autre jour, quand sa maman lui a dit au revoir à la porte de l’école, elle a demandé à lui dire un secret. « Quelquefois, je suis dans la cour et je ne sais pas pourquoi mais j’ai envie de pleurer parce que tu n’es pas là ». Et puis l’autre jour, quand elle l’a vue arriver pour lui faire une surprise à l’heure du goûter. « j’aurais préféré la nounou des garçons tu sais ».
Elle voudrait avoir quinze ans mais ne peux pas s’endormir si ses trois bouts de doudou ne sont pas là. Trois petits bouts de la peau de mouton marron sur lequel elle s’est endormie en rentrant de la maternité. Trois petits bouts rescapés de plus de cinq années d’aventure à son bras. Trois miteux et merveilleux héros du rituel du coucher, qu’elle glisse sous son oreiller depuis que le matin, elle fait toute seule son lit et qu’elle retrouve le soir, ou qu’elle ne retrouve pas parce qu’elle est allée les chercher dans la journée. Alors il faut retourner la maison, chercher dans le jardin et jusqu’au pré pour retrouver ses amis de la nuit. Alors seulement, la petite fille s’endort apaisée dans les draps qu’elle a choisis, roses et brodés, en rêvant à sa vie d’après, celle qui viendra juste demain et celle, plus lointaine, qu’elle construit en laissant le sommeil l'emporter.

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24 mai 2009

parfums de roses

dimanche1dimanche2dimanchedimanche4dimanche5dimanche6               C’était l’été. Un dimanche d’été. Alors on pouvait un peu faire durer le petit déjeuner avant de sortir au jardin pour continuer les plantations avant que le soleil ne se mette à taper trop fort. Trouver des chapeaux, de la crème pour ne pas brûler, habiller les petits dans le jardin et puis décider avec lui qu’aujourd’hui monsieur Aimé enfilerait un slip de grand garçon.
Les habiller pour les aider à se déshabiller. Monsieur L avait raison, c’était le jour où remplir la grande bassine et même si au premier doigt de pieds trempé, monsieur Aimé a réclamé qu’on chauffe l’eau pour qu’il puisse s’y glisser, il lui a suffi d’attendre un peu pour qu’elle retrouve une température  conforme à ses souhaits. « C’est génial, il fait beau aujourd’hui ! », le petit garçon entraînait sa maman dans son chant remerciant le soleil d’être ici.
Pendant que ses petits frères se déshabillaient, mademoiselle Blanche préparait un cadeau pour sa maman en secret. Hier déjà, il avait été question de la fête des mères et madame L n’avait pas eu le droit d’écouter. Aujourd’hui, elle dessinait sous la tonnelle. Interdiction de regarder. Puis elle est arrivée, le bout de papier soigneusement plié et enrubanné.
On mangerait encore une fois vite fait, mais tout le monde avait traîné, et pas vraiment pensé au déjeuner.
La sieste s’imposait pour les garçons de la maison. Pendant qu’ils dormaient, madame L s’était mise à ranger, faire une maison jolie autour d bouquet qu’elle venait de cueillir. Les premières roses du jardin. Le parfum des roses anglaises, délicat et u peu désuet,  se mêlait à celui plus sucré de la rose qu’elle avait cueillie comme le petit muret. Souvenir de Syrie où dans ou se mêlaient les parfums des épices, celui du savon et celui des roses de Damas. Quelque part dans ses petites affaires, il y avait cette petite fiole ramenée de ce souk damassène.  Il devait encore en contenir l’essence. Elle n’osait plus en ouvrir le bouchon pour ne pas être déçue en retrouvant un parfum évanoui ou un peu tourné. Avec cette rose du jardin, elle savait que le souvenir était tatoué.
Dehors, l’air commençait à peine à se rafraîchir, mais les enfants avaient envie d’y retourner et il restait les courgettes à planter. Elle les rejoindrait après. Surprise d’un dîner préparé. Pas de petits plats dans les grands mais une grande file qui trouverait qu’aujourd’hui c’est encore la fête avec un plat préparé et un dessert aussi.
La grande fille préparait sa journée de demain, les petits étaient dans le bain, alors elle est sortie avec lui pour profiter du calme du jardin débarrassé des jouets qui l’avaient envahi toute la journée. Du jardin et de son indéfinissable parfum à cette heure-ci. Celui des fins de journées d’été quand les ombres s’étirent.
Et puis elle a allumé la radio pour se faire à l’idée du lundi. Le palmares de Cannes s’égrainait. Ils étaient loin de tout ça mais depuis quelques temps, ils retournaient au cinéma. Mademoiselle Joséphine avait elle aussi son avis à donner sur les prix décernés.
Ils sont retournés dehors, cinq minute encore à l’heure où d’habitude ils vont se coucher. Des roses s’étaient encore ouvertes depuis ce midi. ET la pivoine blanche aussi, pour la première fois.
Les pieds un peu humides les enfants sont allés se glisser dans leur lit et tomber de sommeil après une dernière histoire. Juste avant de s’endormir,  alors qu'elle glissait le petit sachet de lavande et son petit oiseau parfumé sous sa nouvelle taie d'oreiller rose et brodée, mademoiselle Blanche s’est inquiétée. Elle avait besoin de savoir si cette année, il y aurait d’autres journées d’été comme celle qui venait de se terminer.

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23 mai 2009

panier de légumes

ferme1ferme2ferme3ferme4panier ferme6             Le marché du samedi les invitait à la ferme aujourd’hui. A quelques centaines de mètres de l’endroit habituel, il y avait la vendeuse de nonettes au miel, le chèvre et les légiumes dont il ne restait plus grand chose quand ils sont arrivés. Et puis quelques plants. ET plus de gens que d’habitude qui déambulaient dans les serres et les allées, des gens venus de loin pour ce petit marché bio où les légumes ne sont pas plus chers qu’à la grande surface du coin. Pourvu que le vendeur de prunes revienne cet été. IL paraît que c’est une année à fruits, c’est ce qui se disait dans les allées. Mademoiselle Blanche constatait que sous la serre, les tomates étaient bien plus avancées que celles qu’on venait de planter. Impossible de savoir si elle aussi aimerait regarder pousser les aubergines et fouiller la terre pour y trouver les pommes de terre. Madame L lui racontait le petite jardinet que lui avait fait son grand-père. Encore un grand-père avec toute une histoire à raconter. Mais pour l’instant, on se contenterait de parler du jardinet.
Monsieur Aimé et monsieur Marcel essayaient de démonter la barrière qui protégeait le gros tracteur quand leur nounou est arrivée avec son mari. Alors on a déjeuné avec eux et Rachel, la vendeuse de miel, sous la tente berbère installée dans le pré. Une vraie fête d’été
Et puis il a fallu rentrer et honorer les promesses. Pour monsieur L, retourner au club de foot pour dire au revoir à l’équipe invitée et pour mademoiselle Joséphine, emmener sa petite sœur à la piscine. Monsieur Marcel dormait et monsieur Aimé avait sauté dans la voiture de son papa.
Elle s’est retrouvée seule alors que l’après-midi était loin d’être terminée. Cet instant de solitude n’avait pas été prémédité, il n’en était que plus délicieux encore. Elle n’a même pas mis de musique. Les premières mouches avaient investi la maison. Elle a traîné un peu puis elle est sortie au jardin pour vérifier l’état de ses plantations. Il manquait un carré. Alors elle l’a dessiné sur le sol encore plein de mauvaises herbes puis elle s’est mise à bêcher. Son carré serait rectangle, il avançait. Elle sentait de grosses gouttes de sueur dégouliner sur son front avant d’aller mouiller la jolie robe qu’elle n’avait pas enlevée. Pas le temps de se changer. Pas envie non plus. Elle aimait sentir l’air passer son jupon, essayer de se rafraîchir à chaque coup de vent mais ne pas s’arrêter. Ce soir, elle sentirait les muscles de son dos et de ses bras et puis les coups de soleil, peut-être. Les gestes lui revenaient, ceux qu’elle avait vu faire des milliers de fois dans le jardin de ses grands-parents. Pas très élégants mais efficace et pleins de force, la terre se retournait en blocs qu’il fallait briser. Encore quelques mètres et elle arrêterait. Quand elle serait vraiment trop fatiguée. Elle avait envie d’avancer, de continuer cette course qu’elle ne courait que contre elle même, de sentir tout son corps suivre l’élan de la bêche et jouir du silence, encore. Reconnaître le bourdonnement d’une abeille, différent de celui d’une guêpe. Et puis sentir sa tête tourner,  alors aller s’asseoir sur le petit muret. Pas celui sur lequel les enfants jouent. Un autre, plus petit, juste derrière le gros rosier. Celui sur lequel ils ne la verraient pas quand ils arriveraient. Assise là, elle pourrait les laisser la chercher un peu avant de les rassurer en répondant à leurs appels.

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22 mai 2009

gazons

foot1foot2foot3foot4                                                                                                                     Il y avait eu ce petit moment au potager, une petite heure à planter l’angélique et les melons,  écouter les enfants jouer en discutant un peu encore des amis et de leurs vies. Elle aurait bien passé la journée ici, déjeuner sur le pouce et profité de son après-midi pour avancer les carrés de terre à retourner.
Mais il y avait ce déjeuner et elle avait promis d’y aller. IL faisait suite au dîner d’hier soir où elle était arrivée en retard. Ce midi, il ne fallait pas traîner. Les vétérans qui compte monsieur L dans leurs rangs recevaient des invités, d’autre footeux venus de loin pour passer le week-end et visiter la région.
Monsieur l s’était engagé, ils y sont allés. Il y avait du kir et le banc bourguignon, des frites que les enfants ont adoré et l’impression d’être un peu décalé sous ce hangar entourés de survêtements et de bedaines de vétérans. Ni mieux, ni moins bien, juste un peu à côté, riant quelquefois, d’autre fois moins. Monsieur Marcel et Monsieur Aimé ont visité le car qui avaient amené les invités, tourné autour de cet énorme engin pendant tout le déjeuner. Mademoiselle Blanche avait espéré retrouver la petite copine qu’elle s’était faite au dîner d’hier mais l’alchimie n’a palus fonctionné. La petite fille était fatiguée et quand sa maman lui a dit qu’ils n’auraient peut-être pas au bal de ce soir, elle n’a pas boudée « comme ça, on va réapprendre à manger à la maison ».
Promis, ils iraient le voir jouer dans sa belle tenue blanche et noire, et même l’encourager, mais elle a saisi la sieste des petits pour un peu s’éclipser. Il possédait ce sens qu’elle n’avait jamais su cultiver, celui du groupe et des choses qui se font. Pendant le déjeuner, elle l’avait observé. Discret sans être en retrait, elle le savait curieux de tout, et surtout des gens qui l’entourait. Au moins autant qu’elle l’était.Il était resté tout seul et ne s’ennuierait pas.
Juste le temps de se détendre à la maison, quelques points de couture pour avancer le costume de mademoiselle Joséphine. La pièce arrivait à grands pas. Et il fallait repartir, aller voir le héros taper dans le ballon. Dans la voiture qui les y menait, elle n’a pas caché son agacement. Et puis ils sont arrivés. Même mademoiselle Joséphine était fière de regarder le numéro 14 sur le terrain. « Mais c’est pas ton papa » lui précisait monsieur Aimé qui ne le quittait pas des yeux. Quatre enfants les yeux rivés sur un papa en grandes chaussettes noires. Elle s’en est voulue d’avoir souhaité leur faire rater l’événement, arguant de milliers de choses à faire qui n’auraient jamais eu cette portée. Elle le voyait fier et content d’être encore capable de courir derrière ce ballon, et même de l'avoir entre les pieds de temps en temps. Elle était fiere aussi, de lui, de constater qu’il avait fait son trou dans cette petite équipe ou les autres joueurs se connaissaient tous depuis la cour de l’école primaire. Lui, le photographe parisien et taiseux. Les enfants le suivaient dans toutes ses actions.
Le seul petit problème c’est que dans sa famille à elle  on est plutôt rugby et c’est derrière ce ballon qu’elle auraient bien imaginé ses petits. De toute façon, ils feraient ce qu’ils voudraient et elle iraient les encourager sur le bord du terrain. Pas forcément à tous les banquets.

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Posté par marionl à 23:08 - jour après jour - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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